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Pour son cloud public, Orange s'allie avec le Chinois Huawei

Ancien champion du cloud souverain avec CloudWatt, Orange vient d'officialiser une alliance avec Huawei pour fournir des services de cloud IaaS à l'échelle mondiale. Orange fournira datacenters et réseau, tandis que Huawei fournira son infrastructure et sa distribution OpenStack.

À la fin du mois de janvier, une source du MagIT nous avait signalé une bien étrange alliance entre l’opérateur français Orange et l’équipementier chinois Huawei pour la production de services Cloud. À l’époque, cette source nous avait pointé du doigt le contrat utilisateur édifiant des services Orange Cloud proposés à l’île Maurice par Mauritius Telecom, la filiale locale d’Orange.

Ce contrat précise que l’ensemble des services cloud délivrés à Maurice sous la marque Orange Cloud sont en fait des services délivrés par des entités de Huawei. Parmi les clauses contractuelles intéressantes (pour un service marqué Orange) figurent des perles telles que « Huawei pourrait avoir à révéler vos informations personnelles si vous violiez des lois ou réglementations chinoises, ou lorsque Huawei pense raisonnablement qu’il doit les dévoiler en conformité avec la loi, la réglementation ou la politique du site » (sic).

À l’époque nous avions pris contact avec le service de presse d’Orange en demandant spécifiquement à savoir si l’alliance avec Huawei sur les services Cloud avait vocation à s’élargir à d’autres pays et notamment à nos contrées. C’était le 23 janvier et nous n’avions jusqu’alors pas reçu de réponse à nos questions.

C’est un article publié dans la presse anglaise sur une vaste alliance entre Huawei et Orange dans le cloud, qui nous a finalement amenés à relancer ce matin l’exopérateur historique. Nous avons appelé le service de presse d’Orange afin d’en savoir plus sur l’alliance avec l’équipementier chinois et sur son impact sur la politique de cloud souverain de l’opérateur. À 19 h ce soir, nos demandes d’informations restaient sans réponse (même pas le moindre « pas de commentaire » ou « nous ne souhaitons pas donner suite à votre demande » à se mettre sous la dent).

Tant de cachotteries ont fini par attiser notre curiosité.

Huawei devient le partenaire mondial d’Orange dans le cloud IaaS

En creusant un peu dans les méandres des sites Orange, nous avons finalement pu localiser un discret communiqué de presse émis par l’opérateur, mais uniquement sur le site web international d’Orange Business Services (le communiqué n’a pas été traduit en français et ne figure pas sur le site internet d’OBS en France).

On y découvre qu’Orange Business Services « accélère sa stratégie cloud internationale en dévoilant une nouvelle offre mondiale de cloud public ». Les services, explique l’opérateur, seront délivrés « en partenariat avec Huawei » et « compléteront le portefeuille existant de services de cloud privé » de l’opérateur.

L’objectif affiché par Orange est d’aider les entreprises multinationales à migrer leurs applications historiques vers le cloud en assurant que leurs infrastructures et leurs applications seront disponibles dans toutes les régions du monde où elles doivent être hébergées. L'offre commune aux deux sociétés sera commercialisée en Europe de l’Ouest et en Asie du Sud-Est à partir du mois d’avril 2017, puis aux États-Unis en octobre. Le Moyen-Orient et l’Afrique seront couverts en 2018. 

Une partenariat centré sur la technologie OpenStack

Selon Orange, le partenariat avec Huawei porte, plus spécifiquement, sur le framework cloud open source OpenStack, la couche logicielle au cœur du cloud public d’Orange (hérité du rachat de sa filiale CloudWatt). L’opérateur français explique s’être allié avec Huawei, car « l’équipementier est l’un des acteurs clés d’OpenStack et est à l’épicentre du développement de la plate-forme ».

C’est sans doute faire beaucoup d’honneur à Huawei : pour mémoire, l’équipementier chinois a contribué environ 4 % du code d’OpenStack « Ocata », la dernière mouture du framework cloud open source, contre 18 % pour Red Hat, 13 % pour Mirantis, 9 % pour RackSpace, 7 % pour IBM et 6 % pour Intel. Cela le met dans le Top 10 des contributeurs, mais n’en fait pas l’épicentre du développement d’OpenStack.

