Microsoft et Red Hat : pourquoi un tel rapprochement

Microsoft et Red Hat sont revenus sur les relations qui les unissent. L’occasion pour Microsoft d’expliquer aussi sa relation avec le monde de l’Open Source.

« Une révolution devenue discrète ». « La guerre est derrière nous ». Frédéric Aatz, directeur de la stratégie de l’interopérabilité et Open Source chez Microsoft France, ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de qualifier les relations de l’éditeur avec le monde de l’Open Source. Une proximité qui, il y a trois ans, était presqu’inconcevable dans l’esprit de l’ensemble de l’écosystème de l’IT.

Pourtant, aujourd’hui, c’est bien ce visage que Microsoft souhaite montrer, affirmant que désormais l’Open Source fait partie de la transformation du groupe et qu’elle est devenue une brique indispensable dans les schémas d’innovation des entreprises. « C’est le reflet de ce que les entreprises commencent à intégrer », explique Frédéric Aatz, à l’occasion de MS Experiences qui s’est tenu cette semaine  à Paris.

Selon lui, cette proximité est donc le souhait des entreprises. Et impossible pour Microsoft de faire l’impasse. « Aujourd’hui, 30% des workloads sur Azure sont sur Linux », illustre-t-il et cela va plus vite que la croissance d’Azure. Cela constitue donc pour Microsoft un enjeu de croissance et un levier économique à l’échelle de groupe.

L’Open Source, pan de la mixité souhaitée par les entreprises

Il faut dire que les environnements modernes, comme le Cloud, imposent cette mixité des modèles et floutent nativement les frontières. C’est ce que révèle par exemple le premier observatoire Open Source d’IDC dont LeMagIT a pu consulter quelques résultats en exclusivité (voir encadré). On y apprend par exemple que 78% des entreprises interrogées (un panel de 152 entreprises françaises de plus de 500 salariés, et 78 de moins de 500) pensent que les modèles Open Source et traditionnels doivent converger afin d’offrir le maximum de valeur. Et surtout, à 60%, elles pensent que les deux modèles ont évolué « vers une meilleure prise en charge de la mixité ». 30% affirment même qu’il n’y a « plus d’opposition sur le fond ».

La hache de guerre semble donc bien enterrée chez Microsoft, mais aussi - et surtout - dans l’esprit des entreprises. Comme le révèle encore cette même étude, les entreprises choisissent avant tout leur technologie de façon pragmatique - comprendre quel que soit le modèle. Ce qui compte pour 52%, c’est la meilleure solution.

« Les entreprises attendent cette mixité », commente Sébastien Lamour, directeur de recherche chez IDC qui a piloté cette étude. « Les entreprises ressentent que des initiatives (dans le monde de l’IT, NDLR) se mettent en place et perçoivent que cette guerre est terminée. Cela est une évidence pour le Cloud et les environnements modernes où cette mixité est native », ajoute-t-il.

Passer un accord avec le premier éditeur Open Source était ainsi une évolution clé, voire indispensable, pour Microsoft. En 2015, Red Hat et Redmond ont en effet signé un accord contractuel à travers lequel Microsoft devient fournisseur de solutions Red Hat sur Azure (Red Hat Enterprise Linux et le Paas OpenShift) et supporte le programme Cloud Access de la firme au chapeau rouge. Ce programme permet de migrer les licences - et de transférer les souscriptions, donc -  Red Hat sur Azure. De plus, les outils Red Hat se retrouvent accessibles et consommables dans la Market Place d’Azure.

D’autres termes de l’accord portent sur  le pilotage des workloads Azure à partir des outils d’administration de Red Hat, d’un accord de support commun (des équipes Red Hat sont positionnées à Redmond) et bien sûr, l’intégration de .Net Core à RHEL et OpenShift – ce qui a été annoncé en juin dernier lors du Red Hat Summit de San Francisco.

