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Navigateur d’entreprise sécurisé ou extensions de sécurité : comment choisir

Les acteurs malveillants ciblent et exploitent depuis longtemps les vulnérabilités des navigateurs. La généralisation de l’IA accroît ce risque et oblige les RSSI à réexaminer leurs options en matière de sécurité du navigateur.

Que les applications soient hébergées en interne ou dans le cloud, le navigateur web est la porte d’entrée de l’essentiel du travail en entreprise. Il doit donc occuper une place centrale dans toute stratégie de sécurité.

L’engouement actuel pour l’IA braque encore davantage les projecteurs sur la sécurité du navigateur. Les salariés accèdent à la plupart des outils d’IA via celui-ci, ce qui rend une cible déjà tentante plus attractive encore. L’IA élargit en outre le champ de ce que les utilisateurs accomplissent au cours d’une session de navigation, ce qui rend la compromission de ces sessions d’autant plus intéressante pour les attaquants. Enfin, à travers les intégrations MCP (Model Control Protocol, standard de connexion poussé par Anthropic) et d’autres mécanismes du même type, l’IA étend la portée des outils fonctionnant dans le navigateur au reste de l’environnement, et donc l’ampleur des dommages potentiels, en cas de compromission du navigateur.

Les acteurs malveillants exploitent les vulnérabilités des navigateurs depuis des années et le problème ne fait que s’aggraver, à mesure que l’IA sert à sonder les logiciels à la recherche de failles avec une efficacité sans précédent. La sécurité du navigateur n’a manifestement jamais été aussi menacée qu’aujourd’hui.

En cette période où l’on reprend conscience des enjeux de la sécurité du navigateur et des risques d’une défaillance, les RSSI disposent de deux options pour la renforcer : déployer un navigateur d’entreprise sécurisé, ou déployer des extensions de sécurité.

Avantages et inconvénients du navigateur d’entreprise sécurisé

Un navigateur d’entreprise sécurisé est une application gérée, entièrement placée sous le contrôle des équipes informatiques de l’entreprise. Les administrateurs peuvent y appliquer directement des politiques de sécurité et intégrer à la session de navigation des contrôles habituellement assurés par des équipements réseau ou des services cloud : filtrage d’URL, pare-feu applicatif ou mesures de prévention des fuites de données (DLP).

Grâce à cette plateforme gérée, les équipes de sécurité peuvent imposer des règles de filtrage de contenu, bloquer l’accès aux sites dangereux et décourager la navigation personnelle. Un navigateur entièrement géré offre, en outre, une surveillance fine de l’usage du web.

Les avantages du navigateur d’entreprise sécurisé sont notamment les suivants :

  • Une application cohérente et universelle des politiques définies de manière centralisée.
  • Des modèles d’isolation robustes, qui assurent une séparation plus stricte des processus et des sessions, et protègent mieux les plateformes des sessions web, ainsi que des onglets les uns par rapport aux autres.
  • Une séparation plus facile entre navigation personnelle et navigation professionnelle.
  • L’accès à des données riches sur l’expérience des utilisateurs et sur les schémas d’usage normaux, qui renforce l’analyse comportementale des menaces.
  • Un moindre besoin d’infrastructure de bureau virtuel (VDI) : la navigation des salariés sur leurs appareils personnels (BYOD) devient moins risquée, l’accès des prestataires et des tiers aux systèmes de l’entreprise est plus facile à contrôler, et l’intégration des collaborateurs issus d’une acquisition ou d’une fusion est simplifiée.
  • Une meilleure maîtrise de la gestion des accès à privilèges (PAM) et de l’usage des privilèges.
  • Un point d’observation permettant d’examiner les données susceptibles de fuiter avant leur chiffrement de bout en bout dans un tunnel, ce qui allège la charge du déchiffrement de type « man-in-the-middle » réalisé par les pare-feu.
  • Un contrôle strict des extensions, qui réduit au minimum la surface d’attaque du navigateur ; même si certains navigateurs classiques, utilisés dans des postes de travail gérés ou des environnements VDI, permettent aussi ce contrôle.
  • Une gestion centralisée de l’interface web, qui garantit une plus grande homogénéité entre utilisateurs, au sein d’un même service comme entre services ; par exemple des favoris de base identiques pour tous.

Les navigateurs d’entreprise sécurisés présentent en revanche les inconvénients suivants :

  • Leur coût, d’autant plus notable qu’un navigateur était jusque-là gratuit.
  • Un déploiement et une maintenance qui demandent du soin, ainsi qu’une certaine formation des utilisateurs.
  • Le manque de familiarité : les salariés doivent apprendre une nouvelle interface et s’y adapter.
  • Certains sites risquent de ne pas fonctionner avec le nouveau navigateur.
  • Certains processus existants risquent d’être interrompus parce que la plateforme sécurisée fait obstacle, avec à la clé des interruptions et des coûts de remédiation, même si le processus qui en résulte est plus sûr.
  • Un risque de dépendance vis-à-vis du fournisseur, en raison du coût élevé d’un changement de solution.

