Investissements dans l'Open Source : 11 M$ pour Bonitasoft et 3 M€ pour Prestashop

Nouvelles levées de fonds dans l'Open Source en France. Bonitasoft (BPM) et Prestashop (boutique e-commerce) ont reçu respectivement 11 millions de dollars et 3 millions d'euros, afin de financer leur croissance. Un rayon de soleil dans l'Open Source hexagonal qui valide certes le modèle économique du logiciel ouvert. Mais une présence d'investisseurs qui pourrait inquiéter les décideurs, qui avait choisi l'Open Source en pensant échapper à ce qu'ils perçoivent comme les travers du modèle commercial traditionnel.

Une semaine avant l'ouverture de l'Open World Forum, l'Open Source a déjà revêtu son costume trois pièces… Pour séduire les investisseurs. Bonitasoft et Prestashop, deux dignes représentants de l'Open Source hexagonal, ont ainsi séduit le fonds d'investissement français Serena Capital. 11 millions de dollars pour le premier auxquels s'associent également les actionnaires en place, Ventech et Auriga Partners. Quelque trois millions d'euros pour le second, qui signe au passage un beau coup alors que se profile le salon e-commerce.

Bonitasoft renforce ses possibilités d'intégration

Bonitasoft, qui, rappelons-le, a accueilli Bertrand Diard le Pdg de Talend dans son conseil d'administration lors de sa première levée de fonds de 2 millions d'euros en septembre 2009, estime que cet apport est une validation du modèle commercial de la société. Et chiffres à l'appui, la solution de BPM de l'éditeur qui a vu le jour dans les labos de l'Inria, a bien connu une progression fulgurante :  entre 8 000 et 9 000 contributeurs, mais surtout 190 clients, souligne Miguel Valdès, Pdg de Bonitasoft, dont 35 à 40  rien qu'en France, en Belgique et en Suisse. Présente dans 35 pays, la société s'est étendue à l'international, en ouvrant deux bureaux aux Etats-Unis (à San Francisco et à Boston) et un troisième en Chine, à Pékin. "Une progression et un développement rapides , qui ont été difficiles à gérer", constate-t-il, mais qui ont pu aboutir grâce à un second tour de table de 2,5 millions d'euros en octobre 2010.
"Cette dernière levée servira à financer la croissance interne en développant la partie commerciale et marketing, mais également à donner de l'élan à l'innovation", affirme-t-il. A la clé, un nouveau moteur en développement, une gestion dopée des données internes et externes, et une intégration renforcée avec des solutions d'éditeurs tiers "Open Source ou pas ", sur le segment de la BI, du MDM (la société a déjà un partenariat avec Talend) et l'ESB.

Prestashop muscle ses équipes

De son côté, Prestashop, qui édite une solution de e-boutique voit cette levée de 3 M€ comme une confirmation de la stratégie du groupe. Une stratégie qui a porté ses fruits et débouché sur un parc de " 90 000 sites de commerce en ligne sous Prestashop", nous explique Christophe Crémer, directeur général de la société. Mais surtout, il se verrait bien prendre la place de Magento, autre plate-forme de solutions e-commerce Open Source, rachetée par eBay, en juin dernier. Prestashop compte utiliser ce financement pour faire monter en puissance ses équipes marketing et de développements, et renforcer ses activités aux Etats-Unis.

L'Open Source validée

Avec ces deux levées, l'Open Source montre qu'il peut rivaliser à armes égales avec les tenants du modèle propriétaire pour ce qui est du soutien des investisseurs - et du montant des financements. Tout en soulignant que l'Open Source doit encore "être expliqué", Christophe Crémer estime ainsi que la multiplication des succès, à l'image de Talend ou encore de MySQL, a fortement contribué à alimenter la machine Open Source.
Pour Christophe Crémer, la gratuité reste encore une composante "incontestable" du modèle Open Source, mais Miguel Valdès préfère quant à lui y mettre en avant la maturité d'un modèle économique désormais "proche de celui du Saas". Un modèle qui repose sur le principe d'abonnement à des services, désormais reconnu par les entreprises.

Présent lors d'une présentation de la prochaine édition de l'Open World Forum, Ori Pekelman, CTO de la société Af83 , spécialisée notamment dans le développement d'applications Web, explique l'intérêt de Serena dans Prestashop comme un "enjeu stratégique" : "une place s'est libérée depuis le rachat de Magento par Ebay. Il est désormais peu probable qu'une solution non Open Source puisse survivre dans le monde du e-commerce", commente-t-il. D'autant que les modèles économiques sur ce segment apparaissent comme "clairs". Il ajoute que la dimension internationale des deux sociétés a certainement contribué à favoriser cette levée de fonds - alors que les start-ups françaises ont généralement des ambitions régionales, sinon nationales.

Gaël Blondelle, de la société Obeo, spécialisée dans le développement Eclipse et contributeur au projet Open Source Opees (présenté lors de l'Open World Forum), y voit quant à lui une illustration du côté catalyseur de l'Open Source. Un modèle "qui offre un avantage compétitif pour entrer sur des marchés très installés". Sur le segment du BPM, BonitaSoft se frotte à des pointures comme Oracle, Tibco et IBM/ Lombardi, notamment.

Les enjeux de l'ADN Open Source

Mais attention à ne pas bouleverser l'ADN Open Source, tient à préciser Véronique Torner, co-fondatrice d'Alter Way, prestataire de services expert dans l'Open Source. Tout en admettant que ces levées de fonds contribuent à faire éclore des champions nationaux, la présence d'investisseurs risque de faire muter le modèle du logiciel ouvert, "avec des logiques de ROI parfois incompatibles avec l'Open Source".  "Les investisseurs ont des modèles à court terme qui peuvent faire évoluer des pure-players vers le Freemium [associer une offre communautaire et gratuite à une offre payante et souvent fermée, NDLR] Selon elle, cela pourrait finir par inquiéter des décideurs, qui ont fait le choix de quitter le monde propriétaire pour investir dans un modèle Open Source défini "pour s'extraire des problématiques de gestion des licences et de renouvellement de parcs, notamment". Pas question pour elle de remettre en cause ces fondamentaux, à l'heure où les entreprises ont désormais pris pied dans l'Open Source.

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