NetApp remotive ses partenaires avec FlashRay et Data Fabric

Lors de sa conférence partenaires à Varsovie, NetApp a certes étoffé son portefeuille mais doit encore convaincre.

NetApp se réveille. La baie FlashRay dont on parle depuis 2012 sera enfin mise sur le marché cet été, le catalogue se complète de l’appliance AltaVault qui sert à stocker les sauvegardes sur du cloud public ou privé (nouveau nom de la solution SteelStore rachetée en fin d’année dernière) et, sinon, toute l’énergie commerciale se focalise sur une nouvelle stratégie Data Fabric. Voilà en substance, ce que NetApp, le numéro 2 des baies de stockage derrière EMC, a annoncé cette semaine à Varsovie, lors de son rendez-vous annuel avec ses revendeurs, intégrateurs et autres partenaires européens.

L’événement a eu lieu trois semaines après la révélation d’un CA trimestriel en baisse de 7%, des bénéfices en chute de 32%, un plan de suppression de 500 postes et la démission du CEO Tom Georgens, remplacé au pied levé par le vice-président en charge des produits, George Kurian.

De fait, Daniel Urbain, PDG de FPS, l’un des plus anciens intégrateurs NetApp en France, s’attendait à des annonces plus offensives. « NetApp a une technologie excellente, le système ONTAP qui équipe ses baies de stockage. EMC n’est jamais parvenu à l’égaler en terme de fonctionnalités. Mais, maintenant, ça ne suffit plus ! L’absence de savoir-faire de NetApp dans les domaines connexes devient pesante. La stratégie d’acquisition d’EMC a été bien plus intelligente et eux ont aujourd’hui une offre d’une richesse et d’une complémentarité tout à fait formidables. J’attends de NetApp qu’ils rachètent des acteurs. Mais ils semblent ne vouloir se fâcher avec personne », dénonce-t-il.

Comme lui, d’autres revendeurs présents pointent l’absence de NetApp sur une solution hyperconvergée, moins chère que la solution convergée FlexPod dont le constructeur partage la commercialisation avec Cisco.

La baie FlashRay enfin commercialisée cet été

Et puis, surtout, tout le monde se demande si NetApp va finalement être en mesure de rivaliser avec les baies de stockage 100% Flash de type EMC XtremIO, PureStorage ou HP 3PAR. Les baies NetApp FAS « all-Flash » dotées intégralement de disques SSD ne sont pas des solutions capables de supporter les gros traitements de bases de données ; elles servent surtout de cache. Le projet FlashRay, qui devait résoudre le problème sur la base d’un système différent d’ONTAP, a été amorcé en 2012. Un prototype a été montré deux ans plus tard. Très décevant en termes de performances, il utilisait des disques TLC lents et n’accompagnait pas l’ajout de disques par celui de contrôleurs ; ce qui suggérait que les performances baisseraient au fur et à mesure qu’on augmenterait la capacité. Pour finir, Brian Pawlowski, l’ingénieur responsable de FlashRay, est parti chez le concurrent Pure Storage fin mars.

« Ces problèmes sont désormais dernière nous », jure Jean-François Marie, le directeur des produits et des alliances chez NetApp EMEA. Selon lui, les 200 brevets de Mars OS, le système original de FlashRay, ont été réintégrés dans ONTAP. « Nous aurons désormais une baie de stockage Flash qui, grâce aux technologies Flash Ray, permet d’écrire avec une taille de bloc variable ; ce qui allonge la durée de vie des disques Flash au-delà de tout ce qui existe. Au bout de 14 mois, nos tests montrent que seules 5% des cellules sont usées là où l’on en dénombre 40% ailleurs. Et grâce à ONTAP, cette baie utilisera des disques eMLC plus rapides et plus capacitifs », explique-t-il.

L’avantage d’un stockage unifié autour de Clustered ONTAP

Surtout, l’argument de cette baie FlashRay sera de pouvoir construire des clusters de stockage avec des nœuds de performances différentes, mais tous administrés par le même système, Clustered ONTAP 8.3, en l’occurrence. « Chez nos concurrents, la baie Flash est un ilot autonome au sein du stockage. Il est dès lors très compliqué de déplacer ses données sur les autres baies. Dans un cluster ONTAP, au contraire, on peut très facilement associer la donnée à un type de contrôleur. En proposant un système unique, il est possible d’automatiser l’adéquation entre la criticité de la donnée et le prix du nœud », argumente Jean-François Marie.

