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MDM, IA agentique : SAP rachète Reltio pour « transcender » ses silos applicatifs

Si l’éditeur allemand dispose déjà de solutions de gestion de données de référence, il mise sur Reltio pour étendre sa portée au-delà de son écosystème et alimenter ses agents IA avec des données raffinées. En jeu : le contrôle de la « couche contextuelle ».

Ce 27 mars, SAP a annoncé l’acquisition de Reltio, un spécialiste du MDM en SaaS et de la mise en qualité de données. Le montant de l’acquisition n’a pas été dévoilé, mais sa clôture est attendue « pour le deuxième ou le troisième trimestre », suivant les décisions des autorisations financières.

Fondée en 2011, par Manish Sood, un ancien d’Informatica, Reltio est un éditeur californien qui s’est fait sa place sur le marché du MDM face à Informatica, Stibo Systems, Tibco, Ataccama, Semarchy ou encore… SAP.

En février 2026, Reltio revendiquait un revenu récurrent annualisé de 185 millions de dollars pour l’année 2025. Il annonce plus de 200 clients grands comptes, dont un peu moins de 50 avec un engagement dépassant le million de dollars.  

Oui, l’éditeur allemand a déjà des briques de gestion de données de référence et n’a pas à rougir dans ce domaine. Alors, pourquoi s’enticher d’une nouvelle plateforme ? Pour faire venir à SAP les données non-SAP, répond l’acteur allemand. Ah, oui, et pour développer ses capacités d’IA agentique.

Les agents IA ont besoin de données raffinées

« Nous voulons renforcer notre position dans l’IA et apporter des expériences agentiques à haute valeur ajoutée à l’échelle pour nos clients », affirme Muhammad Alam, directeur du comité produit et ingénierie et membre du comité exécutif chez SAP, lors d’un point presse. « Et les données sont le carburant pour faire cela ».

Ces dernières années, SAP a rassemblé ses technologies de gestion de données (SAP Analytics, Cloud, Datawarehouse Cloud, etc.) au sein de l’offre SAP Business Data Cloud (BDC). Dernièrement, l’éditeur allemand a rapproché son entrepôt de données avec les « lakehouse » de Databricks et Snowflake. Du côté du MDM, c’est le produit MDG (Master Data Governance) qui est la référence.

« Avec ses solutions MDM Cloud native et prêtes pour l’IA, Reltio nous permet d’étendre la portée de nos services non seulement aux données SAP, mais aussi aux données non SAP et d’être en mesure de les harmoniser, de les nettoyer et de les gouverner à l’aide de modèles sémantiques riches », vante Mohammad Alam.

SAP a bien compris qu’il serait difficile de convaincre ses clients de rester sur un équivalent de BW/4HANA quand une partie d’entre eux se sont déjà engagés dans une migration vers Snowflake, Databricks, Microsoft Fabric ou Google BigQuery. D’où le lancement de BDC. Or, son MDM n’est pas forcément taillé pour l’hétérogénéité des données conservées par les entreprises.

« Certains clients nous ont déjà fait savoir qu’ils avaient besoin de plus pour compléter leur stratégie de gestion des données de référence », informe le responsable de la stratégie produit de SAP. « C’est là que Reltio entre en jeu. De plus, entre Reltio et SAP, nous constatons déjà un chevauchement important au sein de nos bases de clients communes ».

Une capacité de résolution des entités (une bien belle expression pour dire que Reltio supprime les doublons), elle, semble propulsée par des algorithmes de machine learning et de deep learning (pour effectuer du « matching » de données de référence et de produits). Qui plus est, Reltio s’intègre avec Snowflake, Databricks, Microsoft Fabric ou encore Google Big Query. Sans compter ses « 1000 connecteurs » prébâtis, dont ceux vers les produits principaux de SAP. Reltio a également mis en place des « velocity packs », des kits pour accélérer le déploiement de son MDM dans les secteurs biopharmaceutiques, financiers et la santé pour atteindre le premier go live en 90 jours.

« Après un an d’expérimentation avec les clients de SAP BDC, nous avons des opinions beaucoup plus affirmées sur ce que nous devons avoir à l’intérieur de notre plateforme, par opposition à l’extérieur », ajoute Irfan Khan, président et chief product officer Data & Analytics chez SAP.

