Licences ERP : le CIGREF menace ouvertement SAP de migrations vers l'open-source

En Angleterre, SAP a attaqué en justice un de ses plus gros clients et lui impose un redressement de plusieurs dizaines de millions de livres. L’USF avait réagi diplomatiquement. Le CIGREF, lui, sort l’artillerie lourde et met ouvertement l’éditeur en garde.

« Le CIGREF note le développement de solutions en open source qui offrent, dès aujourd'hui, des alternatives qui permettent de s'affranchir du modèle de licensing imposé par SAP ». Difficile de faire plus direct.

Après DIAGEO, des clients veulent quitter SAP

Le ton très offensif employé par le Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises (CIGREF) à l’adresse de l’éditeur allemand contraste avec la relative retenue de l’USF (association des utilisateurs francophones de SAP) suite à l’affaire DIAGEO.

Il montre en tout cas une forme d’exaspération.

« Plusieurs adhérents ont d'ores et déjà engagé des réflexions dans le sens [d’une migration pour abandonner l’ERP de SAP] », confirme le réseau de grandes entreprises.

Sarcastique, le CIGREF utilise même le conditionnel lorsqu’il parle de l’avantage concurrentiel qui reste à l’éditeur allemand sur ses concurrents open-source qui permettraient aujourd’hui « de le cantonner à quelques fonctions critiques pour lesquelles SAP serait encore jugé plus pertinent ».

En cause, donc, le procès DIAGEO. Un des plus gros fournisseurs d’alcool dans le monde a été condamné au Royaume-Uni, à la demande de SAP, pour des accès indirects dans son ERP depuis un CRM Salesforce.

La note est salée, « historique » pour le CIGREF, à 64 millions d’euros (montant qui reste à confirmer). Elle fait doubler la facture de DIAGEO qui, dans l’interprétation de l’association, a lancé des projets « bâtis sur Salesforce et connectés à SAP via une infrastructure d'échange disposant d'une licence légitime pour accéder aux données ».

Le but n’est plus la confiance, mais « une relation moins conflictuelle »

Ce qui choque et inquiète le landernau des utilisateurs de SAP, partout dans le monde, c’est l’intransigeance de l’éditeur et la manière dont il traite ses propres clients, persuadé qu’ils sont définitivement captifs.

« Le signal envoyé par SAP à ses clients est particulièrement négatif et inquiétant », confirme le CIGREF qui rappelle que ses adhérents souhaitent « construire avec leurs fournisseurs des relations saines et équilibrées ». Ce qui ne serait donc plus le cas aujourd’hui.

En clair, le torchon brule à grosse flamme. « Le CIGREF entend rappeler sa position à SAP afin de rétablir dans la durée une relation moins conflictuelle, et pourquoi pas de confiance (NDR : c’est nous qui soulignons) », assène, assassin, Henri d’Agrain, Délégué général du CIGREF.

Pour rappel, l’USF avait parlé de « victoire à la Pyrrhus [qui] donne un signal négatif [et qui] risque de faire fuir certains prospects et clients de SAP ». Le CIGREF parle aujourd’hui, en résumé, de paix armée.

SAP ! Nos données ne vous appartiennent pas !

Sur le fond du dossier, la position de l’association est à l’opposé de celle de SAP. « Les données confiées aux systèmes SAP n'appartiennent pas à SAP mais aux entreprises (NDR : c’est le CIGREF qui souligne en gras) », revendique-t-elle fermement. « Et ce qu’elles en font une fois que ces données en ont été extraites ne regarde qu’elles ».

Le problème est d’autant plus imprévisible que les accès indirects, au cœur de redressements dénoncés pas toutes les associations d’utilisateurs, ne sont pas clairement définis. Comme si SAP faisait peser « une épée de Damoclès » (dixit l’USF) au-dessus de ses clients pour mieux augmenter ses revenus.

Ou comme si SAP utilisait une arme imprévisible pour garder ses oies au bercail et les dissuader de prendre des solutions concurrentes pour compléter leurs ERP.

« Les clients ne sont pas dupes », avertit une nouvelle fois Henri d’Agrain. « Ils n'entendent pas faire les frais de la concurrence exacerbée entre SAP et Salesforce ».

Pour sortir de ce conflit le CIGREF va engager des discussions avec SAP « au meilleur niveau » (sic), en partenariat avec EuroCIO.

De son côté l’USF avait indiqué s’être rapproché de SAP France - même si l’association avait posé en vain, et plusieurs fois, la question des accès indirect à Marc Genevois, le nouveau DG de la filiale. Elle a également sollicité officiellement le SUGEN (SAP User Group Executive Network), réseau international des 20 plus importants clubs d’utilisateurs SAP au monde (sauf le club allemand), pour qu’il résolve « très rapidement ce problème au plus haut niveau avec SAP ».

Ou quand les clients captifs se souviennent que, normalement, ils devraient être « Rois ».

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