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Amazon confirme qu'il abandonne Oracle DB en interne

Andy Jassy, CEO d'AWS, confirme que sa maison mère n'utilisera plus l'entrepôt de données de son concurrent dans le IaaS et le PaaS. Le fondateur d'Oracle avait raillé et cité l'utilisation d'Oracle DB par Amazon comme preuve de la supériorité de sa technologie sur celle d'AWS.

Andy Jassy, PDG d'Amazon Web Services (AWS), confirme que les activités de sa société mère ne reposent plus sur un entrepôt de données Oracle mais qu'elles utilisent désormais les technologies de base de données de sa propre filiale de services cloud, AWS.

Dans un message sur Twitter, daté du vendredi 9 novembre, Andy Jassy a précisé que l'activité de commerçant en ligne du groupe avait définitivement fermé son dernier entrepôt de données Oracle le 1er novembre pour migrer vers les Data Warehouse cloud (DWaaS) d'AWS - Redshift et PostgreSQL Aurora - pour répondre à ses besoins.

S'affranchir totalement d'Oracle d'ici 2020

Et ce n'est qu'un début. « D'ici la fin de 2018, 88 % de leurs Oracle DB (et 97 % des bases de données des système critiques) passeront à Aurora et DynamoDB (NDR : la base NoSQL maison) », écrit-il.

En réponse au message de son collègue, dans un exercice de communication bien orchestré, le CTO d'Amazon, Werner Vogels, ajoute que ce déploiement d'Oracle était « l'un des plus importants (sinon le plus important) au monde ». Pour lui, les avantages que l'entreprise retire de ce changement seraient déjà visibles.

« Nous sommes passés à une technologie plus récente, plus rapide, plus fiable, plus agile et plus polyvalente, à moindre coût et à plus grande échelle », résume-t-il.

La confirmation de la migration d'Amazon fait suite à une révélation du site d'information américain CNBC, en août 2018, qui affirmait qu'Amazon avait mis en place un plan de migration pluriannuel pour s'affranchir d'Oracle d'ici le premier trimestre 2020.

La bataille AWS - Oracle dans le DBaaS

Le mois suivant, Larry Ellison, fondateur et CTO d'Oracle, citait Amazon comme l'un des principaux utilisateurs de référence de ses produits lors d'une conférence téléphonique avec les analystes sur les résultats financiers du premier trimestre 2019 de sa société.

Au cours de cet échange, Larry Ellison avait insisté sur la dépendance de ses concurrents à l'égard des technologies Oracle. Cette saillie dont il a le secret était une réponse à une question sur la nouvelle pression concurrentielle que subit Oracle dans le cloud.

Le fait qu'un de ses plus gros concurrents dans le IaaS et le PaaS (choisi par de nombreux clients d'Oracle pour héberger leurs instances de bases de données - ce qui a le don d'énerver Larry Ellison) utilise lui-même du Oracle était à ses yeux la preuve incontestable de la supériorité d'Oracle.

« Notre base est tellement supérieure aux autres bases de données que même nos plus gros concurrents s'appuient dessus pour gérer leurs offres. Salesforce.com utilise Oracle [...]. SAP utilise Oracle pour ses services cloud (et presque pour tous ses clients sur site). Même Amazon utilise Oracle DB pour gérer la plupart de ses activités », affirmait-il au cours de la conférence retranscrite en intégralité par le site Seeking Alpha.

« Aujourd'hui, nous sommes peut-être derrière Amazon en part de marché dans les infrastructures cloud, mais nous avons une longueur d'avance technologique sur eux. Nous pensons que cela nous permettra de gagner des parts de marché très, très rapidement ».

La guerre des mots

Depuis plusieurs années, Oracle et AWS se sont lancés dans une guerre de mots à propos de la supériorité de leurs bases de données hébergées respectives (DBaaS).

Les deux protagonistes consacrent même une partie de leurs évènements annuels - Re:Invent pour AWS, OpenWorld pour Oracle - pour taper sur l'autre.

« Je vous mets au défi de trouver beaucoup de clients Oracle qui soient satisfaits », avait par exemple lancé Andy Jassy en novembre 2017, en réponse à des pics de Larry Ellison.

Cette tendance s'est poursuivie cette année à l'Oracle OpenWorld. En octobre, Larry Ellison s'est à nouveau attaqué à AWS sur le coût et la performance de ses offres.

« Nous sommes presque 50 % plus rapides en calcul qu'Amazon, cinq fois plus rapides en stockage par blocs et deux fois plus rapides en réseau. Quand vous migrez dans notre cloud, vous économisez de l'argent... quand vous migrez dans le leur, cela vous coûte plus cher », lâchait-il pour faire la promotion de son Autonomous Database. Avant d'enchainer : « AWS a une base semi-autonome... ce qui est un peu comme une voiture semi-autonome. Soit vous conduisez soit vous mourrez », taclait-il avec une pointe d'humour noir pour convaincre ses clients de mettre leurs bases cloud chez Oracle.

Migrer d'Oracle : pas si simple

Les tweets des deux dirigeants d'Amazon et d'AWS sonnent donc comme une réponse coordonnée.

Ils arrivent également quelques semaines après que le même CNBC se soit procuré un rapport interne d'AWS qui expliquait que l'interruption de service dans l'un des plus gros entrepôts d'Amazon, le jour du Prime Day, était dû au passage d'Oracle DB à Aurora - plus exactement au fait que PostgreSQL Aurora ne gère pas les points de sauvegarde (« savepoints ») de la même manière qu'Oracle DB.

Amazon a répliqué qu'il ne s'agissait pas d'un « outage » mais d'un « léger retard dans les envois de colis ».

Ironiquement, l'incident - quelque soit sa qualification - a eu lieu en plein OpenWorld... pour le plus grand bonheur des commerciaux d'Oracle qui n'ont pas manqué de raconter cette histoire à leurs clients présents sur place, à San Francisco, pour la grand-messe annuelle de l'éditeur.

Avec Caroline Donnelly de ComputerWeekly (groupe TechTarget, également propriétaire du MagIT)

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