Oracle / Sun : épisode 40 de la stratégie de croissance externe de Larry Ellison

Le rachat de Sun n’est que l’énième épisode d’une stratégie de croissance externe au modus operandi désormais bien rôdé chez Oracle. Une méthode fondée sur des rachats souvent rapides, pour des montants rondelets et des intégrations technologiques et commerciales réussies. Reste quelques tombereaux de licenciements et le risque du gros coup de trop… Point sur une saga plus que trentenaire.

Trente et un ans… et un goût certain pour les familles nombreuses. Fondé en 1977 avec déjà Larry Ellison dans le coup, l’éditeur californien Oracle vient de réussir l’un de ses coups majeurs en mettant la main pour 7,4 milliards de dollars sur Sun, un partenaire de longue date. Trente et un ans donc, l’âge qu’aura choisi le groupe pour sortir par le haut de l’applicatif et tenter de s’imposer comme un fournisseur global de technologies, très fortement présent sur le progiciel, les bases de données, le middleware et désormais les environnements de développement, le monde open source et les serveurs. Il ne manque plus guère que les réseaux comme le soulignait, commentant le rachat de Sun, un lecteur averti du MagIT. Une croissance originale, qui s’est faite sur la base d’un savoir faire désormais évident dans l’intégration de cultures, de sociétés, de modèles, d’équipes et de technologie très différentes.

Début de la croissance externe massive en 2004/2005

La saga des rachats d’Oracle a commencé dès les années 90 mais a pris un tournant décisif en 2004, avec l’acquisition – homérique - de Peoplesoft pour 10,4 milliards de dollars. Au printemps de cette année, l’éditeur de PGI indépendant et numéro deux du secteur derrière SAP vient tout juste de récupérer son concurrent JD Edwards et refuse dans un premier temps de céder aux avances d’Ellison. Quelques mois et un Craig Conway – fondateur de Peoplesoft, opposé à Oracle – démissionnaire plus tard, l’affaire est dans le sac.

Début 2005, la concurrence avec SAP fait rage et Oracle sort vainqueur de son combat face à l'éditeur allemand pour le rachat de Retek, spécialisé dans les applications pour le secteur de la distribution. Il en coûte 631 millions de dollars au californien. Toujours en mars 2005, Oracle s’offre Oblix, une cible plus petite mais qui lui permet de prendre pied dans la gestion des identités. Une acquisition confortée fin 2005 avec le rachat de deux autres cibles mineures : Thor et Octet String. De quoi se payer une part de marché confortable qui vient – ajoutée aux actifs de Sun – de porter Oracle à la première place de ce segment de marché clé. Toujours en 2005, Oracle se paie coup sur coup TimesTen, un éditeur de solutions d'accélération d'applications, ProfitLogic, spécialisé dans les logiciels destinés aux détaillants, et Global Logistics Technologies, dans la gestion logistique. Des peccadilles au regard du coup réalisé en septembre 2005 avec un second rachat d’envergure : celui de Siebel, numéro un de la relation clients et désormais nouvelle corde à l’arc d'Oracle, pour 5,85 milliards de dollars. Première tentative de percée vers le monde open source : Oracle annonce, en octobre de la même année, le rachat du finlandais Innobase, spécialiste des bases de données. Onze rachat en 2005 au total… mais toujours beaucoup d’appétit.

2006 : consolidation des offres métiers et open source ; intérêt pour la ToIP… et la gestion de contenu

Dès 2006, Oracle repart à l’assaut, toujours autour de ses désormais deux métiers : édition de bases de données et édition d’applicatifs pour entreprise. Et s’intéresse de près à l’open source avec le rachat de Sleepycat Software, spécialiste de la base de données embarquée open source et éditeur de BerkeleyDB, toujours au portefeuille Oracle. En ce début d’année 2006, des rumeurs circulent également sur un intérêt pour… MySQL qui tombera finalement en 2007 dans l’escarcelle de Sun pour un milliards de dollars et aujourd’hui – par ricochet – nouvel actif d’Oracle. Toujours en début 2006, Larry Ellison complète son portefeuille dans la logistique avec l'acquisition de Demantra, tout en commençant à s’intéresser à la ToIP avec le rachat successif de HotSip, spécialiste des communications basées sur le protocole SIP, de Net4Call de Portal Software, éditeur de solutions de facturation, et enfin de Telephony@Work, plus orienté relation clients.

A l’automne 2006, Oracle met la main sur Sunopsis, éditeur français spécialiste de l'intégration de données, qui complète son offre d'ETL (extraction, chargement et transformation de données).
Mais surtout, l’éditeur fait ses deux gros coups de l’année dans la gestion de contenus, un marché dont il était jusqu'alors largement absent, et sur les outils liés à la finance. Larry Ellison acquiert un spécialiste de l’administration de contenus, Stellent, pour 440 millions de dollars. Une opération qui permet dès lors à Oracle d'offrir une palette complète d'outils ECM au-dessus de ses progiciels.

Fin décembre Oracle annonce enfin le rachat d’iFlex, éditeur indien de logiciels financiers qui avait un temps intéressé IBM, pour 1,3 milliards de dollars. Et Larry Ellison estime alors vouloir procéder à d’autres rachats.

2007 : consolidation toujours mais surtout BI et middleware pour plus de 10 milliards de dollars

Ce sera chose faite dès mars 2007 avec une nouvelle opération de grosse envergure. Oracle met alors la main sur Hyperion, spécialiste du décisionnel notamment porté sur la consolidation financière et la gestion de la performance, pour 3,3 milliards de dollars. Une rumeur faisait alors état d’un intérêt pour BO qui tombera quelques mois plus tard dans l’escarcelle de… SAP, désormais grand rival sur l’applicatif. Le reste de l’exercice apporte également son lot de nouvelles entités, avec des rachats de niche visant à conforter l’offre du californien. En quelques mois, Tangosol, dans les grilles de données ; Lodestar, dans les outils d'analyse de charge pour le marché de l'énergie ; Agile Software, un spécialiste des logiciels de gestion du cycle de vie, pour un montant de 495 millions de dollars tout de même ; Bharosa, un retour aux outils de gestion d’identité, l’irlandais Netsure, dans l’analyse de réseaux ; Bridgestream, californien qui a développé une application permettant de cartographier les relations de collaboration et LogicalApps, pour la gestion des risques et de la mise en conformité, rallient tous la bannière d’Ellison à grand renfort de dollars !

Mais le meilleur est pour la fin d’année. En quête depuis plusieurs années d’une place au soleil du middleware, Oracle peine à décoller en solitaire derrière les mastodontes que sont IBM et BEA, lesquels se partagent les deux tiers du marché. Le groupe met donc la main sur le second – et son offre Weblogic – pour 6,7 milliards de dollars. L’opération sera conclue courant 2008, avec à la clé la sortie d’une roadmap dès l’été, symbolisant la capacité d’Oracle à absorber vite et bien des proies diverses et de poids. Autres rachats, à l’automne 2008 avec Primavera, spécialiste de la gestion de porte-feuille de projets (PPM pour Project Portfolio Management), puis, début 2009, avec mValent, spécialiste des solutions de gestion des configurations de logiciels. L’automne 2008 est également l’occasion pour le président d'Oracle Charles Phillips – de passage à Paris - de défendre la stratégie de rachats tous azimuts de sa société. Une stratégie qui profite aux clients de la marque, selon lui.

Un succès qui restera à confirmer avec le rachat de Sun donc, pas le plus onéreux mais l’un des plus complexes tant il éloigne l’éditeur de son activité historique, au moins pour partie.

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