IA physique : les robots deviennent de vrais « partenaires autonomes »
Les deux univers technologiques (IA et robotique) continuent de coexister dans l’industrie, l’un à côté de l’autre. Mais la convergence commence dans plusieurs secteurs. À la clé, plus qu’une mise à jour des capacités : un changement de nature des machines.
Les projets émergent. Et si les combinaisons d’IA et de robotique – parfois appelées IA Physique (Physical AI) – ne sont pas encore largement diffusées, elles se multiplient et commencent à concrétiser leurs immenses promesses.
Du robot peintre automobile de haute précision…
Un bon exemple de cette convergence en mouvement peut se trouver chez Stellantis, qui collabore avec FerRobotics. Le constructeur automobile s’efforce en effet d’automatiser la retouche des défauts de peinture – jusqu’ici un angle mort de l’automatisation.
Pour y arriver, Stellantis combine une détection de haute précision (IA) et une technologie robotique capable d’appliquer une force constante sur des surfaces complexes pour un résultat de très haute qualité.
La modernisation des installations a débuté sur le site historique de Sochaux. La prochaine étape sera le déploiement de quatre stations robotisées dans le nouvel atelier, toujours à Sochaux – un site qui servira de test grandeur nature pour le groupe au niveau mondial.
Sur la base de ce pilote, des études sont en cours en vue d’un éventuel déploiement sur l’ensemble des sites européens, confie Fabrice Hermetz, responsable innovation process peinture de Stellantis.
La stratégie visera alors à automatiser 100 % des ateliers de peinture, dans un domaine où les usines nord-américaines seraient actuellement beaucoup plus avancées.
… au robot sapeur-pompier
L’industrie n’est pas la seule à explorer cette piste. Dans le domaine de la sécurité, le fabricant français Shark Robotics commercialise plusieurs modèles d’intervention dédiés à la sécurité incendie.
Ces robots sont encore téléopérés pour des interventions dans des zones à haut risque, comme les entrepôts qui menacent de s’effondrer et où il est exclu d’envoyer des humains. Équipés de caméras thermiques et de capteurs, les robots collectent et transmettent des données en temps réel depuis ces environnements hostiles.
Cette technologie n’a rien de futuriste. Elle a trouvé des clients dans plus de 20 pays – dont l’Ukraine où Shark Robotics est le premier fournisseur de robots pour les pompiers.
Pour la petite histoire, le « grand frère » du nouveau modèle phare Colossus est intervenu à l’intérieur de la cathédrale en feu de Notre-Dame de Paris. Aujourd’hui, il est utilisé presque quotidiennement par les Sapeurs-Pompiers de Paris, par exemple pour les feux de parkings souterrains.
Transition en cours vers l’IA physique chez Shark Robotics
La prochaine étape est l’intégration de l’IA. Shark Robotics s’appuie sur une équipe de 10 chercheurs dont le travail est de se concentrer exclusivement sur cette partie logicielle.
L’IA doit d’abord permettre aux robots de se mouvoir de manière totalement autonome, avec la faculté de passer des portes, seul, ou de suivre (ou de précéder) une colonne de pompiers.
Pour les milieux moins critiques, mais sensibles, Shark Robotics prévoit même un robot 100 % autonome, destiné au secteur privé cette fois, en particulier pour la surveillance et l’intervention dans les entrepôts.
L’IA doit améliorer aussi la collecte et l’analyse d’informations. L’objectif est de rendre les interventions « plus intelligentes » en utilisant des algorithmes pour traiter les données issues des capteurs et des caméras, afin de renvoyer des informations plus pertinentes aux services de sécurité et de secours.
Les robots deviennent des « partenaires autonomes »
La promesse est donc là. Et même si les deux domaines – IA et robotique – cohabitent encore plus aujourd’hui qu’ils ne se mélangent, le mouvement est en cours. Et il pourrait être très rapide.
Cette convergence, loin d’être une simple intégration, devrait changer la nature même des machines. L’IA devrait transformer ces robots en les faisant passer de « puissants outils télécommandés » ou programmés (y compris avec des pointes de Deep Learning) à de véritables « partenaires autonomes », prédit Bruno Cruchant, directeur des affaires publiques de Shark Robotics.
« L’usine robotisée/agentique est une étape qui se concrétisera sans doute plus tôt que prévu. »
Holger MuellerConstellation Research
À quel horizon ? Shark Robotics assure que l’arrivée de l’IA dans ses produits est « imminente » (sic). L’éditeur d’ERP dédié à l’industrie, ISF, valide lui aussi un avènement rapide de l’IA physique ; en témoigne son rapprochement avec Boston Dynamics et 1X Technologies, deux spécialistes américains de la robotique intelligente.
« Les éditeurs comme IFS doivent s’adapter à des “usines mixtes” où humains et robots travaillent ensemble », explique Holger Mueller du cabinet de conseils Constellation Research. « Poser les bases d’une usine robotisée/agentique est une étape clé pour les entreprises… qui se concrétisera sans doute plus tôt que prévu ».
Une concrétisation qui posera, une nouvelle fois pour les entreprises européennes, la question de la dépendance à des fournisseurs asiatiques et américains. Pour y répondre, avant de louper le train de cette nouvelle évolution IT majeure, Arcelor Mittal appelle d’ores et déjà à constituer des écosystèmes et des partenariats souverains. Une sorte de « Valeo de la voiture » pour la robotique, compare Pascal Urard de STMicroelectronics, qui soutient lui aussi cette idée.
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