Bertrand Diard (Talend) : “les DSI se sont trop cantonnés à leur rôle du support”

A l’occasion de Solutions Linux 2011, Bertrand Diard, Pdg de Talend, est revenu sur le lancement de sa plate-forme unifiée, qui s’adosse au nouveau bus de services de la société, fruit du rachat de Sopera, et sur les enjeux que doivent aujourd’hui relever les entreprises en matière de qualité des données.

LeMagIT : Comment l’acquisition de Sopera [qui développe un bus de services à base de composants Apache, NLDR] s’inscrit-elle aujourd’hui dans la stratégie du groupe ?
 

Bertrand Diard : Lors du rachat, j’ai affirmé que Sopera allait être un des composants clé de notre offre cloud. Et on voulait créer cette plate-forme unifiée avec comme vision,  l’émergence de la fusion entre les besoins d’interopérabilité des applications et le besoins d’infrastructures associés à cette interopérabilitié. A chaque fois qu’un message passe entre deux applications, comme Salesforce et SAP par exemple, au milieu de chaque process se trouve une problématique liée à la donnée et tous les métiers s’appuient dessus […] On traite toutes les phases amont dans le data management. On pense que la valeur d’une application se situe à 2 niveaux : la capacité de l’application à reproduire les besoins métiers, il s’agit du BPM et nous avons des accords forts avec BonitaSoft [Bertrand Diard siège en son Conseil d’administration, NDLR]. De l’autre côté, il y a la donnée sur laquelle s’appuie ce processus. Si la donnée est juste, le métier avance. On considère que les applications d’entreprises, du CRM à l’application de e-commerce, ont besoin de communiquer entre elles. Et que le pitch de SAP qui consiste à dire qu’il va tout faire n’existe plus. Une fois la donnée consolidée dans le MDM, que sa qualité est bonne avec les bons flux d’intégration, la donnée devient un service. Aujourd’hui , on peut commencer à appeler et orchestrer les services de data management à travers notre bus. Il s’agit du premier jet de l’intégration de Sopera. Une autre arrive en novembre.

LeMagIT : Comment se positionne la nouvelle plate-forme unifiée de Talend sur le Big Data ?

B.D : Qu’est-ce d’abord que le Big Data ? Les entreprises se retrouvent avec des masses volumineuses d’informations qui se retrouvent plus très chères à stocker dans l’infra, sauf que la donnée stockée n’a pas de valeur pour l”entreprise et le métier. On entre donc dans une nouvelle phase qui est la création de valeur autour de cette information, c’est le Big Data. Cela se résume en 3 composants : la capacité à aller consolider toutes les sources d’informations; créer de la donnée de qualité pour le SI. Et utiliser ces données comme un point de référence de l’entreprise. On est positionné sur ces 3 domaines. Mais on va aujourd’hui plus loin : on considère que ces données sont au service du métier et de l’entreprise - c’est là qu’intervient la partie bus de services et intégration. On pense la valeur de la donnée comme un service pour l’entreprise. On va consommer des services de données. Nous sommes en train de transformer le Data Management comme un service, au travers du bus. C’est ainsi que se présente notre plate-forme unifiée. La valeur de la donnée n’est plus de s’occuper de l’infrastructure. Le métier et l’application consomment seulement des services. Ce qui se passe en dessous, c’est de l’ordre de la plomberie, pour le monde IT.

[Lire également notre dossier Data Management : la qualité des données se cherche une place dans les SI ]

LeMagIT : On va donc au delà du DSI pour parler aux départements métier. Une forme de démocratisation ?

B.D : Les DSI doit mettre à disposition des métiers, l’infrastructure nécessaire pour faire son business. Mais si la donnée n’est pas de qualité, les métiers n’ont pas les bonnes métriques pour avancer. Ils ne regardent pas dans la bonne direction. […] La qualité de la donnée est liée au fait que plus on a de l’information, plus l’entreprise a de la valeur.  L’entreprise devient plus performante et plus compétitive, mais il faut toutefois que l’information soit bonne. Si un client est par exemple relié à la mauvaise donnée, l’entreprise ne sera pas pertinente. On parle donc de qualité. Ce n’est plus lié au stockage, à la consolidation, à l’interopérabilité de la donnée, mais à sa valeur. Tout ce qui se passe avant est démocratisé et est devenu de l’ordre de la commodité. L’enjeu est désormais de donner de la valeur à la donnée et cela devient la principale préoccupation des entreprises […]  On entre de l’ère de la productivité de la donnée.

