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Gemini Agent : Google rejoint le fan club du couteau suisse agentique

Le 8 octobre, Google Cloud a présenté la bêta privée d’un agent IA « universel », Gemini Agent. Selon Thomas Kurian, CEO de GCP, l’approche du géant du cloud serait différente de ses concurrents qui pourtant, sur le papier, font la même chose.

En avril 2026, Google avait unifié ses outils d’IA agentiques au sein de Vertex AI, devenu pour l’occasion Gemini Enterprise Agent Platform.

Le 8 octobre, à l’instar de Mistral AI, Anthropic, OpenAI et Microsoft, le géant du cloud a présenté l’agent Gemini, une interface et une API uniques qui doivent faciliter l’accès à l’ensemble des fonctionnalités agentiques qu’il a développées.

Depuis cette interface, les usagers peuvent donner des instructions interprétées par l’agent comme des « objectifs ».

« La fenêtre est la partie la plus aisée, la question est de savoir ce qu’il y a derrière », affirme Thomas Kurian, CEO de Google Cloud, lors d’une présentation menée à Mountain View, en Californie.

« L’agent planifie la tâche, utilise des outils et des skills, se connecte à vos systèmes et produit un livrable », ajoute-t-il.

Les solutions agentiques foisonnent. Celle de Google se différencierait par six piliers : un agent unifié, une exécution persistante, un accès à travers de multiples interfaces, une orchestration multiagent, une gouvernance unifiée et un choix large de modèles d’IA.

Gemini Agent : une seule interface agentique pour tout faire

Un seul agent IA sert à répondre aux questions communes, à traiter des tâches, générer des images, des documents et du code.

« Ce même agent orchestre également des processus qui peuvent s’exécuter pendant des heures, en lui confiant le rôle que vous souhaitez », promet Thomas Kurian.

L’attribution de tâches peut être manuelle, programmée ou basée sur un événement. Les éditeurs des autres outils – Microsoft et Anthropic en tête – prétendent eux aussi le faire. « Chez les autres fournisseurs, les discussions et le code vivent dans des fenêtres séparées qui ne partagent pas d’historique. Gemini unifie cela avec une seule mémoire », avance Thomas Kurian. Microsoft cherche lui aussi à réunir code et échange dans la même session. Tous s’inspirent des évolutions de Claude Cowork. Et donc du travail d’Anthropic.

Cet agent unique serait le même qu’il soit invoqué depuis le Web, une application Desktop, un CLI, depuis Google Workspace, Microsoft 365, ServiceNow et Slack. Le contexte doit être conservé d’une interface à l’autre.

Pour ce faire, Google promet la gestion en cloud de quatre niveaux de mémoire différents : une mémoire des sessions, un graphe de connaissances des documents et des interactions interagents, une mémoire procédurale, qui inclut les skills, les outils et les méthodologies, et une mémoire « épisodique », c’est-à-dire l’historique des tâches effectuées.

Si Thomas Kurian parle d’un seul agent, Gemini peut créer sa propre équipe de sous-agents à qui il peut confier la sous-traitance de tâches spécifiques. Le plan, les tâches déléguées et les sous-agents sont visibles depuis la session utilisateur. Chaque requête en cours s’affiche sous la barre de recherche principale. Il est possible de revoir chaque étape dans l’interface, tandis que les travaux sont réalisés au sein de sandbox. L’interaction avec Gemini Agent et les agents pour les services légaux et financiers n’a pas été clairement définie.

Le dirigeant n’est pas très précis concernant les sources de données accessibles par cet agent orchestrateur. Il évoque Slack, Microsoft 365, les Gemini Apps et Google Workspace. Dans le blog de 6 000 mots qui accompagne l’annonce, le fournisseur mentionne également les solutions d’Atlassian (Confluence, Jira), BigQuery, Databricks, Snowflake, Amazon S3, ADLS, Data 360 de Snowflake, SAP, Workday, ServiceNow ou encore les systèmes Git.

Lors de la démonstration, l’interface listait les outils de Google Workspace (Gmail, Doc, Sheets, Calendar, etc.), Grafana, Box, Hubspot, Jira, ServiceNow, Microsoft 365 et Slack. Il est également possible d’intégrer des projets : des fichiers incluant des documents et des skills.

