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Gaia-X nomme ses trois premiers fournisseurs cloud souverains de niveau 3

Cloud Temple, Thésée DataCenter et OVHcloud deviennent les trois premiers fournisseurs à obtenir le label Gaia-X de niveau 3. Cette désignation s’inscrit dans la saison 2 du projet d’espaces de données européens, synonyme de mise à l'échelle. Les Data Spaces où les grands industriels peuvent collaborer en toute sécurité démarrent, mais il faut maintenant convaincre les PME de les suivre. Tout comme la volonté d’internationalisation du projet, cela laisse des portes ouvertes aux hyperscalers.

Considérant à tort Gaia-X comme la naissance du grand cloud européen rival des hyperscalers américains, beaucoup d’observateurs avaient enterré ce projet franco-allemand. L’ambition de Gaia-X est tout autre. Elle était sans doute plus obscure pour les médias grand public.

Après le référencement des solutions européennes, le projet s’est rapidement concentré sur la création d’espaces d’échange, des Data Spaces, pour les industriels européens et leurs écosystèmes. Un travail de fond beaucoup moins médiatique que la constitution d’un Amazon européen. Il prend toutefois tout son sens aujourd’hui alors que l’IA doit permettre de tirer beaucoup plus de valeur des données.

C’est en tout cas la position défendue par Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, en préambule de la 8conférence plénière du Hub France de Gaia-X. « Vous avez su créer une véritable instance de dialogue, de coopération essentielle pour améliorer la qualité des données, leur interopérabilité et leur circulation », a-t-elle affirmé, le 9 avril dernier. « Ces travaux sont d’autant plus cruciaux dans un contexte marqué par l’essor rapide de l’intelligence artificielle. Il n’y aura pas de transformation par l’IA sans des données fiables, harmonisées et sécurisées. Il s’agit désormais d’une condition à notre compétitivité, de notre indépendance et, au fond, de notre souveraineté ».

« On ne le dit pas assez, Gaia-X a été régulièrement discrédité, mais en réalité il y a des Data Spaces qui sont en production et qui produisent des effets business pour les entreprises. »
Henri D'AgrainDélégué Général du Cigref

Les cas d’usage des Data Spaces en place (le Hub France en référence une petite dizaine) ne sont pas très avancés. Néanmoins, Henri d’Agrain et Vincent Charbillat, les dirigeants du Cigref et de l’INT Mines Telecom, tous deux copilotes du Hub France, ont voulu mettre en avant les succès de l’initiative franco-allemande. « On ne le dit pas assez, Gaia-X a été régulièrement discrédité, mais en réalité il y a des Data Spaces qui sont en production et qui produisent des effets business pour les entreprises », s’enthousiasme Henri d’Agrain. « C’est une réalité et c’est un grand motif de satisfaction. Il y a eu des échecs, c’est le lot de toutes les aventures technologiques, mais globalement, c’est un très gros succès. Gaia-X, ça marche ! », s’exclame-t-il.

De fait, les membres des Data Space Data4Nuclear-X de l’industrie nucléaire, de Decade-X pour l’aérospatiale et Eona-X dédié à l’industrie du voyage et du tourisme sont montés sur scène pour témoigner de l’état d’avancement de leurs travaux.

Les blocs de base des Data Spaces sont opérationnels

Photo d'Henri d'Agrain, directeur du Cigref et de Vincent Charbillat, directeur adjoint de l’INT Mines Telecom
Henri D'Agrain, délégué Général du Cigref et Vincent Charbillat, directeur général adjoint de l'Institut Mines-Télécom sont les deux codirigeants du Hub France de Gaia-X.

Oui, les industriels commencent à échanger des données dans ces Data Spaces. Toutefois, beaucoup reste à faire. « Les blocs de construction nécessaires pour créer des espaces de données, basés sur une infrastructure cloud fédérée, sont disponibles à l’heure actuelle », déclare Ulrich Ahle, CEO de Gaia-X. « Ce sont des blocs de construction techniques et organisationnels », précise-t-il. « Nos membres ont défini les politiques et les règles pour créer ces espaces de données, et celles-ci ont été implémentées et automatisées ».

Le dernier sommet Gaia-X à Lisbonne en novembre dernier a acté le début de la saison 2 de l’initiative c’est-à-dire la phase d’adoption. « Il s’agit désormais d’adopter la technologie existante pour apporter davantage de valeur économique, », transcrit Ulrich Ahle. Et de référencer plus de 200 espaces de données (la majorité avec le soutien de la Commission européenne) « aux États-Unis, en France, en Allemagne, en Espagne, au Danemark, aux Pays-Bas, et dans beaucoup d’autres pays ».

