Processeur 100% européen : le Rhea2 de SiPearl sera développé avec Taiwan

La seconde génération du processeur « designed in Europe » reposera en grande partie sur le design du processeur Mobius100 du Taiwanais Alcor Micro, qui a au moins le mérite d’implémenter déjà des cœurs ARM Neoverse V3.

Changement de stratégie. SiPearl, l’émanation commerciale de l’European Processor Initiative, ne développera finalement pas la seconde génération de son processeur pour supercalculateurs entièrement en Europe. La société française annonce s’associer avec le Taiwanais Egis Group pour utiliser le design du processeur Mobius100 (dit M100) que sa filiale Alcor Micro a mis au point.

Le projet de doter l’UE de son propre savoir-faire en conception de semiconducteurs de pointe en prend un coup. Mais dans un communiqué, Philippe Notton, le PDG et fondateur de SiPearl, veut voir le côté positif de cette évolution pas aussi souveraine que prévu :

« Ce partenariat va considérablement enrichir la coopération technologique entre Taïwan et l'Europe afin de promouvoir des microprocesseurs haut de gamme et résilients destinés au marché mondial du supercalcul, de l’IA, des fournisseurs de services cloud et des centres de données », écrit-il.

Cela dit, après les sept ans de développement qu’il a fallu compter pour voir enfin arriver, ces jours-ci, le Rhea1 dans les serveurs Bull, cette association avec Taiwan a le mérite de promettre un bond technologique rapide. Grâce à elle, le Rhea2 fera l’impasse sur les cœurs Neoverse V2 d’ARM - entretemps apparus dans les Nvidia Grace, AWS Graviton4 ou encore Google Axion - pour passer directement aux cœurs Neoverse V3. Et avec une commercialisation possible dès 2028.

Précédemment, Philippe Notton avait expliqué au MagIT la difficulté pour les jeunes entreprises de semiconducteurs de recruter suffisamment d’ingénieurs pour tenir les délais. La collaboration avec les équipes d’Egis Group apparaît comme un moyen de contourner ce problème de profils peu disponibles sur le marché de l’emploi.

Une architecture en chiplet

Les cœurs Neoverse V3 seront a priori entre 9 et 16% plus rapides que les Neoverse V2, lesquels étaient déjà plus rapides de 13 à 17% que les cœurs Neoverse V1 du Rhea1. Et, ce, grâce à une amélioration du jeu d’instruction ARM 64 bits qui passe successivement de la version 8.6-A, à la 9.0-A, puis à la 9.2-A.

Les cœurs V3 sont aussi les premiers Neoverse à implémenter les fonctionnalités CCA (Confidential Computing Architecture) d’ARM qui permettent de chiffrer en mémoire toute une machine virtuelle pour éviter la fuite des données lorsqu’une entreprise loue les services d’une IA hébergée chez un tiers.

L’intérêt du design du Mobius100 est surtout qu’il implémente l’architecture CSS V3 qu’ARM a imaginée pour concevoir des chiplets, c’est-à-dire plusieurs circuits interconnectés dans la même puce. Dans le processeur d’Alcor Micro, on trouve ainsi deux circuits de 70 cœurs chacun pour totaliser 128 cœurs actifs en même temps, plus 12 cœurs de réserve, prêts à prendre la relève lorsque certains chauffent trop.

Ces deux circuits sont interconnectés dans le M100 avec un contrôleur DDR5 qui supporte des composants mémoires MRDIMM 12800, ainsi qu’avec un contrôleur PCIe 6.0 capable de communiquer avec des mémoires et des extensions distantes au protocole CXL.

Participer à un design de référence

Pour interconnecter physiquement les circuits, Alcor Micro a choisi un socle UCIe 2.0 fabriqué par InPsytech, lui aussi taiwanais. Ce socle permet de relier entre eux jusqu’à huit circuits. SiPearl suggère dans son communiqué que les circuits supplémentaires intégrés au Rhea2 seront plutôt des accélérateurs – GPU, DPU, ASIC spécialisé.

Egis Group a d’ailleurs l’intention de faire du M100 une architecture de référence dont il pourrait vendre des licences pour permettre à des tiers de fabriquer simplement des processeurs ARM dotés de divers circuits d’accélération.

On sait par ailleurs que SiPearl planche depuis le départ à implémenter des accélérateurs sur la base de cœurs Open source RISC-V. LeMagIT suppose que ces accélérateurs pourront rejoindre la plateforme de référence d’Egis Group, ce qui permettrait à SiPearl de toucher des royalties à chaque fois qu’ils seront utilisés par des fabricants tiers.

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