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POSS 2016 : L’Open Source, tirée par des entreprises qui s’impliquent de plus en plus

Le secteur accélère sa croissance, mais doit encore faire face à des problèmes de recrutement.

Si «d’un point de vue économique et social, le secteur est en bonne santé », a confirmé Axelle Lemaire , la secrétaire d’Etat chargée du numérique et de l’innovation, à l’occasion du Paris Open Source Summit  2016 (voir aussi encadré), les entreprises françaises pure-players de l’Open Source sont toujours confrontées à une pénurie de compétences. Comme un paradoxe.

Car en effet, en 2016, le marché de l’Open Source confirme son embellie, et devrait même dépasser les chiffres de croissance établis en 2015. Dans une enquête du Conseil National du Logiciel Libre (CNLL) – à laquelle ont répondu  50 entreprises membres de l’organisation - , il apparait que les entreprises répondantes tablent en moyenne sur une croissance de 15% de leur CA cette année. Des prévisions « de forte croissance », comme le précise d’ailleurs Philippe Montargès président du CNLL, et supérieurs aux chiffres données l’année dernière par PAC qui fixait à 9% de taux de croissance moyen du secteur jusqu’en 2020.

 Cette année, le marché de l’Open Source devrait peser pour 4,5 milliards d’euros, contre 4,1 milliards en 2015. Rappelons que dans ses projections, PAC estime à 13% la part de l’Open Source dans le marché des logiciels et services en France en 2020. En bonne voie donc, car comme le précise le CNLL, le CA des sociétés répondantes augmente six fois plus vite que celui de l’ensemble du secteur du numérique.

Une croissance portée par des entreprises de plus en plus intéressées

Comme l’avait précisé cette étude PAC de 2015, les freins qui barraient la route des entreprises vont donc continuer de se desserrer.  36% des répondants à cette étude (des représentants d’entreprises françaises)  affirmaient à l’époque qu’il n’en existait aucun.

Surtout, cette progression confirme la place de l’Open Source dans les stratégies des entreprises, confrontées, rappelons –le, à une migration progressive vers le numérique. L’Open Source représente un levier essentiel pour l’innovation ou encore une passerelle cruciale vers le numérique – ce qu’avait souligné cette même étude PAC en 2015.

Cela s’est confirmé lors de POSS 2016. Des grandes entreprises ont mis en place des stratégie liées à l’Open Source, plaçant le code ouvert et le développement communautaire au cœur de politiques industrielles.

C’est par exemple le cas de la Société Générale qui a déployé une stratégie volontariste de l’Open Source pour développer « un SI centré sur le client » et nourrir sa politique de banque connectée, a expliqué Xavier Lofficial, le DSI du groupe bancaire. Cela se traduit par la généralisation de l’usage de de technologie Open Source (PostgreSQL et JBoss), par exemple, ou encore par la contribution de code vers les communautés. « On s’est rendu compte que des collaborateurs contribuaient le soir. Contribuer nous apporte plus d'agilité », a-t-il  souligné. La banque compte cibler une trentaine de projets. Si Xavier Lofficial admet qu’au départ, l’Open Source rimait davantage avec économies de coûts,  il y voit désormais un catalyseur de la collaboration, qui «  favorise le partage en interne ». Enfin, pour la Société Générale, l’Open Source représente aussi une façon d’attirer les bons talents, nécessaires pour conduire la transformation numérique de l’entreprise.

Lors de POSS, nous avons également pu constater les positionnements avancés d’EDF, de Voyage-SNCF et de la SNCF, d’Air France, ou encore de Météo France. Certaines  cherchant à mutualiser leurs efforts au sein de communautés.  C’est le cas de la SNCF : le groupe ferroviaire se retrouve dans le groupe de travail Entreprise de la communauté francophone (l’association PostgreSQL FR) de PostgreSQL.

Une pénurie de compétences qui perdure

Pourtant, et parce que tout n’est pas si rose, cette accélération de la croissance soulève une question : celle de sa pérennité, justement. Si le secteur accélère, porté par des entreprises qui investissent et s’impliquent, les éditeurs et les prestataires de services, eux, peinent à recruter et trouver les profils adéquats capables de soutenir la demande. L’enquête du CNLL met en lumière certes l’optimisme de l’écosystème, avec la création potentielle de plus de 1 000 emplois en 2017 (une hausse moyenne de 25% des effectifs).  Mais, pour juguler cette pénurie, l’écosystème se met à diversifier ses canaux de sourcing.

Ainsi, si 50% des recrutements sont effectués à la sortie des filières traditionnelles, les 50% restants sont issus de cursus de formation plus spécialisées ou de nouvelles filières, comme par exemple l’Ecole42, Simplon ou encore de l’Open Source School. Notons aussi la part importante de la voie de la reconversion d’informaticiens aguerris – elle compte pour 15%. 

POSS 2016 : Au-delà de l’Open Source et du Libre

POSS 2016 a été l’occasion de comprendre que l’Open Source, ainsi que les mécanismes qui animent cette méthode d’ingénierie logicielle (on parle ici de la collaboration, du développement communautaire, du respect des standards, …) se retrouvent désormais infusés dans d’autres thèmes. Un point qu’Axelle Lemaire a d’ailleurs tenu à souligner lors de sa venue sur l’événement. La secrétaire d’état chargée du numérique a en effet rappelé  l’importance de la communauté dans les grands programmes emprunts du sceau « Open ». Comprendre l’Open Innovation ou encore l’Open Government (ou gouvernement ouvert) – France préside depuis octobre l’Open Government Partnership (OGP).

Ainsi, pour son édition 2016, la conférence Paris Open Source Summit a par exemple été le théâtre de hackathons, comme celui d’Open Democracy Now. L’idée est de travailler à la création d’une boîte à outils pour le gouvernement ouvert. Celle-ci sera dévoilée en décembre prochain lors de l’OGP Summit de Paris.  POSS a également ouvert ses portes au Legal Tech, ces services numériques qui ciblent le monde juridique. Si l’on s’éloigne du concept d’ouverture du code, l’approche collaborative qui anime les différents projets représentés est davantage mise en avant. A l’image du réseau social pour avocats Lum-Law.fr dont l’ambition est de servir de plateforme unique d’échanges et de services dédiés à la profession. « Ce qui nous intéresse est l’aspect collaboratif », explique d’ailleurs Laura Sadoun-Jarin, la Community Manager présente lors de l’événement. La plateforme, qui ne s’adosse pas à des briques open source, se repose en revanche sur un maillage de services tiers – nés dans d’autres start-ups – et agrégés sous le forme d’APIs. 

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