Carrefour

Carrefour « blockchainise » ses poulets

Le distributeur se met à la blockchain pour rendre la traçabilité de certains de ses produits plus transparente. Mais des questions sur les limites de cette technologie dans le domaine alimentaire persistent, comme le souligne le CEA qui travaille pour tenter de les résoudre.

À son tour, Carrefour se met à la très médiatique blockchain, sans donner de détails techniques pour l’instant. Ce registre distribué (on suppose qu’il l’est) chez chaque acteur de la chaine d’approvisionnement de ses poulets d’Auvergne enregistre « toutes les informations et toutes les interventions effectuées étape par étape par l’ensemble de la filière ».

Une fois consignées, les informations sont accessibles par les clients en flashant un QR code sur le poulet (lire ci-après).

Difficile pour l’instant, au regard de l’écosystème et des informations concernés, de dire s’il s’agit d’une tentative habile de surfer sur la vague blockchain ou d’un réel usage pertinent d’une blockchain privée (a priori Ethereum) qui résoudrait mieux la problématique de traçabilité pour Carrefour qu’une base de données classique, historicisée et avec une gestion des droits d’accès différenciée acteur par acteur.

Quoi qu’il en soit, Carrefour envisage d’ores et déjà d’étendre sa blockchain à huit autres filières : les œufs, le fromage, le lait, l’orange, la tomate, le saumon et le steak haché.

« L’intégration de la technologie Blockchain est une première européenne qui garantit aux consommateurs une transparence totale sur la traçabilité de nos produits » se félicite Laurent Vallée, Secrétaire Général et responsable de la qualité et de la sécurité alimentaire pour le groupe.

Limites de la blockchain dans la traçabilité alimentaire

Fin février, le CEA avait souligné l’intérêt, mais aussi les limites actuelles des blockchains dans la traçabilité alimentaire.

Parmi ces limites, l’organisme de recherche avait souligné particulièrement le problème de la véracité de l’information enregistrée. « Les sources d’information peuvent ne pas être fiables (capteur en panne ou piraté, acteur malveillant) et la blockchain pourrait contenir de fausses informations », expliquait-il.

Une blockchain ne peut en effet pas, toute seule, assurer la validité d’une information extérieure qu’elle enregistre. Elle assure que cette information ne pourra pas être modifiée a posteriori, mais elle ne résout pas le problème du « Garbage in – Garbage out » (GIGO).

Sur des steaks hachés par exemple, sauf à analyser la viande avant et après transformation - ou à surveiller en continu le hachage et l’empaquetage - une usine « malveillante » pourrait modifier la composition du steak (en retirant du bœuf et en ajoutant du cheval par exemple), puis écrire dans une blockchain – en mentant - qu’il s’agit à 100% du bœuf reçu du producteur.

Pour tenter de remédier à cet épineux problème, le CEA a signé un partenariat de trois ans avec une start-up (Connecting Food) spécialisée dans l’audit d’un produit en temps réel vis-à-vis d’un cahier des charges.

Une fiche avec différentes sources d’informations

Dans le projet de Carrefour, la fiche de traçabilité mélange des informations dynamiques de la blockchain (date de chaque étape, de l’incubation de l’œuf à la mise en rayon) avec une vidéo de reportage (entretien de l’éleveur dans sa ferme), des conseils d’utilisation (« cuire à cœur ») et des informations statiques du cahier des charges (« nourri avec une alimentation bio »).

Le client a accès au résultat via une URL encodée dans un QR Code sur l’étiquette du poulet. Ce qui pose un autre problème potentiel de détournement : celui du lien « faible » entre l’étiquette et le produit. Un boucher malveillant peut par exemple reconditionner une autre viande avec une DLC ou une qualité différente et transférer l’étiquette (une pratique pas si rare que cela).

Le problème est général dans la traçabilité des produits frais. Dans un projet d’IBM en cours, par exemple, une étiquette et la blockchain savent tracer une caisse (le contenant), mais plus difficilement son contenu.

Chez Carrefour, une fois le QR code flashé, le consommateur peut voir que ce poulet a été abattu le 1er mars à Saint-Germain des Fossés, et qu’il a été nourri avec une alimentation certifiée bio et sans OGM (de la marque AXEREAL). 

Ou en tout cas que le fermier dit l’avoir nourri avec ces produits et que AXEREAL dit ne pas utiliser d’OGM dans sa nourriture animale.

« Une bonne fois pour toutes, la blockchain n’a d’utilité que s’il existe un manque de confiance a priori entre les acteurs », martèlent Hugo Levard (PSA) et Damien Lecan (SQLI). L’intérêt majeur d’une blockchain est en effet de recréer - par la technologie - de la confiance entre des acteurs dont on considère comme quasi-certain (postulat de base) que certains d’entre eux ont intérêt à mentir.

A suivre

Le projet de Carrefour est donc intéressant. A Taïwan, une start-up a lancé une initiative similaire, suite à un scandale sanitaire majeur qui touchait les fruits de mer.

Mais de nombreuses questions restent en suspens, notamment sur le choix d’une blockchain (et de Smart Contracts), plutôt que d’une base partagée plus simple, mais aussi sur l’architecture physique de la blockchain, sur la nature de l’écosystème (co-opétiteurs ou fournisseurs- acheteurs ?) et sur les processus de génération des données inscrites (quel audit pour éviter le GIGO). A suivre, donc.

Dernière mise à jour de cet article : mars 2018

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