Crowd Management chez IBM : plus qu'une "spéculation" ?

Vraie boulette ou fausse annonce ? Voire « spéculation » sans conséquence, si l’on en croît les services de communication d’IBM ? Quoiqu’il en soit effectivement, l’hypothèse évoquée par Tim Ringo pour l’évolution, d’ici à 2017, des effectifs d’IBM – leur division par 4 –, et reprise par Personnel Today, n’a pas laissé grand monde de marbre. Aux Etats-Unis, tout d’abord, où Lee Conrad, du syndicat Alliance@IBM souligne « le peu de considération de l’entreprise pour ses employés ». En Europe, et plus particulièrement en France, les syndicalistes que nous avons interrogés se montrent plus réservés et, en particulier, attendent « confirmation. » Même s’ils considèrent la perspective « plausible ».

Chez IBM France, un syndicaliste CFE-CGC semble tomber des nues : « ça paraît énorme ! » Il évoque, bien sûr, cette hypothèse reprise, hier, par nos confrères de Personnel Today, et selon laquelle IBM n’exclurait pas de diviser par 4 le nombre total de ses employés pour les ramener à 100 000 à l’horizon 2017. Mais sans créer 299 000 chômeurs : Tim Ringo - un « consultant », selon un porte-parole d’IBM France - explique prévoir de ré-embaucher les employés remerciés en tant que sous-traitants. Ponctuellement, projet par projet. Un dispositif appelé crowd sourcing.

Une perspective « plausible »

Mais, là où IBM ne voit que « pure spéculation » qu’aucun fait dans son histoire récente « ne vient étayer », le syndicaliste CFE-CGC que nous avons interrogé voit plutôt une perspective « pas totalement invraisemblable », sinon tout bonnement « plausible : ce ne serait pas totalement dénué de sens sur le strict plan de la logique économique ». Et de préciser prévoir aborder la question de cette « spéculation » à l’occasion du CE européen de la semaine prochaine. Même son de cloche chez Force Ouvrière où l’on parle « d’annonce » mais avec une réserve : « nous n’avons pas de confirmation de sources officielles. » Du coup, pour FO, « on manque de recul pour juger de la validité du projet ». Et de souligner, surtout, la singularité législative de la France et de l’Allemagne où la mise en œuvre d’un tel projet pourrait s’avérer très couteux : « aujourd’hui, on compte vingt à trente départs par trimestre chez IBM France, mais surtout sur la base de ruptures conventionnelles. » Bref, pas question de pousser massivement des salariés à la porte.

Outre Atlantique, au syndicat Alliance@IBM, le discours est plus virulent. Lee Conrad, coordinateur national du syndicat, nous a répondu, par courrier électronique qu’il « est clair qu’IBM veut des employés qui ne sont rien de plus que des mains embauchées temporairement. L’entreprise veut des travailleurs qu’elle peut solliciter à tout moment, mais sans aucun avantage tel qu’une retraite ou la protection d’un syndicat ». Pour lui, c’est bien simple, « les travailleurs d’IBM du monde entier doivent s’unir pour dire à IBM que c’est inacceptable ». Et si les services de communication de l’entreprise indiquent que le crowd sourcing n’est que « spéculation », selon Lee Conrad, « le simple fait qu’ils l’étudient montre le peu de considération qu’ils accordent à leurs employés ».

Un discours plus sérieux qu’il n’y paraît ?

Mais, justement, quel crédit accorder à cette « spéculation » ? Le service de communication d’IBM France ne voit en Tim Ringo qu’un « consultant ». Il semble être un peu plus : le site Web d’IBM le présente comme Global Leader, Human Capital Management, autrement dit, patron de la gestion du capital humain de la branche Business Consulting d’IBM. Sur son profil public LinkedIn, Tim Ringo est plus précis : cet ancien d’Accenture (1990-2006) s’y dit vice-président et Global Leader Human Capital Management (HCM) chez IBM Global Business Services. Et d’expliquer que, depuis Londres, cet originaire de l’Ohio, aux Etats-Unis, a « la responsabilité globale de plus de 3000 professionnels du HCM à travers le monde, qui se vouent à aider les clients à permettre l’innovation et la performance au sein de leur entreprise via une efficacité renforcée de leurs effectifs ». Avec pour objectif, notamment, d’aider ces clients à mettre en œuvre une stratégie « intégrée de gestion des talents et du cycle de vie du capital humain ». Avec les outils technologiques et les processus associés.

Une logique d’ajustement des effectifs déjà à l’œuvre

Quel que soit le sérieux de Tim Ringo, à la CFDT, chez IBM France, on estime tout de même que son propos n'est, là, pas "très sérieux. En tout cas, il n'était surement pas mandaté pour dire ça". Et de relever, au passage, que son discours "semble très orienté vers la clientèle" : "cela relève de l'ambition; c'est un vieux rêve du patronat relatif à la flexibilité. Qui renvoie au mythe du contrat de mission, en France."

Mais, au-delà de ce qu’il qualifie « d’annonce », voire de son contexte, le syndicaliste FO que nous avons interrogé chez IBM France insiste sur le fait que, pour lui, il ne faut pas voir là « une boulette. La volonté de réduire les effectifs est bien là ». En particulier, selon lui, dans le cadre de sa gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, IBM, en Europe, « a clairement l’intention de réduire les effectifs support et exploitation pour les délocaliser dans des pays à bas coût, comme l’Inde ou la Chine ». Pour lui, ne conserver, en interne, que « des profils de haut niveau, ou sur le conseil ».

La CFDT ne fait pas un constat différent : "tout cela est dans l'air du temps. IBM a dégraissé en occident mais cela ne se voit pas trop au niveau mondial car l'entreprise a, en parallèle, beaucoup embauché dans les pays à bas coût." Un élément qui renvoie directement aux propos que tenait Lee Conrad, début mars, avec nos confrères de BusinessWeek. Il affirmait alors qu'IBM avait supprimé 500 postes aux Etats-Unis, depuis le début de l’année, en plus des 10 400 déjà supprimés en 2009. Des licenciements s'inscrivant dans une vague portant sur un total d'environ 900 postes. Mais, en janvier, l'Economic Times of India faisait état de l’intention d’IBM de recruter 5 000 personnes en Inde cette année pour y renforcer ses activités d’externalisation des processus métiers – après 19 000 recrutements dans le sous-continent l’an passé. 

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