Norbert Steinhauser/SAP SE

SAP HANA Cloud Services : SAP étend sa stratégie In-Memory bien au-delà de l'ERP

HANA Cloud Services, la nouvelle offre de Database as a Service de SAP, veut ouvrir HANA à davantage de sources de données et la rendre plus accessible et abordable.

Le cofondateur de SAP, Hasso Plattner, l'a clairement dit : SAP HANA, sa base in memory phare, figure toujours en bonne place dans la stratégie de l'éditeur. La preuve, SAP veut ouvrir HANA à une audience plus large.

« SAP HANA est une trop bonne base de données pour la cantonner aux applications de SAP », a-t-il lancé lors du Sapphire Now 2019 avant d'évoquer la croissance exponentielle des données provenant de nombreuses sources, comme les applications CRM.

Pour mener à bien ce projet de conquête de HANA, Hasso Plattner et Gerrit Kazmaier, SVP de SAP HANA et de l'Analytics, ont présenté « SAP HANA Cloud Services », une offre entièrement « as a service » qui permet de relier entre elles des sources de données éparses.

De l'ERP à toutes les applications, du sur site au cloud

Lorsque SAP a dévoilé sa base in-memory HANA en 2010, Hasso Plattner avait en tête de stocker dans la mémoire cache du serveur toutes les données opérationnelles de l'ERP.

En stockant les données sur ce type de mémoire plus rapide - et plus coûteuse - plutôt que sur des disques durs, HANA devait servir de socle véloce pour exécuter des analyses en temps réel sur des données transactionnelles. Plus récemment, SAP en faisait aussi la promotion pour les applications d'intelligence artificielle.

SAP affirme avoir vendu plus de 50 000 licences HANA. Mais beaucoup de ces contrats ont été passés pour gérer uniquement des données ERP.

L'objectif de SAP a changé lors du SAPPHIRE 2019. Hasso Plattner fait un constat : le volume mondial de données est passé de 2 000 exabytes en 2010 à 40 000 exabytes aujourd'hui - dont seulement 0,07 exabytes (avant compression) viennent d'applications SAP. D'où l'idée ambitieuse de ne pas cantonner HANA à cet horizon.

« Nous devons êtres capables d'ingérer beaucoup plus de données dans HANA si nous voulons que HANA devienne une base au-delà de l'ERP », résume-t-il, ajoutant que SAP s'est d'ores et déjà engagé dans des développements pour s'assurer que HANA puisse répondre aux défis du Big Data.

Le défi n'est pas que celui du volume, mais aussi les nouveaux types de données générées par de nouveaux services comme l'Internet des Objets.

SAP HANA Cloud Services

SAP HANA Cloud Services est la réponse de SAP à ce défi.

Cette DBaaS (Database as a Service) vise à rendre la base plus accessible aux clients qui hésitent à l'adopter, en raison de son coût et de sa complexité - explique en substance Gerrit Kazmaier. Le service peut également servir de « passerelle centralisée pour les données de toutes tailles » qui résident dans des environnements distribués, ajoute un communiqué de presse.

La nouvelle offre cloud dispose d'une partie Data Lake. Et les clients de SAP HANA sur site peuvent l'utiliser pour ajouter de la capacité en cas de besoin.

L'éditeur estime que SAP HANA Cloud Services mettra sa base de données in memory à la portée de toutes les entreprises et qu'elle dissipera un préjugé.

« Il y a cette idée fausse que SAP HANA n'est adaptée qu'aux grandes entreprises et aux scénarios complexes », regrette Gerrit Kazmaier. « HANA, c'est pour tout le monde. Désormais, avec SAP HANA Cloud Services, en réduisant le coût total de possession (TCO) et en le commercialisant sous la forme d'un service, pratiquement tout le monde peut commencer à déployer SAP HANA immédiatement. »

L'éditeur a également annoncé que SAP Data Warehouse Cloud sera la première application construite avec SAP HANA Cloud Services. L'application agrégera les données provenant de différentes sources, tout en conservant intacts leurs attributs essentiels et leur sécurité.

La beta de SAP Data Warehouse commencera dans le courant de l'année, avec une date de sortie officielle qui reste à déterminer. L'entrepôt de données cloud disposera d'un modèle de tarification « flexible », à la consommation.

HANA, le nouveau départ

« Nous avions un principe clé en tête : concevoir [un service] simple afin qu'il ne se limite pas au professionnel IT travaillant sur un entrepôt de données, mais qu'il s'adresse à tous ceux qui veulent travailler avec des données », synthétise Gerrit Kazmaier.

Le but de SAP HANA Cloud Services est de permettre aux entreprises de traiter plus efficacement toutes leurs données, confirme Mickey North Rizza, analyste chez IDC. « SAP montre simplement qu'il sait que vous avez des données un peu partout et que vous allez les utiliser de différentes manières », dit-elle. « C'est un bon message de la part de SAP, même s'il est encore trop tôt pour savoir comment les organisations y répondront ».

« Il y a eu des bruits récents qui disaient que SAP allait mettre HANA sur une voie de garage, mais ce n'est clairement pas le cas. De toute évidence, SAP se positionne de plus en plus en fournisseur de solutions et de services pour des cas d'utilisation spécifiques, particulièrement avec des solutions cloud », constate pour sa part Matt Aslett, vice-président de la recherche chez 451 Research. « HANA est une pièce importante de cette stratégie et une pièce maitresse dans ses capacités de gestion et d'analyse des données qui sous-tendent cette stratégie ».

