Opinion : Google Chrome OS, le Minitel des années 2000

Finalement ce ne sera pas Google Linux mais Chrome OS, Google ayant pris soin, en annonçant hier son propre OS, de se distancier de Linux. Et que sera cet OS ? En fait rien d'autre qu'un noyau Linux et une couche graphique limitée à la seule exécution du navigateur maison, Chrome. Une sorte de Minitel des années 2000, dont la religion sera celle des applications Web. Pas de quoi rendre l'informatique meilleure ou plus intelligente...

Faites tourner les presses, faites fumer les blogs. Google va lancer son système d'exploitation. Et chacun de se pamer devant l'arrivée d'un nouveau concurrent pour Microsoft et Apple et de proclamer l'avénement de l'OS Web. Le problème est qu'au vu du peu d'informations dévoilées par le géant de l'Internet, il n'y a à ce jour pas de quoi s'enthousiasmer et même plutôt de quoi douter.

Chrome OS : Linux, réduit à sa plus simple expression

Chrome OS, explique Google sur son blog, fonctionnera sur les architectures x86 et ARM – comme Mac OS X -  et aura une architecture logicielle simple. Il s'agira en fait du navigateur Chrome tournant au dessus d'une couche graphique reposant sur le noyau Linux. Mais ce sera un projet différent d'Android, explique Google. On serait tenté de dire une version castrée d'Android. Car contrairement à ce dernier, Chrome OS ne fera pas fonctionner d'applications locales (autres que Chrome OS et ses plug-ins et extensions). Les applications seront dans le nuage, explique Google. Pas de kit de développement pour le Google OS, puisque ses applications ne sont rien d'autres que ce que Google appelle des applications Web (cela vaut autant pour le site de votre banque que pour ce qui ressemble plus à des applications comme les Google Apps ou les applications en lignes d'Adobe sur Acrobat.com). Sans surprise d'ailleurs, Adobe sera un des partenaires de Google pour Chrome OS.

Faut-il attendre des miracles de Chrome OS ? Google promet un OS qui boote rapidement et qui ne se dégrade pas avec le temps – facile, on ne pourra rien installer dessus. Et d'expliquer “nous entendons le message de nos utilisateurs et leur message est clair : les ordinateurs doivent devenir meilleurs. Les gens veulent accéder à leur mail instantanément, sans perdre de temps à attendre que leur ordinateur démarre et que leur navigateur se lance(...) ils veulent accéder à leurs données où qu'ils soient et ne pas s'inquiéter de perdre leur ordinateur ou de sauvegarder leurs données. Plus important encore, ils ne veulent pas passer des heures à configurer un nouveau périphérique ou se soucier de mises à jour permanentes”.

Pas d'applications locales ?

Prenons ces messages dans l'ordre. Il est difficile de voir en quoi les ordinateurs deviendront meilleurs en installant un système d'exploitation plus restreint et donc plus bête que ce dont nous disposons aujourd'hui. Après tout, installer un noyau Linux et une couche de fenêtrage avec un navigateur Web ne rend pas un ordinateur meilleur, mais simplement plus “bête”. Il y a une raison pour laquelle les ordinateurs modernes ont une certaine puissance : faire tourner localement des applications qui ne pourraient s'exécuter à distance de façon convenable (par exemple pour manipuler de grandes quantités de données, assembler des contenus multimédias, retoucher des vidéos ou des images, travailler sur des données sensibles à la latence – synthèse vocale, reconnaissance vocale, interfaces homme-machine évoluées...). 

L'usage en entreprise ajoute encore d'autre contraintes. Par exemple, certaines données ne peuvent être envoyées dans le nuage et doivent être traitées localement (sans compter l'historique applicatif non webisé et qui doit pouvoir compter sur des applications locales). Or il semble, en l'état, que Google veuille écarter le développement d'applications locales pour Chrome OS et privilégie les applications Web. Si cela se confirme, cela sera une vraie limitation de l'OS de Google.

