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Analytique et téléphonie : la Gendarmerie opte pour Deveryware

Deveryware, éditeur français spécialisé dans le renseignement et la gestion de crises, a annoncé récemment avoir remporté un appel d’offres auprès du ministère de l’Intérieur. La Gendarmerie emploiera sa plateforme d’analyse de données de téléphonie pour identifier des contacts entre suspects.

La Gendarmerie nationale, tout comme la police, a l’habitude de récupérer les smartphones des suspects, de les explorer, voire de les démonter à la recherche de renseignements précieux dans le cadre de leur enquête. Encore faut-il les appréhender avant d’accéder à ces informations.

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Et comme la grande majorité des preuves sont désormais numériques, l’analytique devient une pratique à développer dans les services d’enquête. C’est dans ce contexte que la Gendarmerie nationale a réalisé un appel d’offres remporté par Deveryware. Le marché public à échelle européenne a été lancé en mai 2020, mais il avait été engagé une première fois au printemps 2019, selon la Lettre A.

Annoncé le 18 mars 2021, l’accord-cadre de 2,3 millions d’euros a été signé pour une durée de quatre ans. Deveryware est l’une des cinq entreprises ayant répondu à l’appel d’offres à dimension européenne mené par le SAELSI, le service de l’achat des équipements et de la logistique de la sécurité intérieure, qui chapeaute les acquisitions pour l’ensemble des forces de l’ordre françaises.

Fondé en 2003, l’éditeur français se présente comme un expert de la gestion de crise et de l’investigation numérique. Il travaille depuis plus de quinze ans avec les autorités publiques.

Dans le cadre de cet accord, Deveryware fournit une plateforme d’analyse des données de téléphonie : DeveryAnalytics Telephony Data. Il ne s’agit pas d’obtenir les contenus des conversations, mais plutôt d’analyser des métadonnées associées.

Habituellement, les enquêteurs épluchent les fadettes (factures détaillées de téléphonie) des suspects et demandent aux opérateurs concernés les bornes téléphoniques (les antennes) enclenchées par leurs appareils. Ce rapprochement est généralement fastidieux.

Le logiciel de Deveryware corrèle automatiquement ces jeux d’information en sus des données issues des téléphones saisis et rend les résultats accessibles depuis une interface utilisateur. Il est ainsi possible d’appliquer des filtres temporels ou géographiques.

Simplifier l’analyse des « fadettes »

Mais d’autres usages sont possibles, précise l’éditeur au MagIT. « La solution DeveryAnalytics Telephony Data permet d’analyser les données de téléphonie de multiples manières, par exemple en détectant des correspondants communs à plusieurs appelants, ou des bornages dans une même zone au même moment lors d’appels passés par différents appelants. L’analyse de ces faits saillants a recours à la cartographie pour les proximités géographiques, et à des graphes relationnels (ou sociogrammes) pour la mise en évidence des relations ressortant des communications les plus fréquentes », écrit un porte-parole.

Sous le capot, Deveryware exploite des technologies SIG, sa spécialité (le ministère de la Justice a dépensé 23,3 millions d’euros en 2019 dans sa plateforme de géolocalisation en temps réel, selon un rapport public), des schémas de données orientées graphes, ainsi que des algorithmes d’extraction et de corrélation d’informations.

Dans le cadre de ce contrat, Deveryware doit également réaliser des formations auprès des militaires. L’objectif est de démocratiser l’usage de l’outil auprès de 30 000 gendarmes chargés d’enquêtes sur l’ensemble du territoire français, DOM-TOM inclus.

« Notre outil se veut facile à prendre en main, car l’exploitation des données de téléphonie devient de plus en plus courante dans les enquêtes et n’est plus réservée à des enquêteurs spécialisés. Nous formons les formateurs qui à leur tour vont aider les enquêteurs dans leur prise en main de la solution », déclare le porte-parole de Deveryware.

L’on imagine mal une branche de l’armée française, l’éditeur de son propre OS basé sur Linux (Ubuntu), GendBuntu, qui plus est installé sur plus de 77 000 postes, recourir à un cloud américain. « La solution DeveryAnalytics Telephony Data est conçue pour être déployée dans tout type d’infrastructure IT sur site ou en cloud souverain, via une plateforme de virtualisation OpenStack », assure l’éditeur. D’après l’attribution d’avis, Deveryware réalisera l’assistance technique au déploiement ainsi que le maintien en condition opérationnelle de la solution.

L’utilisation d’OpenStack n’est pas anodine si l’on considère la mutualisation en cours des moyens entre forces de police. Le ministère de l’Intérieur emploie déjà une infrastructure OpenStack pour son cloud interne privé.

Une standardisation des outils numériques entre forces de police

Pour la Gendarmerie, il s’agit d’un outil complémentaire à AnaCrim, les logiciels d’analyse criminelle qui reposent déjà sur l’analyse de graphes relationnels afin de faire le lien entre des preuves, des faits et des auteurs. Selon l’Essor de la Gendarmerie, elle avait aussi développé en interne un équivalent à Telephony Data nommé GeoFadet, ainsi que l’outil d’extraction d’analyse rapide, GendExtract.

En outre, la maréchaussée connaît une évolution forte de ses moyens techniques, à commencer par la téléphonie et le réseau. Le ministère de l’Intérieur vient de signer un contrat avec Orange Business Services et Crosscall pour la Gendarmerie  et la Police nationale afin de leur fournir 200 000 tablettes et smartphones durcis qui accueilleront plusieurs applications employées sur le terrain.

Il s’agit de la deuxième phase du projet NEO (NeoGend pour les gendarmes). Cette opération vise à remplacer les appareils de la gamme Sony Xperia (là encore sous un OS Android modifié). Enfin, le ministère de l’Intérieur prépare doucement la fin du réseau RUBIS, un pendant de l’INPT (infrastructure nationale partageable des transmissions) réservé à la Gendarmerie, pour migrer vers une portion dédiée de bandes de fréquences 4G.

Pour Deveryware, cet accord-cadre est une vitrine supplémentaire en tant que membre du GICAT (Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres) et un marqueur de croissance. Son chiffre d’affaires a atteint 37,5 millions d’euros en 2020, soit une augmentation de 16,25 % par rapport aux revenus 2019 (32 millions).

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