Android, un ogre prêt à redessiner les frontières des OS mobiles article payant

Le 29 janvier 2010 (15:59) - par Cyrille Chausson

Rubriques : Technologie Tags : android

La progression fulgurante d’Android sur le marché des OS mobiles devrait modifier les contours du marché et entraîner dans son sillage un bouleversement de l’écosystème. Erosion progressive des parts de marché des concurrents, opérateurs convertis à l’Open Source et appstores privatives : autant d'évolutions en passe de remodeler en profondeur la mobilité.

C’est bien à un raz de marée d’Android auquel il faut s’attendre, prévient IDC dans sa dernière étude. Le cabinet d’analystes anticipe une progression fulgurante de l’OS initié par Google jusqu’en 2013, dépasant au classement Linux et Windows Mobile. Android, que nombre d’observateurs considéraient déjà comme l’élément fédérateur que la communauté Linux mobile attendait, devrait ainsi en 3 ans se hisser juste derrière Symbian. Même si ce dernier devrait préserver son rang de n°1 mondial. Symbian est aujourd’hui n°1 dans le monde, notamment par sa forte implantation sur le marché asiatique, où il trustait 68,7 % du marché en décembre 2009 (source : StatCounter).

En janvier, l'iPhone talonne Symbian
Selon StatGlobal, Symbian et iPhone trustaient de loin les deux premières positions du marché mondial des OS mobiles en janvier 2010, avec respectivement 35,05 % et 32,05 % de parts de marché. Android détenait 4,07 % du marché sur la même période - encore loin derrière donc -, mais affichait une des plus belles progressions. Entre novembre et décembre, l’OS Open Source a gagné 1,51 point. Seul l’iPhone a fait mieux, avec une hausse de 2 points sur la même période.

Le marché mondial des OS mobiles en sortira redessiné. IDC prévoit que l’OS Open Source, aujourd’hui entre les mains de l’Open Hanset Alliance (un consortium d’industriels qui développent des standards dans la téléphonie mobile), devrait s’installer sur plus de 68 millions de terminaux en 3 ans. Soit une progression 100 fois plus rapide que celle enregistrée lors de son lancement en 2008, indique IDC. Ce qui devrait changer le visage du marché, souligne le cabinet, qui explique qu’Android, inévitablement, sera considéré comme l’OS par défaut pour tous les constructeurs d’appareils mobiles qui ne développent pas leur propre OS. Autrement dit, Windows Mobile a du souci à se faire. Tout comme Linux et ses différents projets comme Maemo et Limo, toujours à la recherche d’une communauté d’utilisateurs. Seuls, RIM avec Blackberry et Apple avec l’iPhone, dont une des forces est de lier l’OS au matériel, devraient maintenir le cap. Surtout en raison de leur ancrage dans le monde de l’entreprise.

Android, la continuité des services Google

Si aujourd’hui Benoît Lemaire, Pdg d’Ibelem (société spécialisée dans le développement d’applications mobiles professionnelles), souligne qu’Android n’est pas présent sur le marché professionnel, il s’attend pourtant bien au raz de marée décrit par IDC. “Android va faire le ménage”, lance-t-il. Selon lui, une des forces de l’OS réside notamment dans son caractère Open Source qui non seulement séduit fortement les constructeurs de terminaux - sur lesquels ils peuvent librement adapter l’OS -, mais également les opérateurs, qui ont à disposition un levier d’innovation en matière de services, explique-t-il en substance. Car c’est là qu’Android fait également la différence. “Le secret, ce sera d’offrir aux opérateurs la possibilité de créer des services off et online. Sur ce terrain, Android, grâce à son écosystème, est le mieux positionné”, commente Benoît Lemaire. Par écosystème, il faut comprendre applications, un segment sur lequel Android, via ses connexions avec Google, propose davantage d’innovations pour les entreprises. “Android s’inscrit dans la continuité de services comme Google Apps ou Maps”, commente Benoît Lemaire.

Palm, victime collatérale ?