Le CEO de Gaia-X en est conscient. Construire un espace de données sécurisé et confidentiel propice aux échanges de données critiques par les industriels diffère largement de l’opération pérenne (techniquement et économiquement) de telles plateformes. « La saison 2 concerne clairement la collaboration, l’opération durable des espaces de données », assure-t-il. « De plus, nous travaillons en étroite collaboration avec les universités de Paris et d’Ottawa sur le sujet de la durabilité des espaces de données ».

Une autre priorité pour Gaia-X est de favoriser l’accès à ses technologies pour toutes les entreprises européennes, en particulier les nombreuses PME. Les acteurs comme EDF, Airbus, Valeo ou Schneider Electric n’ont aucun mal à trouver dans leurs effectifs les experts pour exploiter des Data Spaces et développer des connecteurs. Ce n’est pas le cas des petits industriels.

« Notre objectif est de passer le cap des 1 000 entreprises et organisations opérationnelles d’ici la fin de cette année. »
Ulrich AhleCEO, Gaia-X

Gaia-X doit encore œuvrer pour mieux orchestrer les modules qui ont été développés, rendre leur installation plus simple et les traduire. L’essor de solutions SaaS sera sans doute la clé pour démocratiser l’accès à de telles plateformes.

« Notre objectif est de passer le cap des 1 000 entreprises et organisations opérationnelles d’ici la fin de cette année », souligne Ulrich Ahle.

Le sujet de la souveraineté s’invite dans le débat

Si la souveraineté numérique a longtemps été pierre d’achoppement entre la France et l’Allemagne, l’administration Trump a clairement mis fin à ce débat. Gaia-X a défini quatre niveaux de souveraineté, avec, au bas de l’échelle, le label Gaia-X standard, puis les niveaux 1, 2 et 3. Ils sont définis d’après les règles de sécurité, de protection et de souveraineté observées par le fournisseur. Le niveau 3 est le plus restrictif puisqu’il impose que l’hébergeur localise ses services et les données sur le territoire européen et qu’il ne soit pas soumis aux lois extraterritoriales.

« Le premier niveau, le niveau Conformity, n’est pas lié au RGPD afin de permettre aussi aux acteurs non européens d’avoir un label », explique Catherine Simonnin, Urbanist Trust & Innovation chez Orange et membre du conseil d’administration de Gaia-X. Celui-ci atteste de la qualité de services de ces hébergeurs.

« Les niveaux 1 et 2 montent dans les exigences. Ceux-ci couvrent les aspects de la sécurité et du Green IT. On y trouve les solutions Best in Class du Cloud », poursuit-elle, sans entrer dans les détails. Enfin, « le fameux niveau 3 est très important, car c’est celui qui correspond à l’objectif de souveraineté numérique ».

L’experte souligne qu’il s’agit d’une souveraineté numérique de bout en bout. Non seulement le siège, mais aussi celui de l’entité principale du soumissionnaire, doit être localisé en Europe. Elle évoque aussi une autonomie technologique. « Bien évidemment, l’on ne va pas pouvoir trouver des acteurs français ou européens pour toutes les technologies, mais l’on doit pouvoir en changer, à l’image du standard X86 qui permet de changer facilement de fournisseur de puces ».  

Cloud Temple, Thésée Datacenter et OVHCloud obtiennent le label Gaia-X niveau 3

Un fournisseur de service pourra bénéficier du label de son fournisseur de datacenter sur les aspects, sécurisation des aspects physiques, économies en eau et énergie, etc. Cloud Temple, Thésée Datacenter et OVHcloud sont actuellement les seuls fournisseurs ayant obtenu ce niveau 3.

« [...] Ceux qui étaient là se souviennent encore que les hyperscalers ont essayé d’enrayer la création de Gaia-X. Ils n’ont pas réussi. »
Ulrich AhleCEO, Gaia-X

« Nous avons été critiqués par le passé pour avoir permis à des non-Européens de nous rejoindre, mais ceux qui étaient là se souviennent encore que les hyperscalers ont essayé d’enrayer la création de Gaia-X. Ils n’ont pas réussi », affirme Ulrich Ahle. « Ceux-ci ont rejoint l’organisation, car nous sommes une organisation ouverte, mais toutes les décisions stratégiques ne peuvent être prises que par les Européens », martèle-t-il. « C’est la raison pour laquelle ce document de conformité a été approuvé par tous les directeurs de Gaia-X [N.D.L.R : tous européens], même si les hyperscalers n’apprécient pas, car ils ne pourront pas être conformes à ce niveau 3 ».

Néanmoins, le directeur de Gaia-X estime que ce niveau 3 souverain ne concernera que 10 % du marché. Les hyperscalers peuvent encore se partager de très belles parts de gâteau. Et cela va de pair avec une autre ambition du projet. « Nous voulons aller plus loin dans la standardisation, mais aussi faire un effort de globalisation. Notre focus est clairement centré sur l’Europe, mais pour certains fournisseurs, il est important que les process puissent fonctionner partout dans le monde », souligne le directeur de Gaia-X.

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