Olivier Bouderand (3SCI): « La situation de nos membres ne se dégrade pas tant que cela »

Pour le président du syndicat, le secteur des PME informatiques n’est pas sinistré. Ses dirigeants sont toutefois inquiets pour l’avenir. D’autant que le gouvernement aurait tendance à charger la barque.

Ainsi que nous l’avions publié le 14 septembre, l’enquête de conjoncture du 3SCI (Syndicat professionnel des petites et moyennes sociétés de services, de conseil, d’intégration et d’édition informatique) constatait au premier semestre une stagnation, voire un recul du chiffre d’affaires de ses adhérents. Cette situation économique dégradée s’accompagne chez 68% des membres ayant répondu au questionnaire, d’un gel des recrutements. En revanche, les licenciements restent l’exception. Nous avons demandé au président du syndicat, Olivier Bouderand, par ailleurs PDG de l’éditeur LES, de commenter ces résultats.


Channelnews : Il ressort de votre dernier baromètre que la situation de vos membres se dégrade par rapport au deuxième semestre 2011.

Olivier Bouderand : Elle se dégrade légèrement, pas tant que cela. Ce n’est pas catastrophique. Le premier semestre ne fut mauvais que pour 20% des répondants. On reste sur les mêmes chiffres qu’en 2011. Mais peut-être aura-t-on un mauvais réveil en 2013 ?

La perception des chefs d’entreprise du secteur est que la crise perdure. Ils sont plutôt inquiets pour l’avenir. Ils ne voient pas la fin du tunnel. Et le gouvernement remet une couche de plus en taxant les heures supplémentaires.

Les patrons préfèrent payer des heures supplémentaires détaxées plutôt que d’embaucher des gens qu’ils n’ont pas les moyens de garder dans l’entreprise. C’est un mauvais signal donné aux TPE. Pourquoi d’ailleurs mettre le seuil si bas, à 20 salariés ? Si on emploie 21 personnes ont est taxés,  pas si on en emploie 19. On aurait préféré qu’ils mettent la barre plus haut, au-delà de 50 personnes, là  où il y a un comité d’entreprise. C’est un seuil. Cela dit, il est probable qu’il y a en France plus d’entreprises qui emploient entre 20 et 50 personnes que de sociétés qui comptent plus de 50 salariés…

Tout cela n’est pas fait pour améliorer le moral des troupes. Or les petites entreprises ont besoin d’être rassurées. Il aurait fallu envoyer de bons signaux au premier créateur d’emplois en France.

C’est pareil pour l’intéressement - qui touche toutefois moins de personnes -,  taxé comme s’il s’agissait de salaires normaux.

Ce qui transparaît chez nos membres c’est un certain attentisme, qui s’accompagne d’un gel des embauches. Les gens n’aiment pas que les règles changent tout le temps. Les heures supplémentaires détaxées ont été mises en place en 2011 et on change les règles du jeu en 2012.

Si en plus de la crise économique, les gens restent avec le pied sur le frein, cela ne vas pas porter l’économie numérique, provoquer des embauches, de la croissance.


Quels remèdes appliquent  vos membres pour surmonter la crise ?

Olivier Bouderand : Nos membres agissent avec leurs propres leviers. Un tiers d’entre eux estime qu’il faut trouver de nouveaux débouchés C’est le nerf de la guerre pour augmenter l’activité commerciale. Ces nouveaux débouchés sont par exemple le mode SaaS, la sécurité, Internet ou la duplication à travers le cloud. Il y a un double intérêt. Ce sont des nouveaux produits et ils introduisent quelque chose de récurrent. C’est un matelas.


Soumises notamment à une pression sur les prix, les SSII représentent plus d’un quart de vos membres. Que leur suggérez-vous ?

Olivier Bouderand : On leur demande de conserver des tarifs raisonnables, de ne pas vendre à perte, d’essayer de trouver des « gentlement’s agreements » avec les grandes entreprises. En facturant une journée à 300 ou 400 euros, on perd de l’argent de façon structurelle.

Le problème est encore plus complexe pour les SSII qui pratiquent l’offshore. Celles-ci sont très attaquées. C’est d’ailleurs un problème quasiment insoluble. On ne peut pas lutter. On ne peut pas faire du protectionnisme exacerbé.


Le lobbying fait probablement partie de vos moyens d’action ?

Olivier Bouderand : Nous pratiquons tout d’abord le lobbying entre nous. Pour que ce soit un membre du syndicat qui prenne en mains une partie d’un dossier, lorsque quelqu’un ne peut pas y répondre en totalité.

Nous faisons également du lobbying auprès des ministres en nous appuyant sur d’autres organisations afin d’être entendus. Nous pensons ainsi que nous allons arriver à un « Small Business Act » à la française grâce à nos travaux avec le Comité Richelieu.


Quelles sont vos relations avec la nouvelle ministre en charge de l’économie numérique, Fleur Pellerin ?

Olivier Bouderand : Fleur Pellerin a l’air d’être de bonne volonté. Il est toutefois trop tôt pour juger ses actes. Quant à nous, nous sommes ouverts.


Cela peut paraître paradoxal, il ressort de votre baromètre que vos membres sont plutôt satisfaits de leur relation avec leur banquier.

Olivier Bouderand : On s’aperçoit en effet qu’il n’y a pas de dégradation entre les banquiers et les TPE. J’espère que cela va continuer.


Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Olivier Bouderand : Je voudrais conclure en rappelant qu’un peu moins d’un tiers de nos adhérents a embauché au cours du premier semestre, dont la moitié en CDD, et la moitié en CDI.

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