Chez Ebay [un des clients Talend, NDLR] par exemple, à chaque fois qu’on visite une page du site, on crée un log. Au regard du nombre très élévé de visiteurs, cela représente un grand volume de données. On croise et fusionne ces données pour créer du profiling autour des utilisateurs. Mais la clé n’est pas ce croisement, c’est surtout la qualité qu’on va pouvoir associer à ces données [...]

L’erreur fondamentale des DSI, dans le passé, c’est qu’ils se sont cantonnés dans leur rôle de support d’infrastructure. Ils donnaient du stockage et du disque dur aux métiers, avec des possibilités de restauration, par exemple Mais à aucun moment, ils ne se sont estimés au service du métier, plutôt qu'à celui de l’infrastructure, pour donner de la valeur à leur quotidien. Cela est en train de changer. Les grands éditeurs en sont surtout les responsables, car ils sont allés vers des couches assez faciles à mettre en oeuvre. Il y a 15 ans, le CRM était ce qu’il y avait de plus cher. Aujourd’hui le CRM s’est démocratisé, notamment avec Salesforce.com qui prend le pas sur eux. Ils ont essayé de passer par des couches intermédiaires en expliquant que la qualité de la donnée coûtait un prix faramineux. Alors qu’aujourd’hui ce n’est pas vrai. Notre offre de base est par exemple accessible à partir de 15 000 $ par an.  Le DSI s’est retrouvé coincé entre des contraintes budgetaires et la demande du métier pour une donnée de qualité. Chez Talend, on a démocratisé l’intégration de données, on est en train de faire la même chose avec la qualité de données.

[Lire également notre dossier Data Management : la qualité des données se cherche une place dans les SI ]

LeMagIT : Où se gère la qualité dans la pile Talend ?
 

B.D : Aujourd’hui, on estime que ce n’est plus nécessaire de faire du data management, s’il n’y a pas de qualité de données. C’est natif dans notre offre de plate-forme unifiée. La qualité de donnée se situe au niveau du flux. On est la seule offre à présenter, dans la même interface, les phases  de l’intégration à la qualité.

LeMagIT : Une fois cette qualité atteinte, comment gérez vous l’interface utilisateur, la génération des rapports ou les tableaux de bord ? 
 

B.D :Aujourd’hui, on a pas de front-end utilisateurs pur en termes de reporting et de visualisation de données et analytics. On se charge de préparer en amont la valeur. […] Les outils de reporting, et hormis dans le prédictif, n’ont plus vraiment de valeur. On se repose sur des partenaires, comme Actuate, Jaspersoft, SpagoBI, BO. On n’adresse pas ces couches là [...]

LeMagIT : A quelle autre brique pensez-vous pour compléter la pile Talend ?
 

B.D : On est effectivement une société qui peut consolider le marché. On a réalisé deux acquisitions depuis notre création [Amalto en 2009 et Sopera en novembre 2010]. […] Cette plate-forme unifiée ainsi que le Cloud vont constituer le corp de notre stratégie pour le futur. Après avoir abordé les couches de middleware, on va passer à des dimensions sur lesquelles on va pouvoir créer de la valeur métier. Il y a eu le reporting, l’analytic, l’Olap et aujourd’hui il y a le prédictif. Quand on parle de prédictif, on insère dans la couche de reporting des algorithmes intelligents qui donnent une extrapolation des activités de demain. Et c’est possible à condition d’avoir le bon plateau d’infrastructure. Avec le CEP, on va disposer de patterns, on va réussir à rendre intelligente la plate-forme unifiée. On lui donnera de la valeur en la rendant prédictive. Et là, on commence à aborder les règles métier, le CEP.

LeMagIT : Quel avenir dans le MDM ?
 

B.D : Les solutions sont là, mais comme la qualité de données, elles ne sont encore accessibles que par les riches. Il y a une prise une conscience des entreprises sur les enjeux de disposer de référentiels centralisés au service des métiers. Mais si on ne dispose pas d’un million de dollar, on ne parlera pas à un commercial. Ce phénomème là évolue. Quand on a sorti notre MDM en 2010 , Siperian a été racheté par Informatica, Initiate par IBM [citons également le rachat de Data Foundations par Software AG, NDLR], la mouvance s’est accélérée, tout comme la concentration dans l’industrie. Car cela représente un besoin pour tout le monde. […] On a lancé notre solution en janvier 2010; au T4, cela représentait 23% de nos ventes. Aujourd’hui les DSI sont encore tétanisés par l’ampleur des projets, avec des mauvaises expériences, notamment sur SAP.

[Lire également notre dossier Data Management : la qualité des données se cherche une place dans les SI ]

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