Un rapprochement indispensable pour Microsoft, mais aussi pour Red Hat, qui y voit « une mise en commun des deux environnements », comme le précise Hervé Lemaître, senior Business Strategist chez Red Hat, présent sur l’événement de Microsoft.

Surtout, la société de Raleigh fait aussi le constat qu’Azure est devenu une plateforme Cloud clé pour les entreprises, au même titre qu’AWS. Y être présent, et toucher une cible aussi étendue que celle de Microsoft, est aussi une opportunité – rappelons que les outils Red Hat peuvent être consommés depuis la Market Place Azure. La nature du Cloud a bien contribué à rebattre les cartes du marché.

Mais ce n’est pas tout, lance Sébastien Lamour. Car ce qui compte – et c'est un point central – c'est l’intégration et l’interconnexion des technologies plus que d’ajouter un autre canal de distribution. « La valeur est plutôt dans l’intégration, surtout dans des environnements hybrides », résume le responsable IDC. « Il faut gérer cette hybridation. Si cette intégration n’est pas faite, les services ne seront pas à la hauteur. Il fait adapter les infrastructures. »

Rapprocher Java de .NET

Cette proximité se retrouve aussi dans l’approche communautaire de Red Hat, qui est présent dans nombre de communautés Open Source. « La moitié de nos 9 000 employés sont dans des communautés et sont donc précurseurs », rappelle Hervé Lemaître. Autant de portes qui s’ouvrent à Microsoft. Et Red Hat s’ouvre celle du .Net Core. « Nous étions très présents sur le monde Java, on est présent sur .Net », explique le responsable Red Hat.

Les deux partenaires évoquent désormais des contributions croisées et intercommunautaires. Une synergie qui s’inscrit bien dans le contexte actuel. « Les patrimoines Java sur site (là où Red Hat est très implanté, NDLR) vont aussi pouvoir migrer vers le Cloud Azure », explique Frédéric Aatz.

D’ailleurs, précise-t-il, les équipes de Microsoft se sont réorganisées pour correspondre aux exigences de l’Open Source et pour se caler sur l’organisation de GitHub – le mois dernier, Redmond était recensé comme le premier fournisseur de contributeurs sur le référentiel phare des projets Open Source.

Restera une question : la proximité de Microsoft avec un éditeur Linux est loin d’être nouvelle. Les accords d’intéropérabilité noués avec Suse remontent en effet à …2006. Cette prise en compte du monde Linux, avant même l’avènement du Cloud, n’est donc pas nouvelle pour Redmond ; mais le Cloud – et sa montée en puissance – aura servi de catalyseur. Alors quid de Suse dans cette équation ?

« Notre relation avec Suse existe toujours, mais elle varie en fonction des pays et des parts de marché », note Frédéric Aatz. Par exemple, le partenariat entre les deux éditeurs est fort en Allemagne, où des travaux sont menés avec Suse et SAP sur des projets d’intégration HANA, la base de données In-Memory de l’éditeur allemand. 

L’Open Source de plus en plus présente dans les entreprises

Parmi les autres résultats du premier observatoire Open Source d’IDC (réalisé pour le compte de Microsoft, IBM et Red Hat), on apprend que l’Open Source s’est insérée loin dans les SI des entreprises. 84% des entités sondées de plus de 500 employés ont en effet adopté ce modèle. Logiquement, à 43%, l’Open Source motorise des environnements Web ; à 23% les langages de programmation ; et à 21%  les bases de données. IDC note aussi une progression dans les environnements de conteneurs pour 7% des entreprises interrogées, mais, curieusement, seulement 3 % dans les outils Big Data.

Dans un contexte propice aux « environnements étendus », comme le Cloud, le Big Data ou l’IoT, « l’écosystème des solutions Open Source est aujourd’hui une source reconnue d’innovation technologique et une alternative crédible aux logiciels traditionnels », explique IDC.

Les gains financiers apparaissent encore comme un des avantages premiers perçus de l’utilisation de l’Open Source, devant l’amélioration des performances des applications, cité comme le 3ème avantage.

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