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Internet par Satellite : Orange installe un pont souverain en France

L’existence d’un téléport opéré par un acteur français doit permettre de communiquer par satellite en orbite basse sans risquer que les communications soient interceptées par une puissance extraterritoriale. Reste à avoir des satellites européens...

L’infrastructure spatiale d’Internet s’européanise à tout petit pas. Orange vient d’inaugurer un téléport à Bercenay-en-Othe (Aube), soit un endroit destiné à faire la jonction entre les communications qui circulent par satellites en orbite basse et les backbones fibres qui les acheminent jusqu’aux principaux points de présence des opérateurs sur Terre. L’enjeu est de permettre à des opérateurs de constellations de relier leurs utilisateurs dans le monde entier au réseau Internet terrestre via un point d’entrée européen.

« La mise en service de cette gateway renforce non seulement notre position dans l'écosystème spatial, mais soutient également nos efforts pour répondre à la demande croissante de connectivité satellitaire sécurisée », dit Jean-Louis Le Roux, le directeur des réseaux internationaux chez Orange, dans un communiqué.

Techniquement, les utilisateurs communiquent à l’aide d’une antenne domestique avec le satellite qui passe au-dessus d’eux, et ce satellite communique avec celui qui passe au-dessus du téléport d’Orange via des lasers émis de proche en proche entre les appareils en orbite. Ce système avait été inventé par l’américain Starlink.

Starlink dispose déjà de téléports sur le sol européen, dont un en France, à Villenave-d’Ornon (Gironde), mais ils sont réservés à sa propre constellation. Par ailleurs, le fait d’utiliser un pont appartenant à un acteur européen comme Orange est censé aller dans le sens d’une certaine souveraineté, puisqu’aucun droit étranger ne peut s’appliquer pour intercepter les communications.  

En Europe, où les zones non couvertes par des antennes mobiles ou des fibres sont de moins en moins nombreuses, les applications visées sont principalement professionnelles. Elles comprennent des offres de connexion Internet pour les transports maritimes, logistiques et touristiques, ainsi que de la résilience pour les sites sensibles, c’est-à-dire maintenir leurs communications en cas de conflit ou de catastrophe naturelle qui détruiraient une partie des liens sur Terre.

Un manque cruel d’acteurs européens parmi les partenaires d’Orange

Le premier client de ce téléport n’est en pas européen, puisqu’il s’agit de l’opérateur canadien Telesat. Celui-ci mettra en service au premier trimestre 2028 une constellation de 225 satellites, baptisée Telesat LightSpeed. Il se servira du téléport d’Orange pour les connecter au point de présence qu’il s’est ménagé dans un datacenter parisien, via une fibre haut débit, elle aussi fournie par Orange.

Jean-Louis Le Roux promet néanmoins qu’il y en aura d’autres : « ce partenariat avec Telesat démontre notre capacité à fournir une infrastructure terrestre de confiance ainsi que des solutions de connectivité innovantes et résilientes. Il s'aligne avec notre objectif de devenir un hébergeur majeur pour les opérateurs satellitaires à Bercenay-en-Othe, en établissant le site comme un hub européen pour la prochaine génération de réseaux satellitaires », dit-il dans son communiqué.

Pour autant, les projets de l’opérateur français manquent cruellement de partenariats européens. Les autres efforts d’Orange dans les infrastructures spatiales comprennent un accord avec l’américain Skylo, qui a mis au point un système pour décoder les signaux 5G des téléphones mobiles que des satellites géostationnaires pourraient capter et renvoyer sur Terre sans les traiter. Ce système, qui fonctionnerait depuis un datacenter terrestre, lui aussi relié à un téléport, permettrait à des utilisateurs démunis d’antenne satellite de tout de même communiquer avec le reste d’Internet.

Orange travaille aussi avec l’américain AST SpaceMobile sur un projet similaire à celui de Skylo, si ce n’est que sa solution de décodage des signaux 5G serait embarquée dans une constellation de satellites en basse orbite, appelée BlueBird. À ce jour, AST SpaceMobile a lancé 13 satellites, mais ils ne sont pas encore opérationnels.

La conquête de l’Internet spatial comprend pourtant plusieurs acteurs européens : Eutelsat, Open Cosmos ou encore SatelIOT, pour ne citer que ceux récemment rencontrés par LeMagIT. Mais la mise en orbite de leurs constellations se heurte à l’indisponibilité de lanceurs chez Arianespace. AST Spacemobile et Telesat utilisent pour leur part les lanceurs de l’américain SpaceX.

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