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SUSE s’appuie sur Nvidia pour muscler son AI Factory
Lors de la GTC à Berlin, SUSE a été mis en avant lors du keynote d’ouverture de Nvidia. Le spécialiste des distributions Linux et de Kubernetes devient un des relais des architectures de référence du géant fabless en Europe qui entend s’en servir pour accélérer la mise en production des projets d’IA. Et d’un prétexte pour évincer progressivement vSphere.
Deux caméléons pour le prix d’un. En avril dernier, SUSE avait présenté son AI factory, une plateforme censée simplifier le déploiement d’applications d’IA sur site ou en mode hybride.
Dans le détail, il s’agit d’un opérateur Kubernetes couplé à une interface utilisateur Rancher Prime.
Par défaut, SUSE recommande d’utiliser sa distribution Linux SLES 16, sa distribution Kubernetes RKE2, idéalement SUSE Rancher Prime, et, en option des fonctions de sécurité et d’observabilité (SUSE Security et Observability). Le tout est à installer en bare metal sur site ou en cloud (notamment sur Oracle Cloud Infrastructure).
L’AI Factory doit faciliter le déploiement d’un cluster Kubernetes équipé de librairies pour bâtir des applications, dont Ollama, Pytorch, MLFlow, AIQ Aira, PostgreSQL, Milvus, Qdrant, vLLM, etc.
Sortir de l’usine à POC
Ensuite, SUSE a mis en place des « blueprints », des fichiers YAML qui décrivent les briques et les processus d’une application IA. Pour l’instant, l’éditeur d’origine allemande (siège au Luxembourg, propriété du fonds suédois EQT Partners) ne propose que trois recettes et ses variantes : le routage des requêtes vers plusieurs LLM, un système RAG et un chatbot pouvant s’appuyer éventuellement sur le mécanisme RAG et le routeur multi-LLM.
Ce ne sont que des exemples pour inciter les clients à créer leurs propres blueprints à partager ou non.
L’éditeur a également décliné une variante de son usine IA : AI Factory with Nvidia. Là, aux « blueprints » communs, d’autres prennent en charge les briques logicielles proposées par le géant fabless. « Nous pouvons piocher dans le catalogue de Nvidia AI Enterprise, dont les librairies de microservices NIM et NeMo, qui facilitent entre autres le déploiement des LLM Nemotron de Nvidia », indique Cyril Cuvier, field trusted advisor – Cloud Native & AI chez SUSE. « Nous pouvons y ajouter des briques open source, par exemple une base de données. Soit elle peut être directement téléchargée depuis le dépôt d’un projet ou nous pouvons proposer des versions supportées à travers Application Collection, un catalogue de briques open source compilées sur nos images Linux ».
Application Collection est un registre d’images vérifiées, associées à un Helm Chart pour les déployer.
SUSE concentre ses efforts sur cette usine logicielle soutenue par Nvidia. Dans ce schéma, il est l’interlocuteur contractuel unique et s’occupe des niveaux de support L1 et L2 des briques logicielles de Nvidia.
En marge de la GTC de Berlin, l’éditeur a aussi annoncé un programme de certification ISV pour accueillir des logiciels tiers. Pour l’instant, Klique (ex-ClearML), TensorMesh, Traefik Labs, AlchemiStudio, Catalogic et Wiser Technology ont répondu présents. Klique propose un routeur multimodèle et multiagent IA.
TensorMesh conçoit une couche de gestion du KV Cache pour optimiser les performances des LLM. Le Français Traefik Labs est un spécialiste de la gestion du trafic sur Kubernetes. Il propose une passerelle pour les LLM et les serveurs MCP. AlchemiStudio fournit des environnements de développement pro-code et no-code, ainsi qu’une suite de gouvernance dédiée à l’IA agentique. Catalogic a une solution de backup pour Kubernetes (CloudCasa). Enfin, la société bulgare Wiser Technology propose Preslav, une plateforme d’optimisation logistique en temps réel qui intègre des jumeaux numériques de véhicules.
