Léo Apotheker, le bon remède pour HP ?

Nommé CEO d'HP en remplacement de Mark Hurd, Léo Apotheker, l'ex-CEO de SAP et emblématique patron de SAP France à la fin des années 90 prend les rênes du premier constructeur informatique mondial. Réputé pour ses qualités commerciales et opérationnelles, il entend injecter dans HP un peu de son ADL logiciel. Mais sa nomination a été accueillie avec réserve et a même jeté un froid à Wall Street.

 apotheker
Léo Apotheker succède
à Mark Hurd à la tête d'HP

Surprise, ce ne sera finalement pas un dirigeant interne du groupe qui prendra la succession de Mark Hurd à la tête d'HP. Le conseil d'administration de la firme de Palo Alto a en effet nommé hier, Léo Apotheker, l'ex-patron emblématique de SAP en France, un temps CEO de SAP, pour présider aux destinées d'HP.

Forcé au départ de la tête de SAP après 7 mois à la tête de la société, suite à "un désaccord" avec le conseil d'administration (en clair avec Hasso Plattner, l'incontournable fondateur du groupe), Apotheker a été nommé hier président et CEO d'HP. Il avait pourtant professé son intention de s'investir dans le Saas lors de son départ de SAP et rejoint une société spécialisée dans le secteur. Mais ces bonnes intentions n'ont sans doute pas pesé lourd face à la proposition de diriger le n°1 mondial de l'informatique.

A 57 ans, Apotheker succède à Cathie Lesjack, CEO intérimaire, nommée en remplacement de Mark Hurd, limogé de son poste pour une sombre affaire de harcèlement et de fausses notes de frais. Hurd a depuis rejoint Oracle pour diriger l'activité Systèmes de l'éditeur. De là à voir dans la nomination d'Apotheker un pied de nez d'HP à Larry Elisson  - pour lui rappeler que la relation avec SAP est au moins aussi importante pour la firme de Palo Alto que celle avec Oracle -, il n'y a qu'un pas. Un pas franchi au grand galop par nombre d'analystes financiers qui verraient bien HP poursuivre sur sa lancée et absorber SAP pour constituer un pôle concurrent d'Oracle et IBM, présent à la fois dans les systèmes, le service et le logiciel (le point faible historique d'HP).

Un commercial-né et un professionnel de l'opérationnel
Si l'on ne peut contester le savoir-faire opérationnel d'Apotheker, mis en avant par le conseil d'administration d'HP pour expliquer son choix, le présenter comme un vrai penseur stratégique et comme ayant une expérience prouvée en matière d'innovation technologique semble un peu tiré par les cheveux. Apotheker est en effet réputé pour son excellence commerciale mais n'a jamais été vraiment impliqué dans les choix technologiques chez SAP, qui sont du domaine réservé des ingénieurs de Waldorf. Et Apotheker n'était clairement pas un homme du sérail des ingénieurs chez SAP, où il n'avait d'ailleurs quasiment aucun contrôle sur la R&D.
 
Cet homme de process et de réseaux, que certains clients français présentent comme un homme affable et charmeur, amateur de bonnes choses est un fin polyglote (il parle cinq langues dont l'allemand, l'anglais, le français et l'hébreu), mais aussi un impitoyable négociateur. Homme de réseaux, il n'a rien du profil d'un innovateur, un profil qui chez SAP était autrefois assumé par un Shaï Agassi et aujourd'hui par Jim Hagemann Snabe (actuellement l'un des deux co-CEO de SAP)

Toute la carrière d'Apotheker a ainsi été menée chez SAP dans des rôles commerciaux ou de gestion des opérations. Nommé PDG de SAP France en 1995, en remplacement de Werner Sommer, Apotheker y a obtenu ses premiers galons. C'est sous son règne que la filiale française de l'éditeur allemand a réellement décollé, doublant pratiquement son chiffre d'affaires tous les ans. Le relationnel d'Apotheker avec nombre de clients est d'ailleurs si fort à l'époque, que même après son départ pour l'Europe fin 1999 et son remplacement en France par Jeroen Bent, puis par Pascal Rialland, venu de SFR, il continuera à avoir un oeil sur les opérations de la filiale (il conservait un bureau à Paris dans le 8e).

Sous l'ère Apothecker, SAP n'a pas su rivaliser avec Oracle
En reprenant en main les opérations de SAP en Amérique du Nord fin 2002, après le fiasco Commerce One, Apotheker endosse un plus vaste costume celui de directeur des opérations de SAP dans le monde et démontre son excellence opérationnelle en implantant durablement SAP outre-atlantique. Problème, c'est aussi à partir de cette date que la croissance de SAP va s'essoufler. A l'époque, Apotheker multiplie les déclarations dans la presse et parle d'un doublement du CA de SAP dans les cinq ans.

Las, le CA qui était de 7413 Md€ en 2002 passera péniblement à 10,2 Md€ en 2007. Car c'est le coeur de la machine SAP, le développement de logiciels, qui s'est enrayé alors même qu'Apotheker est aux commandes (nommé "Deputy CEO" en 2007, il devient co-CEO en avril 2008 au côtés d'Henning Kagermann, puis seul CEO en 2009, pour à peine sept mois, avant d'être contraint à quitter son poste en février 2010).

Ainsi, en 2008, la croissance du CA est pour l'essentiel le fruit du rachat de Business Objects et les ventes de licences commencent à sérieusement patiner. Malgré le rachat de BO, la croissance des ventes de licences entre 2007 et 2008, n'est que de 6% alors qu'elle  était le moteur historique du groupe. Pire, avec la crise, les ventes de licenses s'effondrent à 2,6 Md€ en 2009, tandis que le CA global recule de 8%.