Il est vrai qu’Orange n’a plus vraiment de lettres de noblesse à faire valoir en la matière. L’opérateur n’a contribué qu’environ 0,2 % des modifications apportées à Ocata. Et ce sont deux de ses ingénieurs réseau, Thomas Morin et Mathieu Rohon, qui ont porté l’essentiel des modifications, notamment au code de la pile réseau et au support des réseaux privés virtuels BGP (BGP/MPLS IP VPN). On n’est plus à l’époque CloudWatt, quand eNovance, l’intégrateur en charge du développement OpenStack du cloud souverain d’Orange, figurait parmi les dix premiers contributeurs au code d’OpenStack Havana et IceHouse (depuis eNovance a été racheté par l’américain Red Hat).

Du cloud souverain au cloud « made in China »

 « En collaborant avec les experts OpenStack de Huawei, nous fournissons une plate-forme sûre et flexible, bâtie sur une architecture ouverte, qui permettra des services de bout en bout, limitera les risques de dépendance technologique et offrira ultimement plus de choix [à nos clients] » explique Philippe Laplane, le directeur général d’Orange Cloud for Business, l’entité en charge de produire et commercialiser les services de cloud d’infrastructure d’Orange Business Services. Et pour tenter d’apaiser les clients, Orange indique que ces derniers pourront s’appuyer sur l’expertise et les services d’Orange Cyberdéfense afin de garantir la sécurité de leur infrastructure cloud.

Il n’en faudra sans doute pas moins pour rassurer les clients et les partenaires de l’opérateur. Car dans l’alliance avec Huawei, Orange ne fournira que les datacenters, le réseau et la sécurité. Huawei de son côté sera responsable de fournir l’intégralité de l’infrastructure matérielle (serveurs, commutateurs et surtout stockage de données), la couche OS OpenStack et le support de niveau 3.

Techniquement et économiquement, le choix de Huawei est sans doute rationnel. L’équipementier a en effet acquis une certaine expérience dans le cloud en Chine et à l’international et il a aussi massivement investi dans OpenStack. Ses commutateurs et serveurs ne sont pas plus mauvais que ceux des grands constructeurs occidentaux ou des fabricants en marque blanche asiatiques et ils sont plutôt abordables. Enfin, la puissance de frappe de l’équipementier chinois tant en termes humains qu’en termes financiers n’a pas d’équivalent dans ce genre de projets.

Mais pour un opérateur encore contrôlé à 23 % par l’État et qui a bâti tout son discours autour du concept de cloud souverain, le choix du cloud « made in china » a de quoi surprendre.

Et il pourrait en faire tousser plus d’un, que ce soit chez les clients et partenaires ou dans la sphère politique (surtout en cette période électorale). On comprend donc sans doute mieux la réticence de l’opérateur à répondre à nos questions.

Il n’empêche : notre ligne téléphonique reste ouverte et l’on aimerait beaucoup en savoir plus sur ce qui a guidé Orange dans cette alliance, sa stratégie OpenStack, et les services qu’il entend déployer. On aimerait aussi beaucoup savoir ce qu’il va advenir de CloudWatt dans le cadre de l’Alliance avec Huawei.

Et cette même ligne téléphonique, nos e-mails et comptes Twitter sont aussi ouverts aux clients de l’opérateur qui aimeraient nous en dire plus sur ce qu’ils pensent de cette nouvelle alliance…

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2 commentaires

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"Techniquement et économiquement, le choix de Huawei est sans doute rationnel." Tout est dit, non ? Pourquoi est-ce si intriguant ? Les Chinois sentent mauvais peut-être ?

Ceux qui "toussent" à la vue du "made in China" sont des racistes. Dit comme ça, c'est beaucoup plus clair, non ?

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Vous savez bien que les Chinois sont de méchants espions à la solde des petits gris de Bételgeuse alors que les Américains s'ils nous espionnent c'est pour notre bien, c'est juste de l'anti-terrorisme.
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