Dreamforce 2026 : les pontes du secteur le confirment, ralentir l’IA n’est pas au programme

Lors de Dreamforce 2026 à San Francisco, les dirigeants des géants de l'IA ont unanimement rejeté l'idée de ralentir le développement technologique. Malgré les incidents récents, Sam Altman (OpenAI), Jensen Huang (Nvidia) et Marc Benioff (Salesforce) privilégient l'autorégulation à toute contrainte légale. Dario Amodei (Anthropic) laisse une petite porte ouverte.

Marc Benioff, cofondateur et CEO de Salesforce a réuni les pontes de l’IA. Dario Amodei, Sam Altman et Jensen Huang sont intervenus à trois moments différents de la première journée de la conférence qui se tient du 15 au 17 septembre 2026 à San Francisco.

Le dirigeant de Salesforce a eu à cœur d’éclaircir les positions d’Anthropic, d’OpenAI, de Nvidia et d’y adjoindre celle de Salesforce concernant la question du ralentissement de l’IA. Les incidents ayant eu lieu lors des entraînements des modèles d’OpenAI et d’Anthropic ainsi que la peur de la perte de contrôle exprimé par certains chercheurs a poussé Dario Amodei, cofondateur et CEO d’Anthropic à écrire une tribune encourageant l’industrie à « pace the frontier ».

Cette expression est en réalité difficile à traduire. La compréhension la plus commune n’est autre que le ralentissement de l’IA frontière. Dans les faits, il s’agit plutôt d’en adapter le rythme, la cadence en y ajoutant davantage de procédures. C’est subtil, mais la différence est là.

« Nous n’avons peut-être pas connu cet incident majeur qui a fait la une des journaux [l’affaire Hugging Face OpenAI, N.D.L.R.], mais je suis sûr que nous ne sommes pas parfaits », affirme Dario Amodei, cofondateur et CEO d’Anthropic, lors du keynote d’ouverture de Salesforce, le 15 septembre. « Examinons tous les aspects […]. Améliorons nos pratiques. Réaffirmons notre engagement en faveur de la transparence. Investissons davantage dans la sécurité », poursuit-il. « Ensuite, mobilisons le reste du secteur et demandons-nous : « Que pouvons-nous faire pour établir des normes applicables à tous ? Que pouvons-nous faire pour améliorer les normes de chacun ? » Et enfin, il devrait y avoir une dimension internationale à tout cela. C’est essentiellement le plan en trois points que j’ai présenté dans mon essai ».

Innover, sécuriser, oui. Réguler, non (Nvidia)

Cette transparence et cette sécurité potentiellement renforcée entraînent en conséquence un léger ralentissement. Une conséquence n’est pas un objectif. Et il n’est surtout pas question d’arrêter l’entraînement des modèles.

« Changer la cadence de l’IA frontière ne veut pas dire que nous gelons la technologie », confirme Dario Amodei.

Signe que le dirigeant ne veut pas perdre sa vista auprès du monde financier à quelques encablures de son introduction en bourse, il a souhaité préciser qu’une pause ou un arrêt des entraînements ne serait pas un problème.

« Supposons simplement que nous figions [l’IA] frontière telle quelle est aujourd’hui. Même dans ce cas, nous n’exploitons peut-être que 5 ou 10 % de la valeur potentielle de cette technologie », affirme-t-il. Même à l’état de l’art, il y aurait encore de quoi venir, laisse-t-il entendre.

À ce jeu, Jensen Huang est plus franc. Il partage la réaction du président des États-Unis, Donald Trump.

« Nous n'avons pas besoin de nouvelles lois. Nous n'avons pas besoin de nouvelles réglementations », lâche le dirigeant de Nvidia. « Choisir la rapidité d’innovation ou la sécurité des produits est un faux dilemme. On peut tout à fait concilier les deux. Alors, avancez aussi vite que possible, mais si, à un moment donné, vous avez l’impression que l’entreprise est hors de contrôle ou que le produit ne sera pas sûr, faites une pause et assurez-vous de bien faire les choses », conseille-t-il.

« Avec Jensen Huang et Dario Amodei, nous avons entendu deux sons de cloche », affirme Marc Benioff lors d’un point presse. « À mon sens, la technologie n’est jamais bonne ou mauvaise en soi. C’est que l’on fait qui compte. Je pense que c’est essentiel ».

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » (OpenAI)

Quelques heures plus tard, lors d’une discussion avec Marc Benioff, Sam Altman, le cofondateur et CEO d’OpenAI, a réfuté ce concept. « Je pense qu'on peut justifier beaucoup de choses de cette manière. Je pense que les choix que font les entreprises qui développent ces outils ont bel et bien des conséquences réelles », souligne-t-il.

« Je pense que les entreprises qui développent cette technologie doivent faire preuve d'un grand sens des responsabilités et bénéficier d'un large soutien de la part de l'écosystème, de la société et de l'économie », poursuit-il. « Il n'est pas acceptable qu'un petit nombre d'entreprises développant ces modèles prennent à leur place les décisions qui devraient revenir au monde entier ».

