Hot Chips 2026 : Arm présente l’AGI, son propre processeur

La société qui définit le fonctionnement de tous les processeurs ARM a décidé d’en fabriquer un elle-même, au détriment des concepteurs à qui elle vend des licences. L’AGI offre 136 cœurs pour 300 watts.

La société Arm a profité de la conférence Hot Chips 2026 qui se tenait la semaine dernière dans la Silicon Valley pour détailler l’AGI. Il s’agit du processeur qu’elle va commercialiser elle-même pour les serveurs, alors qu’elle se contente depuis toujours d’en concevoir des designs qu’elle revend sous forme de licences à une multitude de vrais fabricants de processeurs.

Codéveloppé avec Meta pour servir ses besoins en intelligence artificielle, l’AGI est un énième processeur ARM qui doit servir à exécuter la partie agentique des IA en consommant bien moins d’électricité que ne le font les processeurs x86 ou les GPU.

Il arrive sur un segment de marché où existent déjà les Grace et Rubin de Nvidia, les AmpereOne d’Ampere, les Graviton, Cobalt et Axion d’AWS, Azure et Google Cloud, le Rhea de SiPearl, ou encore les prochains Dragonfly C de Qualcomm. Sans oublier les Silicon d’Apple, qui ont ouvert cette voie sur les ordinateurs domestiques, ou le prochain processeur Z d’IBM qui apporte la compatibilité ARM matérielle à ses mainframes.

Le point fort de l’AGI est d’avoir 136 ou 128 cœurs fonctionnels à 3,5 GHz, ou seulement 64 à 3,7 GHz, et de ne consommer que 300 watts dans tous les cas. Il adressera 6 To de RAM via 12 canaux DDR5 (soit 24 barrettes DIMM), ainsi que 96 voies PCIe 6.0.

Déjà une machine chez Supermicro pour les marques blanches

Pour l’heure, le fabricant en marque blanche Supermicro est le seul à l’annoncer à son catalogue ; une exposition qui suggère l’ambition de vendre des serveurs à base d’AGI au-delà du seul Meta. Son serveur est haut de 1U, a une demi-largeur, contient deux processeurs AGI, ainsi que deux SSD. Il intègre jusqu’à 6 To de RAM – et non 12, car les bus DDR des deux processeurs ne se cumulent pas, ils accèdent aux mêmes adresses.

Supermicro propose ce serveur soit sous la forme d’un boîtier 2U contenant quatre de ces petits serveurs, soit dans un boîtier double large de seulement 1U de haut et qui contient aussi quatre de ces serveurs. Le format de ces boîtiers rack est l’OCP, la norme des étagères de serveurs pour les hébergeurs et les hyperscalers. Ces machines pourraient être disponibles dans les prochaines semaines.

Arm avance qu’une étagère rack remplie de tels serveurs bi-socket AGI offrirait deux fois plus de puissance qu’une étagère remplie de serveurs x86. Pour autant, on ignore ce qui est ici exactement comparé.

Pour mémoire, Supermicro n’a pas vocation à vendre ses machines aux entreprises, mais plutôt aux hébergeurs qui achètent de grandes quantités et aux éditeurs de logiciels (y compris les éditeurs de systèmes d’exploitation ou de stockage) qui souhaitent vendre leurs produits sous la forme d’une appliance matérielle prête à l’emploi.

Des cœurs Neoverse V3

Dans le détail, un processeur AGI contiendra un ou deux circuits (« dies ») de 70 cœurs ARM Neoverse V3 chacun, gravés avec une finesse de 3nm dans les usines de TSMC. Manifestement, ARM sait déjà que des problèmes de fabrication sacrifieront deux ou six cœurs par die. Ces cœurs seront chacun accompagnés d’un cache L2 dédié de 2 Mo. Un cache L3 central de 128 Mo servira à partager des données entre eux.

Les autres cœurs présents sont le contrôleur mémoire DMS, le contrôleur PCIe 6.0/CXL 3.0 PSS, un gestionnaire de température et de cache SCS, ainsi qu’un contrôleur de communication CMN. Ce dernier interconnecte les dies dans la puce, mais aussi les deux processeurs d’un serveur bi-socket, via des liens UCIe, soit l’équivalent, en standard ouvert, du réseau NVLink de Nvidia.

Les cœurs Neoverse sont des cœurs ARM qui comprennent des unités de calculs vectoriel et matriciel particulièrement utiles dans les tâches d’inférence. La version 3 exécute le dernier jeu d’instruction ARM 9.2-A et apporte une accélération par rapport aux cœurs Neoverse 2 qui est bien plus significative au niveau des unités de calcul (entre 84 et 96% de vitesse en plus) qu’au niveau des instructions de base (de 9 à 16% de vitesse en plus).

Enfin, la variante « V » des Neoverse est celle qui propose les cœurs les plus performants, notamment grâce à des unités vectorielles en 256 bits plutôt qu’en 128 bits, tandis que la variante « N » est celle qui consomme le moins d’énergie. C’est-à-dire qu’à performances égales, un Neoverse N est moins énergivore, mais on optera pour des cœurs Neoverse V si l’on veut atteindre les performances maximales.

Un énième processeur ARM pour serveurs

Les autres processeurs ARM qui intègrent déjà des cœurs Neoverse V3 sont les Graviton5 d’AWS (192 cœurs à 3,3 GHz) et Cobalt 200 d’Azure (132 cœurs). Ceux qui intègrent encore des cœurs Neoverse V2 sont les Grace de Nvidia et Rhea de SiPearl. Les AmpereOne (192 cœurs) et les Vera de Nvidia (88 cœurs, mais 176 threads) ont quant à eux des accélérations propriétaires pour l’inférence, comme les Silicon Mx d’Apple.

En somme, l’AGI est tout à fait similaire sur le papier aux autres processeurs ARM et il est légitime de se demander si la société Arm avait véritablement besoin d’ajouter un modèle supplémentaire, d’autant que l’AGI concurrence directement les fabricants de puces à qui elle revend des licences. Et Arm est une filiale du conglomérat japonais SoftBank, lequel possède aussi Ampere, qui produit les processeurs ARM AmpereOne.

Pour mémoire, Ampere est toujours supposé lancer en 2026 une nouvelle version Aurora de l’AmpereOne. Ce processeur devrait contenir 512 cœurs, mais l’on est sans nouvelle de son avancement depuis qu’Arm parle de l’AGI.

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