Oracle ouvre (un peu) la gouvernance de MySQL

Après la grogne exprimée par des membres notables de la communauté, Oracle annonce son projet de « gouvernance ouverte » pour MySQL. Pour l’instant, il prévoit d’en partager le développement avec AWS, Google Cloud et d’autres entreprises. Reste à voir s’il laissera le reste de la communauté participer au développement de la base de données.

Le 25 juin, dans un billet de blog, Oracle a présenté ce qu’elle a appelé la « prochaine phase de l’engagement communautaire autour de MySQL ».

Le spécialiste de la gestion de données et du cloud a annoncé la mise en place d’un modèle de gouvernance formalisé pour MySQL. Elle définit des rôles visant à organiser les contributions, leur révision, le suivi des projets, l’animation de la communauté, la gestion des vulnérabilités, le tout sous l’égide d’un comité technique dédié.

La page GitHub du projet servira désormais d’outil de collaboration : elle accueille les échanges techniques, les propositions des contributeurs et sa feuille de route publique.

À cela s’ajoute un comité de gouvernance qu’Oracle codirigera avec AWS et Google Cloud. L’objectif : « planifier à long terme l’orientation de MySQL ».

Dans un futur proche, Oracle entend apporter les fonctions d’optimisation de performances et de haute disponibilité déjà accessible dans ses distributions commerciales, tandis qu’il met l’accent sur la prise en charge des vecteurs et des serveurs MCP (Model Context Protocol).

Une ouverture nécessaire

C’est un changement de taille.

Depuis 26 ans (le SGBD a été créé en 1995, mais est open source depuis l’année 2000), MySQL est proposé dans une version communautaire.

Depuis la finalisation du rachat de Sun Microsystems en 2010, Oracle maintient une distribution communautaire et une autre propriétaire.

Pour rappel, cette acquisition avait provoqué la création d’un fork, MariaDB par Michael Widenius et la fondation associée. Oracle contrôlait la feuille de route et la validation des contributions externes.

En 2020, Oracle a présenté le service analytique en cloud MySQL HeatWave. Ce lancement aurait accentué la distanciation entre l’édition ouverte et ses distributions commerciales. En l’occurrence, l’éditeur avait conduit des modifications du code open source pour y intégrer des fonctions propriétaires d’optimisation des requêtes, d’automatisation du provisionnement des bases de données et de machine learning. Selon The Register, les responsables du projet open source chez Oracle auraient largement participé à ces aménagements réservés au produit d’Oracle.

Ce contrôle sur la feuille de route et le développement faisait l’objet de critiques depuis plusieurs années, mais Oracle avait jusqu’alors maintenu son niveau d’engagement dans le SGBD sous licence GPL GNU à travers son équipe dédiée. Or, en septembre 2025, la firme de Larry Ellison a mené des licenciements massifs qui ont entraîné le départ de près de 70 membres de l’équipe MySQL. Cela a provoqué une crise de confiance dans la communauté.

En réaction à cet épisode, Percona, PlanetScale, VillageSQL, PingCAP et Alibaba ont créé la fondation OurSQL en mai 2026. Conformément aux préceptes défendus dans une lettre ouverte plus tôt dans l’année, leur objectif est de placer MySQL au sein d’une fondation indépendante à but non lucratif. Les entreprises derrière le projet OurSQL notaient la chute des contributeurs actifs et du nombre de commits associés, tandis que PostgreSQL a dépassé MySQL dans le sondage de popularité mené en 2025 par Stack OverFlow.

Oracle garde le contrôle sur MySQL

L’annonce du 25 juin est un moyen de faire retomber la pression. Cela ne veut pas dire qu’Oracle perd le contrôle sur la base de données. Les contributions, la revue des demandes d’ajouts, la structure de gouvernance seront plus transparentes.

« Le comité de gouvernance comprend quatre sièges extérieurs à Oracle – occupés par des fournisseurs de cloud, des clients MySQL et des représentants de la communauté open source – aux côtés d’une majorité détenue par Oracle », détaille Pravin Mittal, directeur de l’ingénierie d’Amazon Aurora chez AWS et membre du comité de gouvernance de MySQL, dans un billet de blog. « Oracle nomme les premiers membres pour un mandat de deux ans, après quoi les sièges non-Oracle passent à une élection communautaire ».

En revanche, Oracle ne s’impose pas de garanties contraignantes et conserve la mainmise sur le comité de gouvernance.

« Oracle restera le principal responsable du projet et contribuera à en définir l’orientation, les versions et les processus relatifs à la propriété intellectuelle, en collaboration avec la communauté », lit-on dans le modèle de gouvernance.

« Tout changement structurel qui implique la communauté et définit des rôles précis pour les organisations externes et les contributeurs constitue un pas important dans la bonne direction par rapport au modèle “à huis clos” qui l’a précédé », écrit Dominic Preuss, CEO de VillageSQL, dans un billet de blog. Un avis partagé par des experts MySQL réagissant à une publication sur LinkedIn de Peter Zaitsev, cofondateur de Percona.

La primeur à AWS et Google Cloud

« Plus important encore », ajoute-t-il, la participation des hyperscalers peut « combler les vides » laissés par les postes non remplacés par Oracle.

Or contrairement à Fedora – projet mené par Red Hat/IBM – où le comité technique est élu par la communauté ou à PostgreSQL où les mainteneurs nomment des candidats puis délibèrent publiquement de leur choix, Oracle désigne pour l’instant les chefs de projets et les mainteneurs parmi ses rangs.

Par ailleurs, Dominic Preuss dénonce un modèle « pay to play » puisque les hyperscalers (hormis Microsoft, grand absent de l’annonce) ont reçu des sièges sans passer par une mesure du nombre de contributeurs, comme c’est traditionnellement le cas.

« […] Annoncer une structure comme une “gouvernance ouverte” lorsque le fournisseur principal et d’autres grandes entreprises (les hyperscalers) contrôlent le sommet de chaque échelle invite un niveau de scrutin et de scepticisme qui n’existerait pas autrement », juge Dominic Preuss. Il souligne par ailleurs qu’aucun des membres de la fondation OurSQL n’a été invité à rejoindre les différents comités.

Le dirigeant restera sceptique tant qu’Oracle n’aura pas tenu sa promesse en matière de contribution directe des membres de la communauté, c’est-à-dire dans deux ans.

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