IBM cède ses serveurs x86 à Lenovo pour 2,3 milliards de dollars

Big Blue a annoncé aujourd'hui son intention de céder ses activités serveurs x86 au Chinois Lenovo, 9 ans après lui avoir vendu ses PC. L'accord est assorti d'une alliance dans le stockage.

C’est fait. Comme nous l’écrivions lundi 20 janvier, IBM a officialisé la cession de sa division serveurs x86. Après la publication de résultats en demi-teinte mardi soir, marqués par la contre-performance de son activité serveurs, IBM a décidé de céder sa division serveurs x86 à Lenovo pour 2,3 Md$ dont Md$ en cash. Le Wall Street Journal avait évoqué l'intérêt de Dell, mais c'est finalement Lenovo, qui avait déjà racheté à IBM ses PC en 2005 qui emporte la division serveurs x86 de Big Blue.

Pour ce dernier, la cession, qui porte sur les gammes System x, BladeCenter, Flex Systems, NextScale et iDataPlex, marque une rupture définitive avec les environnements x86 et plus généralement avec la fabrication de systèmes en volume. Big Blue continuera en revanche de produire ses appliances prête à l'emploi Pure Application et Pure Data, basées sur les châssis PureFlex, ainsi que ses serveurs PureFlex Power - en s'appuyant sans doute sur un accord OEM avec Lenovo pour la fourniture des serveurs.

 
Environ 7 500 salariés d’IBM dans le monde, dont ceux des sites clés de Raleigh, Shanghai, Shenzhen et Taïpei vont se voir offrir un emploi par Lenovo (les choses seront sans doute plus compliquées et plus longues dans bien des pays d’Europe continentale au vu des réglementations sociales en place).

Un accord accompagné d’une alliance stratégique dans le stockage

L’accord de cession est complété par une alliance stratégique entre 
Lenovo et IBM qui va permettre à Lenovo de revendre les systèmes de stockage Storwize de Big Blue, ainsi que ses solutions GPFS, ses solutions de librairies de bandes, ses services Smartcloud Entry ainsi que certains éléments du portefeuille logiciel comme Systems Director (un élément clé des systèmes PureFlex) et les solutions HPC de Platform Computing.

En cédant ses serveurs x86 fait en quelque sorte d’une pierre deux coups. D’une part, il préserve une activité sur laquelle il a beaucoup misé et qui a connu des ratés au cours des trois dernières années et d’autre part, il porte potentiellement un coup à l’accord existant entre Lenovo et EMC sur le stockage. Il faudra toutefois quelque mois pour voir si ce coup aura un impact matériel sur les ventes de solutions de stockage d’IBM et sur celles d’EMC. À court terme, il y a fort à parier que l’impact de la cession des serveurs x86 à Lenovo pourrait avoir un impact détestable sur les ventes de solutions de stockage de Big Blue, transition oblige.

Repli sur les serveurs critiques, le logiciel, le cloud et les services

En 2005, IBM s’était déjà désengagé du marché des PC en cédant son activité au même Lenovo. Désormais Big Blue se concentrera sur ses activités de serveurs critiques à faible volume, les System z (mainframe) et les System p (Power), des systèmes à haute valeur ajoutée avec lesquels Big Blue espère sans doute préserver un niveau de marge compatible avec sa structure de coût et ses objectifs de rentabilité. Les premiers trimestres post-cession pourraient toutefois être difficiles pour ces activités, 2014 s’annonçant comme une période de bas de cycle pour les mainframe et comme une année difficile pour le marché Unix qui continue de reculer face à la montée en puissance des serveurs x86. Rappelons qu’au dernier trimestre 2013, IBM a enregistré une chute de 37% de ses ventes de grands systèmes zOS et de 31% de ses ventes de systèmes Power.

Comme nous l’expliquait récemment un fin connaisseur du secteur, passé par IBM puis par un autre géant des PC et des serveurs, Big Blue n’a jamais excellé dans les activités de volume à faibles marges, mais il est passé maître dans l’art de céder les activités qui ne sont plus assez rentables pour investir dans des activités qui lui semblent avoir plus de potentiel. Cette fois-ci, Ce sont les PC qui font les frais de l'opération tandis qu'IBM renforce ses investissements cœurs dans le Big Data, l’analytique et le cloud.

Le pari délicat du cloud

Par exemple, après avoir racheté SoftLayer pour plus de 2 Md$, Big Blue a récemment annoncé son intention d’investir 1,2 Md$ supplémentaire pour doper les capacités cloud de sa filiale. Le raisonnement de Big Blue est sans doute qu’il sera plus lucratif pour lui de vendre des VM et des services d'infrastructure en cloud que des serveurs physiques, d’autant qu’il peut ensuite proposer des services additionnels sur cette infrastructure. Le problème est que jusqu’alors IBM n’a guère eu de succès sur le marché du cloud public (la plupart de ses clients ayant plutôt opté pour ses offres de cloud privé) et qu’avec SoftLayer il est sur une trajectoire de collision avec les géants de l'Internet comme Amazon, Google, ou Microsoft qui ont déjà atteint une taille critique bien supérieure à celle de Big Blue dans le cloud public. IBM court donc le risque de se retrouver dans le cloud dans la position où il se trouve aujourd'hui sur le marché des serveurs : celui d'un acteur trop petit pour se battre avec les leaders du secteur…

Le logiciel de son côté a certes été un moteur de croissance pour Big Blue au cours des dernières années, mais 2013 aura été une année particulièrement délicate. Dans bien des segments, l’offre propriétaire de Big Blue doit faire face à la compétition de solution open source, qu’il s’agisse de l’analytique avec Hadoop, du Middleware, de la gestion de contenus ou des outils collaboratifs. D’une certaine façon, comme cela s’est produit dans l’univers matériel, l’univers logiciel connaît une forme de banalisation, autour de Linux côté OS, et de multiples composants et framework pour ce qui est de l’applicatif. Il n’est donc pas dit que ce segment continue à être la vache à lait qu’il a longtemps été.

Reste alors les services, de plus en plus délocalisés dans les pays à faibles coûts de main-d’œuvre (IBM emploie désormais plus de salariés en Inde qu’aux États-Unis) et dont les perspectives de croissance sont atones. Sans compter le fait que l’un des moteurs de la croissance des dernières années, le marché à non seulement des ratés, mais a aussi tendance à se fermer aux acteurs américains, scandale Prism oblige.

Bref, il n’est pas dit qu’en cédant ses serveurs x86, IBM en ait fini avec les réorganisations…

 

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