Pendant ce temps, Oracle ne cesse de grignoter du terrain, capitalisant sur les acquisitions au milieu des années 2000 de Siebel, PeopleSoft et JD Edwards - et surtout de leurs bases installées. Au cours de son année fiscale 2007, la firme de Redwood n'avait ainsi réalisé qu'un peu plus de 1,3 Md$ de CA de licences avec ses applications ERP et 2,25 Md$ en support et services. L'année suivante ces chiffres passaient respectivement à 1,7 Md$ et 3 Md$ avant de bondir encore pour l'année 2009 à 2,36 et 3,8 Md$. Clairement, celui qu'HP présente comme un fin stratège à perdu sa partie d'échec face à Larry Elisson et ses troupes. Pire il na pu enrayer la montée en puissance de Salesforce, du fait des multiples problèmes de développement d'un offre Saas viable chez SAP. Ce sont sans doute l'ensemble de ces raisons qui coûteront son poste de CEO au magicien Apotheker.

Un salaire confortable
A son nouveau poste, Apotheker sera à l'abri du besoin. Dans des documents financiers transmis à la commission des opérations de bourse américaine, la SEC, HP explique que Léo Apothecker va percevoir une indemnité de 4,6 M$ , dont 2,9 M$ pour financer son déménagement de France vers Palo Alto et 1,7 M$ pour compenser le non versement de certaines indemnités de non-concurrence (sans doute en provenance de SAP). Apothecker percevra aussi un bonus de 4 M$ à la signature de son contrat.

Son salaire fixe sera de 1,2 M$ pour les deux premières années, assorti d'un bonus qui pourra atteindre jusqu'à 500% de ce salaire de base en 2011 en fonction de l'atteinte des objectifs fixés. Léo Apotheker recevra aussi 276 000 actions réservés à la signature de son contrat et pourra en gagner  608 000 autres  d'ici à 2013. Il profitera de 5 semaines de congés par an et pourra utiliser les avions privés de la société.
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Apotheker, une autorité limitée par l'influence de Hasso Plattner

A sa décharge, Léo Apotheker a dû se plier aux volontés de son conseil d'administration (et donc largement d'Hasso Plattner) et n'a guère été maître de son destin. Ainsi le bide de Business by design, l'offre Saas pour PME du groupe, ne peut en aucun cas lui être attribué. Avant d'être un fiasco commercial (une centaine de clients contre les 10 000 projetés), l'histoire du logiciel est avant tout un fiasco technologique, tant le développement a dérapé chez l'éditeur. De même, il semble que la décision de la firme d'augmenter ses tarifs de support, qui a valu à Apothecker de se mettre à dos nombre de clients, n'était pas son oeuvre, mais là-encore le fruit d'une décision du conseil d'administration. Enfin, le conservatisme de SAP en matière d'acquisitions, alors qu'Oracle multipliait les rachats et prenait le contrôle de larges bases installées dans un secteur logiciel où les entreprise répugnent à changer de fournisseur, n'était pas son fait, mais sans aucun doute celui de Plattner. Bref, à a tête de SAP, Apotheker a dû jouer avec des dés qu'il savait pipés et sans un contrôle total sur SAP.

Apporter à HP un ADN Logiciel

Intervenant aujourd'hui à l'occasion de la conférence d'Hp avec les analystes, Apothecker a commencé à donner quelques indications sur ses intentions à la tête d'HP. Il a ainsi expliqué qu'il apportait au constructeur un savoir-faire qui n'est pas son fort, celui du logiciel. Le nouveau CEO a ainsi expliqué qu'il voyait dans le logiciel le lien à même de permettre d'unifier les différentes offres du constructeur pour maximiser leur valeur.

En 2009, le logiciel n'a ainsi généré que 3,5 Md$ de revenus sur un total de 114,5 Md$ de chiffre d'affaires. Les services ont pesé pour 34,7 Md$ (dont 46% d'outsoursing d'exploitation et 28% de support et maintenance, le solde venant des services applicatifs et des activités de BPO). Derrière viennent les PC (35 Md$), les imprimantes (24 Md$) et enfin, les serveurs et le stockage (15,5 Md$). Autant dire que pour faire d'HP un acteur du logiciel significatif, il faudra sans doute de multiples acquisitions dans les mois à venir. C'est ce qui explique que de nombreux analystes ont multipliés les commentaires sur un hypothétique rapprochement avec SAP (qui nécessitera toutefois l'aval des fondateurs, dont Plattner, qui contrôlent toujours près de 25 % du capital).

Une nomination qui a jeté un froid

Le souci est qu'un développement dans le logiciel devra se faire sans perdre de vue, le maintien de la compétitivité d'HP dans les serveurs et le stockage ainsi que le développement des activités grand public dans les PC et l'impression, des secteurs largement méconnus d'Apotheker, alors qu'ils représentent l'essentiel de l'activité d'HP et une part non négligeable de ses bénéfices. De même, Apotheker devra déployer un certain talent pour conserver les principaux dirigeants de la firme, dont la plupart étaient implicitement candidats au poste de CEO et dont certains comme Ann Livermore, on déjà vu le poste leur passer sous le nez à plusieurs reprises.

Notons pour terminer que l'annonce de la nomination de Léo Apotheker n'a pas eu pour effet de rassurer les marchés américains. Ainsi, l'action HP perdait plus de 3,5 % à l'heure de la publication de cet article, alors même qu'HP annonçait des prévisions de résultat et de chiffre d'affaires pour l'année fiscale 2011 supérieures à celles des analystes. C'est donc peu dire que la nomination du nouveau patron a jeté un froid...



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