Pour autant, le dirigeant n’évoque pas clairement et précisément la nécessité de réguler le secteur. Lui évoque l’autorégulation, la nécessaire transparence, la confiance dans les bonnes intentions des entreprises et une coordination informelle entre acteurs.

« Aie confiance »

« Il y a en quelque sorte un chemin étroit sur lequel nous devons avancer avec pragmatisme, avec constance, en donnant au monde [et aux entreprises] l'assurance que nous prendrons des décisions fiables et cohérentes », affirme-t-il.

Sam Altman entend que le secteur s’inspire des autorités aériennes américaines pour signaler les incidents, en tirer des leçons et adapter les pratiques en conséquence. « C’est de cette manière que le secteur aérien est devenu plus sûr ».

Le dirigeant d’OpenAI évoque l’incident subi par Hugging Face comme une prise de conscience concernant la capacité des LLM et la nécessaire refonte des pratiques de cybersécurité. Et, évidemment, de conseiller aux entreprises, petites ou grandes, de se doter de modèles d’IA spécialisés pour s’aider à se protéger. Sam Altman n’a pas manqué de faire de la publicité pour son programme Daybreak et les LLM associés.

S’il considère l’open source nécessaire, Sam Altman souligne aussi que les modèles open weight peuvent être dangereux. « Nous ne devons pas empêcher les modèles open source de voir le jour. C'est important. Mais une cybermenace colossale va bientôt se profiler », anticipe-t-il.

Meta pratique le talon pointe

« Tout laboratoire qui ne se concentre pas sur l'alignement prendra du retard », commente Mark Zuckerberg, cofondateur et CEO de Meta sur X, le 15 septembre. […] « Meta a retardé le lancement de Muse de plusieurs mois pour se concentrer sur la sécurité et la sûreté. Nous n'avons pas demandé à tous les autres de le faire avant nous. Nous l'avons simplement fait dans le cadre de notre travail quotidien parce que c'était clairement la bonne chose à faire pour les gens et pour nous », lance-t-il. Depuis, Meta a lancé quatre versions de LLM en quatre mois.

Et d’assurer que Meta AI fait déjà appel à des évaluateurs indépendants. Le laboratoire s’engagerait par ailleurs à ne pas « se précipiter vers l’autoamélioration récursive ».

Lui aussi considère, tout comme Sam Altman et Jensen Huang, que les entreprises peuvent s’autoréguler. Dario Amodei n’est pas contre la régulation « ça dépend laquelle », avait-il déjà exprimé dans une discussion au mois d’août avec Gavin Newsom, gouverneur de Californie, sur X. En l’occurrence, le dirigeant d’Anthropic ne serait pas contre une loi américaine pour imposer davantage de transparence aux fournisseurs de LLM.

En fin de compte, il serait intéressant de vectoriser le discours des uns et des autres. La distance qui les sépare serait sans doute minime, voire négligeable.

Les clients français de Salesforce peu impressionnés

Les clients français rencontrés lors de Dreamforce ne sont pas très impressionnés par cet épisode. « J’ai beaucoup de mal avec la lecture de l’incident Hugging Face », déclare Matthieu Blumberg, vice-président sénior de l’ingénierie de l’infrastructure, de la sécurité et de l’IT interne chez Criteo. « Je ne veux pas en dénaturer l’importance [mais] les agents qui sont aujourd’hui déployés répondent à une logique programmatique. Ils sont déployés, gouvernés par des humains. Je ne crois pas à l’autonomie des agents IA ». Le modèle utilisé par OpenAI n’avait pas ses filtres et était récompensé s’il parvenait à exploiter des vulnérabilités.

Jean-Christophe Garbino, président de l’enseigne vestimentaire Grain de Malice, lui, considère qu’offrir une solution IA de cybersécurité après cette attaque est « un peu cynique » de la part d’OpenAI.

« Grain de Malice est une grosse PME ou une petite ETI », précise-t-il « Nous déployons beaucoup d'efforts et de moyens pour lutter contre les intrusions que l’on connaît aujourd'hui. Si le coût de la défense devient comme à la guerre conventionnelle très supérieure au coût de l'attaque, ça va devenir très compliqué pour les entreprises ».

Quant à Pierre Matuchet, SVP IT & Digital Transformation chez Adecco, il estime que ce n’est pas un sujet joyeux. « C’est une menace, elle est présente tous les jours et il faut faire avec », considère-t-il.

En réponse à la recrudescence d’événements de cybersécurité, Salesforce France est la première unité opérationnelle de l’éditeur à se doter d’un directeur de la cybersécurité. Ce type de poste « va se généraliser dans les autres entités, car c’est un sujet que nous prenons très au sérieux », affirme Bruno Katz, EVP et directeur général adjoint chez Salesforce France.

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