Un haut dirigeant d'IBM pris dans la nasse d'une vaste enquête pour délit d'initiés de la SEC

Robert W. Moffat, l'un des plus hauts cadres dirigeants d'IBM, figure au nombre des sept personnes arrêtées vendredi 16 octobre pour délit d'initiés par le FBI. Moffat est accusé par le gendarme des bourses américaines - la SEC - d'avoir transmis des informations privilégiées sur la tentative d'acquisition de Sun par IBM à des responsables d'un hedge fund. Le dirigeant aurait aussi transmis des informations confidentielles sur le mariage entre les activités fabrication d'AMD et un fonds souverain d'Abu Dhabi.

Visiblement, la crise financière n'a pas empêché les petites affaires entre amis. C'est ainsi que les autorités fédérales américaines ont mis en examen et écroué le patron du fonds d'investissement américain Galeon Group, ainsi que cinq hauts dirigeants d'entreprises américaines, dont Robert W. Moffat, le patron d'IBM Systems and Technology Group (STG, en charge notamment des mainframes, des grands serveurs Unix et du stockage). Les accusés auraient échangé des informations privilégiées ayant permis de réaliser près de 25 millions de profits sur des échanges de titres tels qu'Akamai, AMD, ClearWire, Google, Sun Microsystems.

Des informations confidentielles sur Sun et AMD passées à un hedge fund

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Robert W.Moffat présentant une lame
serveur Xeon HS22 d'IBM.

Moffat est l'ancien patron de la division impression de Big Blue et il a précédemment été en charge des opérations de la division PC, dont il a mené la réorganisation puis la vente à Lenovo. IL pilote aujourd'hui l'ensemble de la division STG, un monstre de 19,2 Md$ qui inclut les activités serveurs, stockage et micro-électroniques de Big Blue. C'était jusqu'à vendredi l'un des plus hauts cadres dirigeants d'IBM et certains voyaient en lui un successeur potentiel de Sam Palmisano, le Pdg. Cet avenir semble aujourd'hui relever du passé, Big Blue ayant purement et simplement effacé toute trace de Moffat de son site Web, jusqu'à sa biographie. Il est vrai qu'au vu du code de bonne conduite affiché par la société, les errements supposés de Moffat font tâche...

Ce dernier est en effet accusé, sur la base d'écoutes réalisées par le FBI, d'avoir transmis des informations privilégiées sur la tentative d'acquisition de Sun Microsystems par IBM (une acquisition que Big Blue nie avoir voulu effectuer et qui se retrouve désormais officiellement confirmée par les documents publiés par la SEC). Les informations de Moffat auraient permis à son contact chez le hedge fund New Castle Partners - créé à l'origine par feu Bear Stearns -,  Danielle Chiesi, de réaliser un profit de près d'un million de dollars.

En tant que patron d'IBM STG, Moffat faisait partie de l'équipe en charge de réaliser la "due diligence" de Sun et a, dans ce cadre, obtenu en avance les résultats du second trimestre de Sun. Résultats qu'il aurait transmis en toute illégalité à Chiesi. Du fait de sa position, qui inclut aussi le pilotage des activités micro-électroniques de Big Blue, Moffat aurait aussi fourni à Chiesi des informations sur l'alliance en cours entre un fonds souverain d'Abu Dhabi et AMD, informations obtenues du fait de la participation d'IBM à l'accord (AMD et IBM ont une alliance technologique sur la fabrication de microprocesseurs)...

Une enquête lancée à l'origine sur le financement des tigres tamouls

Moffat et Chiesi ne sont toutefois pas les cibles principales des enquêteurs. Ce privilège revient à Raj Rajaratnam, le fondateur du Galleon Group, un fond d'investissement US. En fait, l'enquête visait à l'origine à déterminer comment plusieurs millions de dollars de donations de ce riche patron d'origine sri-lankaise ont fini par atterrir dans les coffres des Tigres Tamouls, une organisation que les Etats-Unis considèrent comme terroriste.

Pour sa défense, Rajaratnam explique avoir versé des fonds à une organisation caritative, dont l'objectif officiel était l'aide à la reconstruction après le tsunami qui avait durement frappé les communautés tamoules (l'organisation en question serait en fait contrôlée en sous-main par les Tigres, selon les enquêteurs). Officiellement, Rajaratnam est au coeur de l'entreprise de délits d'initiés visée par la SEC.

Des complices chez Intel, McKinsey et Moody's

Parmi les autres accusés figurent aussi Rajiv Goel, un des gestionnaires des finances d'Intel (diplômé de la même promotion à Wharton que M. Rajaratnam), Anil Kumar, un directeur de McKinsey, ainsi que Mark Kurland, un autre responsable de New Castle Partners. Un analyste de l'agence de notation Moody's, dont le nom n'est pas cité, est aussi visé par l'enquête pour avoir fourni des informations sur les hôtels Hilton. La justice chercherait enfin à identifier un responsable chez AMD et un autre chez Akamai.

L'enquête est menée par la Security and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la bourse US, avec l'assistance des services du FBI et du procureur général du district Sud de New-York. En plus des éventuelles peines de prison encourues pour les violations du Securities Act de 1933 et du Securities Exchange Act de 1934, la plainte de la SEC demande la restitution des gains litigieux avec pénalités, de lourdes amendes ainsi que l'interdiction d'exercer tout mandat dans une société pour Goel, Kumar et Moffat.

En savoir plus :

- Le communiqué de la SEC
- La plainte détaillée de la SEC



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