Et de promettre un moyen de propager les modifications des données de manière bidirectionnelle entre les systèmes SAP et « non-SAP. “Par exemple, si une modification intervient sur les métriques clients, même côté CRM, nous verrons la propagation de cette modification jusqu’à la chaîne d’approvisionnement, dans l’espace fournisseur ou dans le paysage, ou même dans d’autres ensembles de solutions”, envisage-t-il. La même chose serait possible pour maintenir à jour et gouverner les fameux produits de données au sein de la BDC.

Quant aux capacités d’IA, Reltio a développé des assistants et des agents IA, ainsi qu’un serveur MCP (Model Context Protocol) permettant d’accéder aux données de son MDM. Il est également accessible à des systèmes GenAI tiers. Ces propres agents peuvent explorer les données, “résoudre les entités”, défusionner des enregistrements, attribuer des tâches aux utilisateurs, enrichir des adresses, recommander des produits ou encore évaluer la qualité d’un modèle de données relationnelles avant leur ingestion.

“Transcender” les applications

Non seulement SAP a dû rattraper son retard en matière de gestion de données, mais doit également justifier sa place dans l’ère agentique. Le fournisseur a multiplié les assistants et les agents IA, si bien que même ses responsables produit ont du mal à sortir le rythme des sorties quand il faut en faire la synthèse auprès de la presse.

“Les éditeurs d’applications ont historiquement évolué dans un monde où l’évolution des fonctionnalités, y compris l’IA intégrée, se limitait aux murs de l’application qu’ils développent et livrent”, rappelle Mohammad Alam. “Mais quand on parle d’agents, ceux-ci doivent nécessairement traverser toute l’entreprise pour définir les processus”, poursuit-il. “Par définition, ils doivent donc se connecter non seulement aux applications SAP, mais aussi à tout ce que les clients utilisent, même s’ils sont en transition vers SAP, ou s’il existe des applications pour lesquelles SAP ne propose pas de solution clé en main. […] Nous ne pouvons plus nous contenter d’opérer dans nos propres silos applicatifs”.

Le MDM joue une place prépondérante pour maintenir, idéalement, la fameuse source unique de vérité. C’est également le pari de Salesforce qui a finalisé le rachat d’Informatica pour près de 10 milliards de dollars.

“La thèse derrière une solution qui transcende et fournit ces données de la plus haute qualité, unifiées à partir de multiples sources avec la bonne sémantique, est très claire de ce point de vue”, insiste Mohammad Alam.

Si Holger Mueller, analyste chez Constellation Research, salue les intégrations clé en main promises par Reltio (qui était réclamé par les clients, rappelle-t-il), son collègue Mickael Ni traduit le message du membre du comité exécutif.

Prendre le “contrôle du contexte”

« Il ne s’agit pas de racheter une solution de gestion des données de référence », affirme-t-il, dans un billet de blog. Il s’agit plutôt d’une initiative visant à prendre le contrôle de la couche contextuelle qui détermine la manière dont chaque décision fondée sur l’IA est prise au sein de l’entreprise ».

Malgré une plus grande interopérabilité des systèmes d’enregistrements que par le passé, la « gravité des données » affecte pleinement les agents IA. Ça, SAP et son concurrent Oracle l’ont bien compris. Le contexte des agents IA, c’est l’ERP, le SIRH, les systèmes « Core » des entreprises.

Mohammad Alam reconnaît toutefois qu’il n’y aura pas une unique plateforme agentique. ServiceNow, Salesforce, SAP se sont battus – tout du moins d’un point de vue marketing – pour cette place. « Mais il n’y en aura probablement pas vingt non plus », souligne-t-il. « Des échanges avec nos clients, nous comprenons qu’ils se limiteront à quelques capacités pour les processus et domaines centraux ».

Si SAP prévoit de détailler sa stratégie lors de ses événements Sapphire en mai prochain (Orlando et Madrid), il devra finaliser l’acquisition et intégrer les équipes de Reltio. 

Malgré tout, la majorité des clients ont clairement du mal à suivre les élans de l’éditeur allemand, quand ils les suivent. C’est semble aussi le cas dans l’écosystème Oracle.

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