Avantages et inconvénients des extensions de sécurité

Les extensions (plugins) sont la méthode standard pour ajouter des fonctionnalités à un navigateur. Ajouter une extension standardisée dédiée à la sécurité est simple. Dans certains cas, l’informatique peut en imposer l’utilisation et en piloter la configuration de manière centralisée. Si une extension ne donne pas à l’IT un contrôle total, elle permet de sécuriser nettement la navigation des utilisateurs grâce à des outils supplémentaires de protection contre le phishing et de filtrage d’URL.

Les avantages des extensions de sécurité sont notamment les suivants :

  • Les utilisateurs conservent leur navigateur et son interface familière, à condition qu’une version de l’extension souhaitée existe pour ce navigateur.
  • Un déploiement plus rapide, moins lourd et source de moins de frictions.
  • Un risque réduit qu’un site web ne fonctionne pas avec la plateforme sécurisée.
  • Un risque réduit de processus et de flux de travail interrompus.
  • Un surcoût logiciel faible, voire nul.

L’approche par extensions présente en revanche les inconvénients suivants :

  • L’impossibilité d’imposer le même niveau de sécurité qu’avec un navigateur sécurisé.
  • Une visibilité moindre sur la sécurité qu’avec un navigateur d’entreprise.
  • Une dépendance vis-à-vis du modèle de sécurité du navigateur sous-jacent – et, dans une certaine mesure, une lutte contre celui-ci –, puisque les navigateurs grand public ne sont pas conçus pour empêcher les utilisateurs d’ajouter, de désactiver ou de désinstaller des extensions.
  • La nécessité de vérifier la compatibilité de l’extension à chaque mise à jour du navigateur et de gérer les mises à jour qui la rendent incompatible.

Les organisations qui ne peuvent justifier le coût d’un véritable déploiement de navigateurs sécurisés doivent s’attacher à ajouter des extensions de sécurité, pour renforcer autant que possible la sécurité du navigateur. De même, les organisations très attachées à laisser les utilisateurs maîtres de leur expérience peuvent recourir aux extensions, afin de relever le niveau de protection contre le phishing et les malwares.

Comment les RSSI peuvent choisir la bonne option pour leur organisation

Navigateur d’entreprise sécurisé et extensions de sécurité peuvent tous deux améliorer la sécurité, mais le bon choix dépend de la manière dont chaque organisation trouve le juste équilibre entre ses risques et besoins d’un côté, puis les coûts et contraintes de l’autre.

Un navigateur sécurisé protège mieux qu’une extension. Si une organisation estime devoir atteindre ce niveau de sécurité, elle doit trouver les ressources nécessaires pour financer la transition.

Les organisations qui visent un niveau de sécurité plus élevé doivent démontrer que la réduction du risque justifie les coûts, en temps comme en argent. Si les navigateurs constituent une source majeure de vulnérabilités dans la surface d’attaque de l’organisation, la justification est évidente. Les entreprises qui accélèrent l’adoption de l’IA agentique disposent elles aussi d’arguments métier clairs.

Il est également utile d’examiner les ressources actuellement consacrées à renforcer la sécurité web autour de navigateurs non sécurisés. Les RSSI pourraient par exemple réaffecter les budgets dépensés en équipements et en services au financement d’une montée en gamme de la sécurité du navigateur.

Si l’expérience utilisateur de l’organisation est déjà verrouillée, par exemple au moyen d’une VDI ou d’un poste de travail en tant que service (DaaS), un navigateur sécurisé réduirait le besoin de ces dispositifs sans bouleverser l’expérience des utilisateurs. Si, en revanche, l’expérience utilisateur se veut très personnalisée et laissée à la main des utilisateurs, l’extension pourrait être le seul moyen d’améliorer la sécurité sans y renoncer.

Enfin, si le budget est trop serré pour déployer un navigateur sécurisé, il est logique de généraliser l’installation d’extensions de sécurité bien configurées.

John Burke est directeur technique (CTO) et analyste chez Nemertes Research, qu’il a rejoint en 2005 avec près de vingt ans d’expérience dans les technologies. Il a travaillé à tous les niveaux de l’informatique : spécialiste du support aux utilisateurs, programmeur, administrateur système, spécialiste des bases de données, administrateur réseau, architecte réseau et architecte systèmes.

Ce conseil est initialement paru en anglais sur Techtarget.com, une publication sœur du MagIT.

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