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Open Data : l’Europe fusionne ses portails pour favoriser le partage de données

L’Union européenne veut fédérer États, citoyens et entreprises autour des données. Dans le domaine de l’Open Data, cette volonté se traduira par la fusion prochaine au sein d’une même plateforme de tous les portails européens existants.

Il ne doit en rester qu’un. À ce jour, l’Union européenne dispose de deux portails Open Data. Le portail européen des données recueille les métadonnées des données publiques disponibles sur les portails Open Data des pays de l’UE. Quant au portail des données ouvertes de l’UE, il met à disposition les jeux de données des institutions et des organes de l’UE.

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Au cours du printemps 2021, l’Europe fusionnera ces deux portes d’entrées aujourd’hui séparées au sein d’un même site Open Data. Dans le cadre de ce projet, l’Union européenne a confié à Capgemini Invent le développement du nouveau portail. La société française fournira par ailleurs des prestations de conseil et d’étude sur l’Open Data.

L’Open Data des 60 institutions de l’UE unifiée dans un portail

L’ambition de cette fusion consiste à fournir, à travers un point d’accès unique, un référencement de l’ensemble des jeux de données produits en Open Data par 36 pays et plus de 60 institutions et agences de l’UE. Cette convergence s’accompagnera d’une harmonisation en termes d’expérience utilisateur.

« Au-delà du portail en lui-même, le projet vise à fusionner une démarche de soutien aux initiatives Open Data des pays membres à travers de l’animation de communautés, de formations et de conseil », explique au MagIT Pierre Demeulemeester, vice-président AI Strategy & Transformation pour ‎Capgemini Invent. « Cela permettra une amélioration et une meilleure documentation de leur dynamique d’Open Data ».

Ce projet comprend en outre une dimension grand public qui prendra la forme d’études illustrant les bénéfices en termes de création de valeur de l’Open Data à l’échelon de l’Europe et pour les différents États.

L’open data a créé 184 milliards d’euros de valeur en 2019 en Europe

Capgemini publie d’ailleurs déjà un rapport annuel mesurant le niveau de maturité des pays dans ce domaine. Ses indicateurs établissent un benchmark entre États. Le rapport suit aussi l’impact des portails en termes de réutilisation des données, de qualité et de nouvelles fonctionnalités. Etalab fait d’ailleurs figure de référence, en se classant premier en Europe pour la qualité de son portail. Il contribue à la 2e place de la France, à égalité avec l’Espagne, en termes de maturité en Europe sur l’Open Data.

« Le projet vise à fusionner une démarche de soutien aux initiatives Open Data. »
Pierre DemeulemeesterCapgemini Invent

Mais établir une hiérarchie n’est pas une fin en soi. L’objectif principal de l’étude est d’identifier les tendances émergentes et de recenser les bonnes pratiques pour favoriser leur partage.

Pour illustrer auprès du public l’intérêt de l’open data, Capgemini publiait également mi-2020 une étude sur son impact socio-économique. Il s’agit ainsi de mesurer la création de valeur permise par ces initiatives d’ouverture. Celle-ci était évaluée à 184 milliards d’euros en 2019 pour l’Europe (soit la valeur des services, produits et contenus enrichis ou rendus possibles par l’open data).

API et Data Viz au service des usages

Mais pour tirer les pratiques, il est également fondamental de développer les usages et de les rendre visibles. La data visualisation en est un axe.

En France, l’URSSAF mise par exemple sur celle-ci pour illustrer la valeur de son catalogue de données et encourager la réutilisation par des tiers. L’URSSAF met également à disposition des outils, dont des API.

« L’ouverture est une partie de la chaîne de valeur à construire. La valeur se tangibilise par les usages, dont la data visualisation est une forme. Les API en sont une autre », confirme Pierre Demeulemeester. « Et la logique d’API est aussi fondamentale pour que cette matière première produite par la puissance publique soit réutilisée dans le cadre de SI développés par des industriels, par exemple ».

« La valeur [du partage de données] devient tangible par les usages. »
Pierre DemeulemeesterCapgemini Invent

Le partage de données est une tendance forte en Europe. Il ne se cantonne pas à l’open data, qui reste une modalité parmi d’autres. Pour l’ESN, une dynamique se développe qui peut se décliner sous forme d’accords point à point entre industriels, de marketplaces de données ou encore de « hubs » comme Agdatahub dans l’agriculture.

Capgemini anime ainsi le Support Centre for Data Sharing. « L’idée est de présenter les différentes composantes de ces projets de partage de données – qu’il s’agisse de standards, d’interopérabilité, de qualité, de technique ou d’aspects juridiques. C’est aussi un endroit où sont recensées les bonnes pratiques, et où sont animées les communautés au niveau de l’UE », détaille Pierre Demeulemeester.

L’open data, une des modalités du partage

Sur le front des données, l’Europe a fait plusieurs annonces en 2020, dont les espaces européens de données et le Gouvernance Data Act.

Le futur règlement doit faciliter le partage des données. Plus largement, la Commission souligne la nature stratégique des données et leur importance dans la course mondiale à l’intelligence artificielle.

L’expert de Capgemini Invent qualifie l’open data « d’indispensable ». Mais il estime que la « nouvelle frontière est celle du partage » dans une acceptation plus large.

« L’État et l’Europe peuvent jouer un rôle [...] de tierce partie indépendante. »
Pierre DemeulemeesterCapgemini Invent

« Stratégiquement, c’est celle qui nous permettra de nous positionner, on l’espère, sur un pied d’égalité avec des géants technologiques américains et chinois » qui bénéficient, eux, d’un patrimoine de données plus riche et décloisonné.

La feuille de route dans ce domaine consiste donc à identifier les données critiques, à les consolider et à définir les standards d’interopérabilité qui permettront de les exploiter en dehors de leurs silos d’origine. À moyen terme, les acteurs devront s’entendre sur des modes de partage (au-delà donc du seul open data). Le troisième enjeu sera celui de l’industrialisation des usages afin de s’extraire de l’expérimentation et passer à l’échelle.

Course mondiale à l’IA

Ces différents partages de données, qui restent à organiser, doivent alimenter la course à l’intelligence artificielle.

Un facteur déterminant pour les organisations européennes dans cette compétition est d’accéder rapidement à un large patrimoine de données. Les institutions de l’UE ont donc une fonction à jouer pour rassembler des industries fragmentées.

« L’État et l’Europe peuvent jouer un rôle dans le développement et l’orchestration du partage de données à l’échelle d’un secteur. Comment ? En tant que tierce partie indépendante dans l’échange des données, dans le respect des enjeux de compétitivité et de protection des données personnelles, dans la collecte et dans la labellisation d’algorithmes », liste Pierre Demeulemeester.

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