Ces prévisions d'IDC ne sont pas forcément une bonne nouvelle pour Palm, dont le dernier OS, webOS, celui qui motorise le Palm Pre, arrive sur un marché où les lignes semblent déjà en passe de se figer. Et ce malgré les innovations techniques (l’OS repose sur les standards classiques du Web) et les performances promises par le constructeur, un élément autrefois clé sur le segment de la mobilité. En retard, le Palm Pre, après avoir été lancé aux Etats-Unis en juin 2009, ne fera son apparition sur le marché français qu’au printemps 2010. Et Benoît Lemaire s'interroge :  “Où est l’innovation en termes de services chez Palm, qui n’offre aucune visibilité sur le sujet ?”. L’avenir de constructeur se jouera certainement sur ce point, au moins au niveau du marché des entreprises.

D’autant que Google, d’ici là, n’entend probablement pas laisser son Nexus One, son téléphone portable Android annoncé début janvier, habiller seul la boutique en ligne dédié à Android. Rappelons que la firme de Mountain View avait annoncé que le Nexus ne constituait qu’un point de départ dans sa stratégie de commercialisation de produits Android.

Vers des "appstores" privatives d’entreprise

De leur côté, les appstores devraient être entraînées par ces modifications du marché, proximité des OS oblige. Si aujourd’hui, Android Market reste nettement en retrait avec 24 745 apps gratuites ou payantes, son importance sur le marché devrait rapidement prendre de l’ampleur. Pour venir titiller l’AppStore - poussé par l’iPhone et Apple -, aujourd'hui loin devant avec ses 140 000 applications disponibles début 2010 (et 3 milliards de téléchargements) selon les dires de Steve Jobs, lors du lancement de l’iPad. Au-delà, c'est le modèle même de distribution que propose ces boutiques qui devra évoluer. “Aujourd’hui on sait que ce n’est pas un modèle viable pour les développeurs”, constate Benoît Lemaire, rappelant combien il est difficile de générer du chiffre d’affaires avec ces boutiques.

Si les entreprises s’approprient un peu plus le modèle, pour l’adapter à leur environnement, une nouvelle impulsion pourra être insufflée. “On va de plus en plus nous demander de réaliser des stores privatifs d’entreprises, où sont rassemblées à l’intérieur du firewall, des applications en nombre limitée, téléchargeables par les employés”, explique le Pdg d'Ibelem.

Symbian lui-même en danger

Si, selon IDC, la montée en puissance d'Android en fera rapidement le second OS de la mobilité, la percée pose aussi des questions pour le leader de ce marché, Nokia avec Symbian. Si comme le pense le cabinet, Android poursuit sa marge de progression à un rythme effréné, il pourrait bien détourner la communauté de développeurs Symbian - déjà acquise à la cause de l’Open Source, l'OS étant désormais ouvert - vers sa plate-forme. Et vider Ovi, la place de marché de Nokia (première en Asie), pour remplir Android Market Place.

Un point de vue que partage Benoît Lemaire, qui pense déjà que Symbian est presque enterré. Par manque d’innovation, d’applications et d’une certaine façon par la pression sous-jacente d’Android. “Nokia devra à terme se séparer de Symbian, au même titre que Motorola ou Samsung devront se séparer de leur OS, et probablement en acheter un”.  Ou adopter Android.

En complément:

Déploiements en entreprise : Android rattrape laborieusement son retard sur l’iPhone

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Par Stefane Fermigierj
Correction: Android est un OS basé sur un noyau Linux, il est erroné d'opposer "Linux" Android.

Cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Google_Android ou http://developer.android.com/guide/basics/what-is-android.html
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Par Cyrille Chausson / LeMagIT
@Stefane Fermigier En effet. Android repose bien sur un noyau Linux. Mille excuses pour cette imprécision. Cela ne retire toutefois rien aux logiques de marché qui animent les constructeurs de téléphones mobiles qui, par leur choix, dessinent des frontières entre les OS. Si, il est vrai, opposer Linux et Android a peu de sens d’un point de vue technique (chacun jugera de la richesse fonctionnelle apportée par l’OS initié par Google), il apparaît que le marché a considéré Android dès son lancement comme un “aspirateur” de communautés Linux. Ecartant probablement des développeurs d’autres projets Open Source, qui reposaient également sur un noyau Linux.
Mais il est vrai que cela reste du Linux.
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