Du côté des entrepôts de données, il faudra passer par le système de fédération et les connecteurs zero copy de BigQuery Lakehouse.

Les contrôles d’identité, les règles, les budgets et l’audit sont ceux déjà disponibles depuis la console du fournisseur. « Chaque agent Gemini a sa propre identité, séparée de celles des utilisateurs », précise Thomas Kurian. Les pistes d’audit permettent de différencier les humains des machines.

Quant aux choix des modèles, pour l’instant Google semble prendre en charge ses modèles Gemini 4 Argon et 3.8 Flash, ainsi que Claude Opus 5.5 et Sonnet 5.5 d’Anthropic. « D’autres modèles propriétaires et open weight seront bientôt annoncés », promet Thomas Kurian. Un système de routage dynamique devrait permettre d’appeler le grand modèle de langage le plus adapté pour la tâche.

Bien que le coût unitaire des modèles ait baissé de 98 % depuis 2024, une session agentique peut consommer plus de 100 000 tokens. Conscient de ce problème, Google mise sur sa passerelle de contrôle des coûts et du routage. Il sera également disponible afin de régler des budgets par projet, voire par session.

Et Google Cloud de lister ses succès avec les grands comptes pour tenter de convaincre ses clients et d’en conquérir de nouveaux. 90 % des Fortune 100 utiliseraient Gemini Enterprise, tandis que près de 500 entreprises auraient consommé chacune plus de 1000 milliards de tokens, selon Sundar Pichai, CEO d’Alphabet et de Google. 80 % des clients de Google Cloud utiliseraient son IA.

Une communication encore floue

Problème : la communication de Google Cloud reste floue. Pas de date de disponibilité, pas de différence claire entre ce qui existait déjà et ce qui est réellement nouveau et des informations manquantes.

Les analystes ont eu le droit à une présentation plus détaillée. Selon Constellation Research, Gemini Agent est encore en bêta privée et devrait être lancé d’ici à la fin du mois d’octobre ou au début du mois de novembre. La tarification sera à la consommation et GCP n’envisage pas la création de SKU supplémentaire. Les lots de skills pour les services financiers et juridiques deviendront des Gemini Agents pour des secteurs spécifiques. Google s’intéresse toujours aux domaines gouvernementaux, de la santé et du e-commerce.

Plus concrètement, le fournisseur a présenté la version 1.0 de sa boîte à outils MCP pour Java. Il a aussi dévoilé la disponibilité générale de son Data Agent Kit, un autre jeu d’outils MCP pour se connecter aux services de gestion de données de GCP et confier des skills prémachés aux agents IA pour effectuer des requêtes. Son serveur MCP d’accès au CLI de Google Cloud est en préversion publique. Il permet d’exécuter des commandes relatives aux services cloud et à BigQuery.

Des analystes dubitatifs

Néanmoins, les analystes se posent encore un certain nombre de questions clés. Interrogés par TechTarget, David Nicholson de Futurum Group, Mark Beccue d’Omdia [propriété d’Informa TechTarget, également propriétaire du MagIT] et Sid Nag de Tekonyx soulignent des défis majeurs en matière de sécurité, de gouvernance, de coûts et d’intégration dans des systèmes forcément complexes et hétérogènes.

Les entreprises ne sont pas nécessairement prêtes à laisser les agents accéder à tous leurs systèmes critiques, le contrôle des accès n’est pas toujours centralisé, et la gestion fine des budgets reste encore nébuleuse, notamment sur la refacturation annoncée par Thomas Kurian. Sans oublier, comme le note David Nicholson, un enjeu en matière d’enfermement propriétaire.

Ce sont autant de points auxquels Google Cloud devra répondre pour convaincre les entreprises d’adopter ses systèmes.

Ironiquement, Google a choisi de présenter son agent unifié dans le Hangar One, un hangar gigantesque de la NASA construit au début des années 1930 pour accueillir deux dirigeables de l’US Navy, l’USS Akron et l’USS Macon. Comme la plupart des dirigeables, les deux appareils ont connu une fin tragique. Reste à espérer que Gemini Agent ne subisse pas le même sort au cœur des environnements d’entreprise. En tout cas, à l'image du Hangar One qu’il a aidé à restaurer entièrement, le fournisseur y croit dur comme fer.

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