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Google Cloud décline Gemini Enterprise pour les services financiers et légaux
Comme Anthropic, OpenAI, Microsoft et un bon nombre de startups, Google Cloud spécialise son assistant agentique pour les services légaux et financiers. Cette verticalisation des offres doit encore faire ses preuves, observent les analystes.
Au lendemain de la présentation par Thomson Reuters de ses propres modèles d’IA, Google Cloud a annoncé les préversions de Gemini Enterprise for Legal et for Financial Services, des plugins pour l’application agentique Gemini Enterprise.
Pour rappel, en avril dernier, le géant du cloud avait unifié ses back-end et ses offres en s’appuyant sur Gemini Enterprise Agent Platform, une « évolution de Vertex AI ». Il promettait déjà de lancer des applications verticalisées. Entretemps, OpenAI et Anthropic ont décliné leurs propres services pour les services financiers. Microsoft développe Copilot for Finance et Solutions juridiques, tandis qu’une kyrielle de startup et d’entreprises spécialisées développent leurs propres assistants.
Des offres verticalisées, mais génériques
À l’instar de ces services concurrents, Gemini Enterprise for Legal et for Financial Services offrent des skills, des connecteurs MCP (Model Context Protocol), des agents IA et l’accès à un écosystème de partenaires.
Comme l’indique Google Cloud, les skills sont des jeux d’instructions et des éléments de contexte réutilisables permettant d’accomplir certaines tâches spécialisées. L’offre destinée aux services légaux inclut dix skills pour examiner et réviser des contrats, élaborer des manuels de négociations de contrats (playbook juridique), analyser des perspectives réglementaires, rechercher des jurisprudences, ou encore traiter des demandes d’accès aux données personnelles. L’offre Financial Services inclut actuellement six skills pour l’analyse de risque de l’octroi de crédits, le formatage d’analyse financière et de marché, l’analyse quantitative des produits financiers, la réception de brief des actualités majeures, le suivi des actifs au sein d’un portefeuille et l’estimation du portefeuille.
Les connecteurs MCP permettent principalement une connexion « sécurisée » à des applications et des jeux de données structurées et non structurées sous licences. Gemini Enterprise for Legal peut se connecter à CourtListener, Thomson Reuters HighQ, Docusign, Harvey, NetDocuments, Solve Intelligence, Courtroom5, Everlaw, iManage Work, Relativity eDiscoverly, Legora et Onit Enterprise Legal. Du côté des services financiers, ils peuvent accéder aux données de Moody’s, de S&P, du London Stock Exchange, de MSCI, de PitchBook, Finnhub, Coindesk et Factset.
Selon GCP, des connecteurs sont également disponibles vers les suites Google Workspace (Docs, Sheet, Slides) et Microsoft 365 (Excel, Word, PowerPoint).
Des partenaires nécessaires
Google ne fournit en réalité qu’un seul agent consacré à la recherche profonde financière. Les huit autres (en combinant les deux offres) sont fournis par Deloitte (résumé de contrats, relecture assistée), Eudia (analyse légale profonde), Dun & Bradstreet (vérification de solvabilité d’une entreprise), Kensho (recherche de données S&P), Obin Financial, FlowX ou encore Spherical Limited (analyse environnementale des investissements). Ils déclinent tous ce même principe afin de produire des rapports ou des synthèses.
Pour aller plus loin, il faudra se rapprocher des partenaires de Google Cloud. Certains couvrent les deux offres, dont KPMG, Accenture, Deloitte, Zencore, 66degrees et Tribe.ai. Artefact, Capgemini, Cognizant, Genpact, GFT Technologies, Infosys, PwC, Quantiphi et Slalom peuvent augmenter Gemini Enterprise for Financial Services. Devoteam, Factor Law, Valtech et Zazmic peuvent également intervenir sur l’extension du plugin Legal.
GCP indique notamment que les entreprises peuvent les solliciter pour connecter leurs agents existants avec Gemini Enterprise à l’aide du protocole A2A.
Le fournisseur dit avoir développé ses fonctionnalités avec les cabinets d’avocats Cleary Gottlieb, Freshfields, Weil et Williams & Connolly. Deustche Bank et CME group ont participé à la conception du plugin financier.
La plupart des institutions légales et financières ont jusqu’alors préféré développer leurs propres skills et agents IA, en s’appuyant sur des déploiements locaux ou sur les services back-end de Microsoft Azure, AWS ou GCP. Comme ses concurrents, GCP parie sur l’abandon progressif des développements à façon, comme l’illustre le recours à Microsoft Copilot chez la Société Générale (suppression de son SecureGPT) et chez Axa (complémentarité).
« À l’heure actuelle, Google est en train de rattraper son retard à bien des égards », déclare David Nicholson, analyste chez Futurum Group, auprès d’AI Business, une publication sœur du MagIT. « Cependant, l’entreprise tente de compenser cela en misant sur l’ouverture et sur l’idée qu’il ne s’agit pas d’abandonner tous les processus existants ».
Google Cloud doit se concentrer sur la vérification des contenus générés, jugent les analystes
Et GCP de vanter la neutralité de sa plateforme : la présence des partenaires éviterait le verrouillage propriétaire, assure l’hébergeur.
Cet argument, selon les analystes, n’est pas simple à défendre ou ne semble pas aussi important que le prétend le fournisseur, argue David Nicholson. Pour lui, Google doit se distinguer par sa capacité à sanctuariser les résultats des LLM. En clair, éviter les hallucinations.
« Les erreurs d’interprétation sont évitées grâce à une traçabilité vérifiable des données et à leur explicabilité. Tous les résultats générés par l’agent “Financial Research” intègrent des scores de confiance (explicabilité), des méthodologies détaillées étape par étape (transparence), des instantanés historiques des données (auditabilité) et des citations directes entre parenthèses renvoyant aux documents officiels, aux transcriptions des résultats financiers ou à des bases de données privées (vérifiabilité) », prétend GCP dans une FAQ. Il ne prend pas le même engagement pour Gemini Enterprise for Legal : il s’en remet aux partenaires, dont Everlaw qui dit offrir une « couche de preuve » pour l’assistant agentique. C’est là où Thomson Reuters tente de se différencier en intègrant dès l’entraînement de ses LLM les données et les méthodes des juristes, des financiers et des journalistes.
Le fournisseur évoque par ailleurs plusieurs méthodes (chiffrement, VPC, résidentialité des données) pour éviter d’exposer les données aux LLM… ce qui n’empêche pas l’exposition au droit extraterritorial américain.
Sid Nag, fondateur et directeur de recherche chez Tekonyx, estime, lui, que la force de ses offres réside dans les partenariats avec des institutions financières et légales établies.
Il n’est pas évident que cela suffise pour convaincre des entreprises qui ne sont pas encore clientes. D’autant que le fournisseur n’évoque pas dans le détail la question du prix. Oui, les skills, les connecteurs MCP maîtrisés peuvent réduire la facture de la recherche profonde. Mais le processus réclame encore et toujours de parcourir des documents de plusieurs centaines de pages. À ce jeu, le GCP peut jouer sur la tarification agressive de ses propres LLM.
En tout cas, Google prévoit déjà de cibler d’autres verticaux, dont le monde hospitalier (par exemple pour simplifier les processus complexes de prise en charge des assurances aux États-Unis), l’industrie biopharmaceutique et « d’autres services professionnels ».
