SAP et IBM s’allient pour dépoussiérer la banque

Et s’imposer face aux solutions maison des établissements financiers

Bien que souvent concurrents, IBM et SAP sont aussi des partenaires de 40 ans dans des secteurs où leurs offres respectives ne leur permettent pas de s’imposer seuls. La banque en est le parfait exemple. Dans cette branche, leur alliance vient d’ailleurs de prendre une nouvelle ampleur. IBM et SAP ont en effet présenté leur nouvelle plateforme commune pour le « Core Banking » (ouverture de compte, gestion des clients, virements, etc.) au centre client d'IBM à La Gaude, dans l'arrière-pays Niçois.

« Ce socle technologique de la banque du futur » est constitué de la suite logicielle SAP for Banking et des solutions serveurs et middleware d'IBM. Son but est clair : montrer que SAP et IBM sont aujourd'hui prêts à remplacer les applications maison des banques, y compris pour leurs activités les plus critiques.

« Etre sûr que SAP for Banking tourne sur System Z »

Pour SAP, plus habitué à répondre aux besoins industriels qu’aux services financiers (de l’aveu même de Peter Robert, Vice-Président en charge des activités banques de SAP), le partenariat a un intérêt double. Matériel (« avec lui nous nous assurons que SAP for Banking tourne parfaitement sur System Z »). Et commercial. Grâce notamment à ses mainframes, « IBM est incontournable dans le secteur », ajoute en effet Peter Robert. Une position que n’a pas SAP.

En clair, IBM est une porte d'entrée idéale sur ce marché pour l'éditeur allemand. En tout cas en Europe. « Nous avons 200 clients sur SAP for Banking, soit 110 millions de clients finaux, tempère pour le reste du monde Patrice Vatin, spécialiste du secteur des services financiers chez SAP. Nous avons toutes les banques canadiennes et beaucoup de banques au Brésil par exemple ». Il n'empêche, mis à part l'Allemagne (Commerzbank et Postbank signées en 2004), l'Europe reste une forteresse imprenable pour SAP. En France en particulier, son offre de Core Banking lancée il y a déjà 15 ans n’a aucun client à son actif.

A l’opposée, IBM est bien implanté. Mais il ne dispose d’aucun logiciel comparable à SAP for Banking. Avec la solution de l’allemand, re-packagée dans une offre standard avec des outils IBM comme Worklight (pour décliner les interfaces sur tous les OS mobiles) et des briques analytiques en temps réel (comme Cognos ou IBM SPSS Predictive Analytics), la gamme d’offres métiers IBM Global Solutions dispose à présent d’une vraie solution bout en bout pour la banque.

« Ce partenariat sonnait comme une évidence », résume Patrice Vatin, avant de souligner qu’il ne s’agit pas d’une alliance exclusive et que SAP ne s’interdit pas de travailler en direct avec des établissements dans le cadre de sa stratégie de « co-innovation ». L’offre sera-t-elle viable commercialement ? Dur à dire, car les banques aiment faire leurs développements elles-mêmes. « La banque est un marché émergeant pour les solutions standardisées », reconnait Sanat Rao, Vice-Président en charge des activités et marchés financiers chez IBM. Mais pour lui, qui dit « émergeant » dit aussi « opportunités ». D’autant plus que la banque est à un tournant majeur.

De nouveaux entrants et de nouveaux usages qui empêchent le statu-quo

Après la crise, les contraintes juridiques se sont en effet durcies et les pertes enregistrées ont poussé à la chasse aux coûts. Quant aux clients, « ils vont de moins en moins dans les agences » constatait récemment Frédéric Oudéa, PDG de la Société Général. D’un point de vue IT, cette nouvelle réalité se traduit, d’après Sanat Rao, par trois phases. « Hier, les banques ont beaucoup investi sur la gestion du risque, notamment pour se mettre en conformité avec les normes de Bales III. Aujourd'hui, elles se concentrent sur le front-end, avec les applications mobiles et le web. Demain, elles s'occuperont de la transformation de leur back-end ». Avec à la clef un marché à renouveler et donc à prendre.

Une opportunité commerciale d’autant plus forte pour SAP et IBM que les banques ne pourront pas faire de statu quo. D’une part parce que la compression des couts arriverait à un plancher (« pas forcément en France » précise néanmoins Patrice Vatin). D’autre part parce que de nouveaux compétiteurs émergent dans les services financiers : les Télécoms (qui offrent des solutions de paiement mobile), la grande distribution (crédits à la consommation) ou des acteurs du Web (Paypal, eBay, etc.).

« Pour les banques, il faut trouver des relais de croissance en ces temps difficiles », synthétise Sanat Rao.

Temps réel, analytique, mobilité : une solution « Core Banking » dans l’air du temps qui met en avant sa robustesse

Parmi les axes pour y arriver, le premier est une meilleure connaissance des clients. Ce qui passe, dans l’offre SAP/IBM, par des outils simples de type DataViz pour les conseillers ou des outils de back-office capables d’analyses en temps réel pour faire des recommandations commerciales immédiates.

Le deuxième axe consiste à s’adapter et à exploiter les nouveaux usages (consultation sur Smartphones, paiements en NFC, banque en ligne) comme source d’informations. Par exemple en proposant par SMS un crédit à la consommation ou une assurance pour tablette si le client est en train d’acheter un iPad avec son smartphone.

Cette capacité à faire des offres liées (épargne, crédit, etc.), que ce soit en agence ou en direct, repose techniquement sur la capacité de l’architecture du système d’IBM et de SAP à s’interfacer avec les SI existants, souvent pléthoriques dans les banques. Autrement dit, grâce à son middleware, de dialoguer avec les systèmes et les applications non SAP et non IBM acquises au fil du temps qui gèrent ces produits.

Temps réel, analytique, mobilité. Rien que ne fassent pas déjà les solutions maison ? « Peut-être. Mais quand on parle aux banquiers, ils vous disent souvent que leurs outils fonctionnent mal. Là, ça marche vraiment », affirme Patrice Vatin. « Et notre moteur de recommandation est très performant », renchérit IBM, qui rappelle que les deux acteurs sont connus pour la robustesse de leurs offres.

On s’en doute, avec cette alliance, SAP et IBM espèrent signer de nombreux contrats. Combien ? Les porte-paroles officiels assurent ne pas avoir d’objectifs. Même si on se doute qu’ils en ont. Ce que confirme d’ailleurs en aparté un interlocuteur. « Mais on ne peut pas vous donner ces chiffres, sous peine d’influer immédiatement sur nos deux cours de bourse ». Car si SAP et IBM s’intéressent à la banque, la banque aussi s’intéresse à eux.

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