Chez EMC, les baies XtremIO n’ont certes pas le même système que les VMAX, les Isilon ou les VNX qu’elles complètent. En revanche, EMC propose désormais son contrôleur ViPR censé unifier tout le monde dans la même interface d’administration. « La différence se fait sur les interruptions de service. Dans un cluster où les données sont envoyées en CIFS aux serveurs, ONTAP est le seul à pouvoir restaurer une connexion perdue, ne serait-ce que quelques secondes. »

Olivier Teichman, directeur général de l’intégrateur français StorData entend les nouveaux arguments de FlashRay. « L’avantage de NetApp est qu’ils proposent les baies les plus faciles à administrer et la nouvelle orientation prise par FlashRay va dans cette direction », dit-il. Et d’ajouter qu’il n’y aura ainsi pas de rupture pour les clients historiques de la marque, qui rechignent à former des gens sur des solutions concurrentes. « Mais ce qui les sauve surtout, c’est que le marché du stockage Flash est encore émergeant. La bataille de la base installée n’est pas encore gagnée. S’ils avaient encore tarder à proposer une solution cohérente, leur avantage technique n’aurait plus suffit à les faire exister sur le segment du Flash », remarque-t-il.

Selon Gartner, en 2014, le marché du stockage en Flash se répartissait ainsi : 31% pour EMC, 19% pour Pure Storage, 16% pour IBM, et 7 à 8% pour NetApp et HP. Cette étude ne fait pas la distinction entre les baies vendues comme du cache et celles optimisées pour les bases de données.

Cloud ONTAP pour stocker chez Amazon, point

Reste la stratégie dite de Data Fabric, dont personne n’est sûr d’avoir bien compris le bénéfice sous-entendu. Officiellement, il s’agit de mettre de la technologie ONTAP chez les prestataires de Cloud, afin que les entreprises qui disposent de baies NetApp puissent, depuis leur console d’administration, choisir d’aller stocker leurs données non critiques chez des hébergeurs peu chers plutôt qu’en local. Mais en pratique, le système logiciel Cloud ONTAP ne fonctionne qu’avec Amazon AWS. Et le dispositif physique NPS n’ouvre que les portes des clouds IBM SoftLayer ainsi que Microsoft Azure. Aucune annonce n’a été faite avec des acteurs du Cloud privé ou public européens.

« Amazon, SoftLayer et Azure sont des acteurs internationaux qui satisferont des entreprises internationales », élude Marc Montiel, le vice-président de NetApp en charge de l’Europe du Sud. « En ce qui concerne les partenaires locaux, notre volonté est de leurs fournir les briques technologiques et de les laisser vendre de la propriété intellectuelle par-dessus. Rien n’est encore fait, parce que les entreprises européennes ont une maturité différente des américaines vis-à-vis du Cloud hybride. Ici, on ne déporte pas les applications vers le Cloud. Les directions générales et financières préfèrent investir dans les applications SaaS. Si bien que le Cloud ne sert vraiment aujourd’hui qu’à stocker les sauvegardes », estime-t-il.

Data Fabric pour construire de la sauvegarde hybride en Europe

Une argumentaire que reprend Daniel Urbain : « tous nos clients disent réfléchir au Cloud. Ils sont attirés par les offres de Microsoft, Google, Amazon qui promettent du stockage pas cher. Mais on a des principes : en Europe, on n’aime par partager des données avec la NSA. Si bien que la préoccupation des clients européens est moins de trouver du stockage peu cher que de confier à quelqu’un d’autre des fonctionnalités complexes, typiquement la sauvegarde, la restauration, les plans de reprise d’activité », dit-il. Et Olivier Teichman de poursuivre : « Mais il y a un problème de tuyaux. Les connexions ne sont pas suffisantes pour restaurer rapidement des données depuis un Cloud public. Donc, il font appel à des prestataires locaux qui, soit, gèrent la sauvegarde directement dans le datacenter du client, soit ont un datacenter de sauvegarde duquel pourra repartir la production en attendant que la restauration soit effectuée », expose t-il.

Mais selon Olivier Teichman aucune de ces solutions n’est satisfaisante : « l’idéal est une solution hybride, avec les données les plus critiques sauvegardées chez le client pour une restauration rapide et l’immense majorité des données qui supportent un temps d’indisponibilité sauvegardées chez le prestataire, le tout géré par ce dernier », dit-il, en précisant que c’est exactement le but des briques technologiques que NetApp recouvre sous le vocable Data Fabric. Reste à les assembler, prestataire local après prestataire local, dans un produit de sauvegarde aussi clé en main que ne l’est Cloud ONTAP pour stocker des données de production dans Amazon. « Nous planchons actuellement sur un format de données commun qui nous permettrait d’inclure dans l’administration de Clustered ONTAP les sauvegardes gérées par l’appliance AltaVault », indique Jean-François Marie. Ce n’est pas encore le cas, donc.

Dans les semaines qui viennent, Cloud ONTAP devrait tout de même finir par apparaître chez SoftLayer ou Azure. « Nos ingénieurs réfléchissent à un moyen qui permettrait de réduire les pertes de connexions entre un Cloud et un data center local, tout comme Clustered ONTAP le fait dans un cluster », confie Jean-François Marie, suggérant que, alors, le stockage en Cloud hybride pourra enfin devenir une réalité.

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