Dans un discours très attendu en clôture de SAPphire, l'événement du premier éditeur européen qui se déroulait cette semaine simultanément à Francfort et à Orlando (Etats-Unis), Vishal Sikka, le directeur technique de SAP (ci-dessous), et Hasso Plattner, son co-fondateur, ont réservé une surprise à l'auditoire. Alors que le marché - LeMagIT y compris - restait sceptique quant à la capacité de SAP à mettre rapidement sur le marché une base de données utilisant le stockage en colonnes et le chargement de l'intégralité des données en mémoire vive pour les systèmes transactionnels, les deux dirigeants ont dévoilé l'avancée des travaux maison sur le sujet, s'appuyant sur les recherches du Hasso Plattner Institute, un institut de recherche basé à l'Université de Postdam et à Palo Alto et financé par le co-fondateur de l'éditeur.
En ligne de mire directe, un premier produit commercial - une appliance baptisée High Performance Analytic Appliance conçue avec HP et IBM - promis pour la fin de l'année. Et une première implémentation chez un grand client de l'éditeur, dont le nom n'a pas été dévoilé. Tout en précisant - ce qui n'avait pas été fait jusqu'alors - que c'est bien cette nouvelle base, reposant sur du stockage en colonnes, qui motorise SAP Business ByDesign, l'ERP pour PME en mode Saas qui doit être commercialisé en masse à partir de juillet, après plusieurs décalages de calendrier.
Une annonce choc, car la date de commercialisation de ce type de solutions était jusqu'alors plutôt attendue vers 2012 ou 2013. A tel point que le rachat récent de Sybase, qui dans ses activités décisionnelles manie le stockage en colonnes (dans IQ) et le chargement des données en mémoire (dans sa base ASE), avait été interprété comme une façon d'accélérer ce calendrier. Voire simplement de le tenir. Jusqu'à aujourd'hui, les systèmes In-Memory ont en effet été exploités uniquement par des systèmes décisionnels afin d'accélérer les requêtes. Notamment chez SAP dans BW Accelerator ou Explorer.
"Beaucoup pensaient que c'était impossible"
"Plusieurs fois ces dernières années, j'ai parlé des travaux que nous menions à l'université de Postdam, visant à transférer ces bases de données In-Memory (littéralement en mémoire, NDLR) et reposant sur du stockage en colonnes vers les systèmes transactionnels. Nombreux sont ceux qui pensaient que c'était impossible", a noté Hasso Plattner. Avant de préciser que l'impulsion décisive a été donnée voici un an, par la fusion de trois équipes travaillant chez SAP sur les bases de données. Dont celle de MaxDB, la base de données relationnelle maison.
Se basant sur les résultats obtenus chez un grand compte test (avec une base de 2,5 To contenant 74 000 tables et 4,7 milliards d'enregistrements, transférée sur une appliance In-Memory renfermant 250 Go de Ram), Vishal Sikka a expliqué que cette nouvelle base supprimait le besoin de créer des agrégats dans des entrepôts de données dédiés au décisionnel, offrait des performances de l'ordre de 2 Mo/ms par cœur processeur (SAP promet des appliance avec 64 cœurs logiques Intel Nehalem et 128 cœurs en 2011), et, grâce à la compression qu'autorise le stockage en colonnes, des volumes de données 10 à 50 fois inférieurs à ceux des bases traditionnelles. Autrement dit, un SGBDR renfermant 10 To se voit réduit à 1 To de mémoire vive au maximum, garantit SAP. La sauvegarde et la persistance étant assurée par des disques SSD (à base de mémoire Flash) dans l'exemple présenté par le co-fondateur du premier éditeur européen.
Une seule base pour transactionnel et décisionnel
La réelle avancée de cette "nouvelle base de données" (qu'on pourrait appeler MaxDB In-Memory) se situe dans sa polyvalence. Elle supporte à la fois les systèmes transactionnels - l'ERP donc -, mais également la partie décisionnelle. Supprimant le besoin de charger les données de la base relationnelle dans des entrepôts via des outils d'ETL. "Avec cette architecture, on effectue les requêtes directement sur le système transactionnel, accélérant les temps de réponse par des facteurs de l'ordre du millier, voire de la dizaine de milliers. Et on peut effectuer des requêtes impossibles auparavant, comme des requêtes directes sur des niveaux de profitabilité", a expliqué Vishal Sikka. "Intellectuellement, je n'ai jamais été satisfait de cette architecture consistant à faire du décisionnel un système séparé", a ajouté Hasso Plattner. La nouvelle MaxDB In-Memory embarque donc directement un moteur OLAP. (suite page suivante)
| Sybase n'était pas attendu en renfort |
| Spécialiste des bases de données et du stockage en colonnes, Sybase, sur lequel SAP a déclaré vouloir mettre la main, pouvait être vu comme un renfort de choix pour la conception de la nouvelle base de données de SAP. Sauf que, comme on le sait maintenant, le travail sur le sujet est plus avancé qu'attendu avec la sortie des premières appliance avant la fin 2010. Si Vishal Sikka, le directeur technique de l'éditeur, a écarté, lors d'une conférence de presse précédant l'annonce, tout lien entre le rachat de Sybase et la sortie de la base In-Memory, d'autres officiels de SAP voyaient encore quelques heures avant la conférence de Vishal Sikka et Hasso Plattner les technologies de Sybase comme une façon d'accélérer sur le sujet des bases de données In-Memory. Le secret était donc bien gardé, y compris en interne. Rappelons que Sybase est un spécialiste des bases de données et possède au catalogue une technologie éprouvée de stockage en colonnes (IQ), utilisée dans des applications décisionnelles surtout dans la finance, ainsi qu'une base de données relationnelle (ASE). SAP a d'ores et déjà prévu de supporter ASE dans Business Suite, son ERP phare. ASE dispose déjà d'une option In-Memory. |








Par Jean-Michel Franco