Cloud, cloud, cloud

De fait, SAP a renforcé sa présence dans le cloud sur plusieurs fronts. Pour Hasso Plattner, le cloud est même « la seule voie d'avenir [NDR : "the only way forward is the cloud"]. Nous sommes tous d'accord [en interne] là-dessus ».

Mais selon Matt Aslett, SAP essaie toujours de trouver une stratégie cloud efficace.

« Ils ont compris il y a quelques années qu'ils ne pouvaient pas rivaliser directement avec les fournisseurs cloud [d'infrastructure]. Aujourd'hui, ils essaient de voir comment ils peuvent travailler avec eux et vendre du SAP en s'appuyant sur leurs offres », explique-t-il. « La question qui reste en suspens est de savoir ce que SAP peut faire spécifiquement - au-delà des applications - au niveau de la gestion des données et des bases de données et comment les gens veulent utiliser ces offres. Ce ne sera pas nécessairement en termes de base de données pures, cela pourrait être au travers d'applications ».

Le cofondateur de SAP, Hasso Plattner, s'est montré plus qu'ambitieux et volontaire sur cette question du cloud remarque aussi Holger Mueller, analyste principal chez Constellation Research. « Pour lui, la véritable adoption de S/4HANA ne se fera que lorsque les gens iront dans le cloud public ».

« Oracle a une histoire différente parce que la vision [de son CTO Larry Ellison] est de construire la stack IBM du 21ème siècle, qui va de la conception sur mesure du silicium pour certains workloads - ce qu'Oracle peut faire depuis l'acquisition de [Sun Microsystems] - jusqu'à l'application, ou [selon l'expression d'Oracle] "de la puce au clic de l'utilisateur" (NDR : en vo "from the chip to the user click stack") », compare Holger Mueller. A l'opposée, SAP a « réduit » ses ambitions d'être une plate-forme à la demande (PaaS) il y a plusieurs années.

L'abandon par SAP de son projet d'infrastructure cloud en propre est une bonne décision, selon l'analyste de Constellation Research. « Les clients veulent qu'ils fassent des logiciels », tranche-t-il. « Ils ont déjà tant de choses à faire qu'ils n'ont pas la marge de manoeuvre pour investir dans l'infrastructure, dans les centres de données et dans des domaines qu'ils ne comprennent pas vraiment et que d'autres font très bien pour gagner leur vie ».

Data Lake

En tout état de cause, HANA Cloud Services a certainement été la plus grande annonce faite par SAP dans le cloud public lors de sa conférence utilisateur.

Plus qu'une simple couche de virtualisation de données, HANA Cloud Services veut également accélérer les requêtes en mettant en cache les données au fur et à mesure de leur accès. A cela s'ajoutent des extensions de stockage natives, un catalogue de données et un Data Lake qui s'appuie sur SAP IQ, ainsi qu'un ensemble commun d'API.

« Pour moi, la grande annonce, c'est le lac de données qui se cache là-dedans », souligne Holger Mueller qui évoque le concept des « espaces »  (« spaces ») que Hasso Plattner a explicité dans son intervention sur scène. « C'est un peu comme des Data Marts très pratiques pour que les différents utilisateurs construisent les choses qu'ils veulent. Le problème avec le côté in-memory de HANA, c'est que vous avez votre système transactionnel en cours d'exécution et d'un coup les spécialistes du marketing essaient de charger des données Twitter ou d'autres choses de ce type. Avoir des espaces séparés pour isoler ces applications aide à maintenir des performances adéquates ».

Pas d'obligation contractuelle.... et un prix plus bas ?

HANA Cloud Services vise aussi à élargir la cible de la base de SAP en la rendant plus accessible en termes de coût (en tout cas dixit l'éditeur) : les entreprises peuvent payer pour la quantité de données qu'elles y mettent ou la durée de leur connexion aux données.

« Par exemple, si vous avez un projet et que vous avez besoin d'un développement supplémentaire mais que vous n'avez pas l'espace nécessaire sur site pour le faire, vous pouvez le faire sur ce cloud », vante Van Wyk de SAP Asia qui s'est entretenu avec nos collègues de ComputerWeekly (groupe TechTarget également propriétaire du MagIT). « Une fois que vous avez utilisé le service, vous pouvez transférer vos données sur site et vous déconnecter ».

« HANA est à présent disponible sans obligation contractuelle ni engagement sur une période de temps. Cela répond bien aux problématiques d'innovation pour les clients qui recherchent de la flexibilité, de l'agilité et un cout compétitif ».

Un responsable IT en Asie, qui travaille dans une entreprise utilisant des logiciels SAP mais qui a tenu à ce que son entreprise ne soit pas citée, a confirmé à ComputerWeekly que, bien qu'il se félicite de la décision de SAP de rendre HANA plus accessible, en fin de compte, tout se résumera à une question de coût. « Les avantages de HANA Cloud Services sont clairs, mais il ne faudra pas que cela coûte plus cher que ce que nous payons actuellement », prévient-il.

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