PaaS : Salesforce sonne le glas d’Heroku Enterprise

Dans un billet de blog publié le 6 janvier sur le site Web dédié, Salesforce a annoncé le passage en mode maintenance d’Heroku… sans vraiment l’annoncer, soulignent les acteurs du marché.

L’article intitulé « An update on Heroku » (une mise à jour concernant Heroku) explique que la plateforme PaaS, « fait la transition vers un modèle d’ingénierie de maintien axé sur la stabilité, la sécurité, la fiabilité et le support ».

Il n’y aura plus de nouvelles fonctionnalités introduites, mais les « les clients qui paient par carte de crédit dans le tableau de bord Heroku – tant les existants que les nouveaux – peuvent continuer à utiliser Heroku sans aucun changement de tarification, de facturation, de service ou d’utilisation quotidienne ».

PaaS : Heroku est déjà mort, mais il ne le sait pas encore

Aussi, Salesforce n’accueillera plus de nouveaux clients Entreprise. Les contrats d’abonnement et de maintenance existants des moyens et grands comptes seront maintenus, jusqu’à preuve du contraire. De fait, l’éditeur ne précise pas de calendrier de fin de vie.

« En langage corporate, cela signifie que “nous maintenons les lumières allumées et que nous continuerons à accepter votre argent, mais que le produit sera géré par une équipe réduite d’ingénieurs et d’assistants jusqu’à ce qu’il meure à petit feu” », commente William Vincent, directeur des relations développeurs chez Jetbrains, dans un billet publié sur LinkedIn.

Salesforce justifie ce changement par le fait qu’elle se concentre sur les fonctionnalités où le géant du CRM peut apporter « la plus grande valeur client à long terme », c’est-à-dire l’IA générative et agentique.

L’abandon des forfaits gratuits en 2022, l’augmentation progressive des prix et le support en dent de scie ont convaincu certains clients PME de quitter le navire. C’est le cas du Français Yespark.

« Chez DigiSmoothie, nous anticipions cette direction depuis un moment », affirme Michal Majsky, CTO de DigitSmoothie, une agence basée à Prague spécialisée dans le déploiement d’applications Shopify. « Les longues pannes sans postmortems précis et sans remise en question », ainsi qu’un « fort accent sur l’extraction de revenus, avec peu d’investissements correspondants dans la plateforme » avaient décidé le directeur technique de résilier son contrat entreprise et de se tourner vers Hetzner.

Selon les sondages de StackOverFlow, la popularité d’Heroku n’a fait que baisser avec les années. Elle s’inscrit dans un contexte de perte de popularité de Ruby On Rails et, dans une certaine mesure de Django, deux frameworks de développement au cœur de la plateforme. De plus, les services FaaS et serverless facilitent l’usage de briques plus ou moins découplées, tandis que Kubernetes s’est imposé malgré sa complexité apparente.

Toutefois, bon nombre de grands comptes utilisent Heroku pour déployer des applications spécifiques, par exemple pour combler les manques de personnalisation des briques CPQ de Salesforce et propulser des applications analytiques en temps réel. Ces usages ne sont pas isolés. Pire, Gartner l’avait nommé leader de la catégorie « Cloud Native Application Platforms » en juillet 2025. Certains sur LinkedIn affichent leur mécontentement. Ils affirment ne pas avoir été prévenus par l’éditeur. Ils ont appris la nouvelle sur les réseaux sociaux.

Place à Heroku AI ?

Salesforce semblait avoir bien compris l’importance de la plateforme pour un certain nombre de clients. L’année dernière, en avril 2025, il a lancé la mise à jour Heroku Fir. Celle-ci, basée sur les services cloud AWS et des standards open source porté par la CNCF, promettaient davantage de portabilité et une meilleure prise en charge des applications agentiques.

Cette architecture a permis de lancer simultanément Heroku AI. Cette offre promet de faciliter l’inférence de modèles et d’agents IA, la pris en charge de la recherche vectorielle à travers Heroku Postgres et l’extension pgvector, ainsi que du protocole MCP. C’est là que les équipes d’Heroku semblent concentrer leurs efforts. 

Justement, n’était-ce pas prémédité ? Une fois le legacy migré vers Heroku Fir, les clients ont normalement plus de facilité pour engager une transhumance vers des pâturages plus verts. Les alternatives ne manquent pas : Upsun (ex-Platformsh), Scalingo, Render, AWS Elastic Beanstalk, Railway, Fly.io, Digital Ocean, etc., et tous les services de fournisseurs cloud.

LeMagIT a demandé des précisions auprès de Salesforce. Un porte-parole l’a renvoyé au blog publié le 6 février, sans commentaire supplémentaire.

Beaucoup font part d’une certaine nostalgie sur LinkedIn, mais n’utilisaient plus la plateforme depuis longtemps. Il voit là la fin d’une ère.

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