Il doit encore convaincre d’autres partenaires, mais SUSE entend équiper des industriels, des acteurs de la défense et de l’énergie. Il ne s’agit plus de créer des prototypes. Là, l’éditeur vise le passage en production.
« Le passage en production arrive gentiment. Nous avons des clients qui sont en train de déployer AI Factory with Nvidia pour analyser le trafic routier », illustre Cyril Couvier. « Nous avons standardisé un Blueprint pour déployer cela en nous appuyant sur des agents IA pour remonter les alertes. Nous pouvons ainsi tester un schéma en Europe et le déployer dans une ville en Amérique du Sud ».
En parallèle, SUSE AI Factory with Nvidia accueille l’architecture de référence OpenShell, la brique zero trust consacrée à l’IA agentique. Plus tard, il prévoit de prendre en charge Sentry et les DPU Bluefield 4.
L’éditeur vante également les capacités de NeuVector, la plateforme de sécurisation des conteneurs qu’il acquit en 2021. « Un agent IA touche d’autres conteneurs, d’autres déploiements dans mon cluster, et ça, je peux le sécuriser », assure Cyril Couvier.
« Ensuite, il y a le volet observabilité. Nous nous appuyons sur OpenTelemetry et d’autres briques pour surveiller l’ensemble de la pile, l’infrastructure et les différentes composantes qu’il y a par-dessus ».
Une distribution Linux pour les systèmes Nvidia
Et, évidemment, il y a l’OS, la spécialité de SUSE. Au cours de ce mois de novembre, l’éditeur annoncera la disponibilité générale de SLES for Nvidia, une distribution Linux supportée (SLES 16.1) pour les CPU Vera, associé à l’infrastructure Vera Rubin. SUSE prenait déjà un ensemble de drivers pour les cartes Jetson, les GPU RTX Blackwell, Blackwell et Grace Blackwell ainsi que les générations précédentes des puces Nvidia.
En lien avec OpenShell, SUSE entend utiliser le module de sécurité de Linux Yama pour restreindre certains appels systèmes permettant l’inspection de la mémoire et les mouvements latéraux dans les processus utilisateurs liés à l’OS.
En outre, l’éditeur a intégré Valkey à sa distribution. Si la base de données NoSQL sert d’abord de système de mise en cache, elle joue de plus en plus le rôle de gestionnaire de KV Cache afin d’accélérer l’inférence.
Les clients pourraient s’interroger sur la nature de la relation privilégiée qu’entretient SUSE avec Nvidia, alors que l’éditeur d’origine allemande se présente comme agnostique de l’infrastructure.
« Cette offre est principalement consacrée aux clients qui déploient des GPU Nvidia. Mais certains veulent pouvoir déployer l’AI Factory et notre OS sur des infrastructures accueillant des puces AMD et Nvidia ou d’autres », affirme Cyril Couvier. « Nous souhaitons supporter la plus large gamme d’équipements possibles, comme nous l’avons fait avec les serveurs traditionnels ».
Quand l’IA devient un prétexte pour remplacer VMware
Ces sujets d’adoption de l’IA sur site ou en cloud privé teintent les discussions de SUSE avec ses clients. Mais la virtualisation demeure la priorité des entreprises.
Tout comme Red Hat, SUSE voit ses clients l’aborder pour envisager le remplacement de vSphere de VMware, qui sous l’ère Broadcom a drastiquement augmenté ses prix. Dans certains cas, L’IA devient alors un moyen d’aborder la modernisation des infrastructures.
« Il est évident que certaines charges de travail resteront propulsées par des VM », reconnaît Cyril Couvier. Mais « bouger d’un hyperviseur A pour un hyperviseur B aujourd’hui, c’est changer pour mieux reculer », lance-t-il. « Notre approche est de changer et de moderniser progressivement le socle afin d’amener les admins VMware à toucher Kubernetes du bout des doigts. Ils se rendront compte que finalement, ce n’est pas si compliqué que ça ».
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