Les patrons de l'industrie IT de plus en plus critiques face à la "méthode Sarkozy"

Entre l'exécutif et les patrons de l'économie numérique, la lune de miel est bel et bien terminée. Place à la défiance. Syntec Informatique, la chambre patronale des SSII et éditeurs, dénonce l'empilement des rapports, la multiplication des commissions et autres réflexions, débouchant sur des pistes intéressantes... rarement explorées sur le terrain.

Certes, le nom du président de la République n'a pas été prononcé lors de la conférence semestrielle que la chambre patronale des SSII et éditeurs, Syntec Informatique, tenait la semaine dernière. Mais les critiques très directes de Jean Mounet, le président de la chambre professionnelle, visent bien directement la "méthode Sarkozy". En cause, dans l'économie numérique comme ailleurs : la multiplication des annonces... peu suivies d'effets. Jean Mounet parlant de défaillances en la matière : "la France a des idées, mais peu de suite dans les idées", a-t-il ironisé.

Et de dénoncer la multiplication des réflexions, rapports et autres commissions, qui, même intéressantes, se traduisent peu en actes. "Tous les grands états avancés disposent d'un organe de réflexion sur les technologies de l'information, organe destiné à conseiller le gouvernement. En France, Jean-Pierre Raffarin avait ainsi créé le CSTI. Le rapport Besson (du nom de l'actuel ministre de l'Immigration, alors secrétaire d'état à l'Economie numérique) préconisait d'aller plus loin, d'accroître les responsabilités de cet organe, avec la création d'un Conseil national du numérique (CNN), remplaçant le CSTI. On a bien fait disparaître ce dernier, mais on a oublié de recréer le CNN", s'énerve Jean Mounet.

Taxe professionnelle, symbole d'une incompréhension grandissante

Et d'empiler pêle-mele les exemples pour montrer ce décalage entre le volontarisme affiché et les décisions. Comme le rapport du député UMP Pierre Lasbordes sur la télé-santé, rapport commandé dans l'urgence : "ce rapport très complet a été rendu le 15 octobre dernier. On est le 1er avril ; depuis, il ne s'est rien passé." Même charge concernant les recommandations de la commission Attali : "Parmi les 315 propositions de cette commission, certaines ont été mises en place, d'autres pas. Et on est déjà reparti sur une commission Attali 2. J'aurais préféré qu'on finisse la mise en place des recommandations de la première commission."

Pourtant chouchou du patronat du secteur lors de l'élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy n'a pas, depuis, laissé que de bons souvenirs. Au-delà des rapports enterrés ou d'un CNN toujours dans les limbes, c'est surtout la réforme de la taxe professionnelle, contre laquelle s'est élevée la fédération Syntec dans son ensemble, qui est restée en travers de la gorge de la profession. La cotisation sur la valeur ajoutée, qui remplace la taxe professionnelle, handicape lourdement les entreprises de services, martèle Syntec. Selon Jean Mounet, "pour une PME de quelques centaines de personnes, cela peut représenter une multiplication par trois des sommes versées". A cela s'ajoutent des états généraux de l'Industrie qui n'ont pas laissé un souvenir impérissable : si le remboursement anticipé du crédit impôt recherche a été confirmé, Syntec Informatique attendait l'annonce d'un crédit impôt innovation, qui aurait permis de prendre en compte dans le dispositif plus de dépenses de R&D. Il n'en a rien été.

Le Grand Emprunt entretient l'espoir

Si les critiques fusent, Syntec Informatique et le secteur dans son ensemble se raccrochent encore à un espoir, le Grand Emprunt. Elevé au rang de priorité nationale, avec un investissement direct prévu de 4,5 milliards d'euros pour la société numérique (infrastructures à haut débit et contenus), les TIC devraient aussi bénéficier des enveloppes consacrées aux PME innovantes, à l'éducation, à la recherche, voire au développement durable (via les éléments technologiques associés). De facto, après l'annonce des priorités d'investissement par Nicolas Sarkozy en décembre dernier, tant Syntec Informatique que l'Association française des éditeurs de logiciels (Afdel) s'étaient réjouis des arbitrages rendus. Reste maintenant à vérifier que ces arbitrages ne seront pas remis en cause et que les fonds promis seront bien au rendez-vous...

Mardi dernier, à l'occasion d'un déplacement à Rennes, la secrétaire d'Etat au Développement de l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, et le commissaire général du Grand Emprunt, René Ricol, ont justement tenté de dissiper le flou qui entoure encore les modalités d'attribution des fonds. Ce dernier a expliqué être en train de dépouiller les réponses à la consultation publique sur le volet infrastructures à haut débit (2 milliards prévus). Et a promis le lancement de la consultation sur les contenus en mai, pour des appels à projet (devant donc déboucher sur le choix des dossiers) prévus avant l'été. Une série d'étapes opérationnelles où l'exécutif ne devra pas trébucher s'il veut retrouver la confiance des patrons de l'IT.

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