Le nuage : pas si performant, pas si disponible et irrespectueux de la vie privée

Google avance ensuite l'argument des données dans le nuage. Certes mettre toutes ses données sur Internet permet d'y accéder depuis n'importe où pour peu que l'on dispose d'une connexion. Mais trois questions se posent. Tout d'abord celle de la performance. Certes, mettre un fichier Google Docs de 50 ko dans le nuage n'est pas un problème. Mais même avec un accès DSL moderne, envoyer dans le nuage 200 photos numériques de 5 Mpixels (soit environ 600 Mo) prend 1h30 – sans même évoquer le cas de la mobilité. Et c'est encore pire avec de la vidéo. Bien sûr une fois ce transfert effectué, le partage avec des proches devient plus simple...

Ensuite se pose la question de la disponibilité du nuage : une panne de connexion Internet ou une panne de l'infrastructure Google – cela n'arrive jamais, n'est-ce pas ? - signifie l'impossibilité d'accéder à ses données et donc de travailler dessus. Une forme d'écran bleu, version Google. Enfin se pose plus que jamais la question du respect de la vie privée. S'il se présente avant tout comme un moteur de recherche, Google est avant tout un vaste système de profilage de ses utilisateurs, un système de profilage utilisé pour maximiser les rentrées publicitaires. Les utilisateurs confieront-ils toutes leurs informations, tousleurs documents ainsi que la possibilité de suivre leurs actions à Google, avec à la clé un profilage encore plus précis de leur vie (ou pour les entreprises, de leur activité) ? Ce sera l'un des enjeux de Chrome OS. 

Pilotes, sécurité... Chrome OS : un OS comme les autres ?

Terminons enfin avec la question de l'installation des périphériques ou des mises à jour. L'OS de Google devra gérer des imprimantes, supporter des scanners, s'interfacer avec des appareils photos ou des appareils GPS. Il lui faudra supporter plusieurs types de processeurs, de cartes graphiques et audio ainsi sans doute que de multiples autres périphériques. C'est là la grande force de Windows que de disposer du plus large support en matière de pilotes et d'applications permettant de gérer des périphériques externes. Qu'en sera-t-il avec Chrome OS ? Quoiqu'il en dise, Google pourra difficilement faire l'économie d'un large support des périphériques existant sous peine de rejet de son système d'exploitation, une expérience vécue par les premières distributions Linux. Il lui faudra aussi mettre à jour ces pilotes, comme il lui faudra aussi mettre à jour ses fondations Linux et son navigateur en cas de faille de sécurité. Quoi qu'en dise Google, on voit mal comment Chrome OS pourrait être insensible aux problèmes qui frappent les autres OS.

Le réseau a de la valeur, mais le terminal doit-il être stupide ?

En attendant d'en savoir plus, rien ne sert donc de s'extasier sur le futur OS de Google. Pour l'instant, tout ce que l'on sait c'est qu'il s'agira d'une déclinaison de Linux limitée à la seule exécution de Chrome OS. Rappelons qu'il existe aujourd'hui des Linux bien moins limités (certes sans la marque Google) et que le fait de lier système d'exploitation et navigateur a causé bien des soucis à d'autres éditeurs eux-aussi en position de quasi-monopole sur leur marché. 

Terminons enfin en rappelant qu'avant le Web, le Chrome OS avait pour nom Minitel en France et terminal 3270 chez IBM. A l'époque, on vantait les mérites de l'informatique centralisée. Depuis, bien de l'eau a coulé sous les ponts et de mutiples tentatives similaires à celle de Google ont échoué. Les velleités d'OS de Netscape n'ont ainsi jamais abouti, pas plus que le rêve du Network Computer. Avec sans doute une leçon à la clé que devrait méditer Google : ce n'est pas parce que le réseau a de la valeur, que le terminal qui y accéde doit nécessairement être stupide.

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