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Rachat d’Altran par Capgemini, 5 milliards pour cibler l’industrie 4.0

Capgemini prend puissamment position sur le marché des services d’ingénierie et de R&D en prenant le contrôle d’Altran. Une illustration concrète du rapprochement entre IT et le monde de l’industrie 4.0.

17 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour 250 000 collaborateurs dans le monde, une fois l’acquisition d’Altran bouclée, le nouveau Capgemini sera un géant des services informatiques, mais aussi le leader mondial de l’ingénierie et de l’externalisation de la R&D des industriels, la spécialité d’Altran.

Pour s’offrir Altran, Paul Hermelin casse sa tirelire, puisque si le montant de la transaction atteindra 3,6 milliards d’euros cash, Capgemini devra aussi éponger la dette de 1,4 milliard d’euros de son partenaire, soit une facture de 5 milliards d’euros pour l’ESN française.

Paul Hermelin, PDG du groupe Capgemini explique ce qui a motivé cette acquisition : « Capgemini avait besoin de grandir, car si nous sommes le numéro 1 en Europe, au niveau mondial, nous ne sommes que 8ième sur un marché qui se consolide. Nous devions croître dans ce monde du digital et nous cherchions non pas des relais de croissance, mais des relais d’amplification dans ce domaine du digital. »

Dominique Cerruti, PDG d’Altran (à gauche) et Paul Hermelin, PDG Capgemini  (à droite) au siège social de CapgeminiDominique Cerruti, PDG d’Altran (à gauche) et Paul Hermelin, PDG Capgemini (à droite) au siège social de Capgemini

Mais quand Paul Hermelin évoque le digital, il ne s’agit pas uniquement du Marketing Digital. L’essor de l’IoT et le Digital Manufacturing font voler en éclats les limites de l’IT. Le PDG de Capgemini a bien compris qu’il devait anticiper ce mouvement afin de répondre aux besoins des entreprises, qui ont certes besoin d’informaticiens pour développer leurs applications internes, mais aussi d’ingénieurs pour concevoir des produits de plus en plus connectés embarquant de plus en plus de logiciels et générant de plus en plus de données.
« Nous engageons une nouvelle bataille, avec un rôle de pionnier sur ce que nous appelons l’industrie intelligente et non pas seulement la Digital Factory, car pour nous ce sont tous les processus qui seront bouleversés et pas uniquement le Manufacturing. »

IT et OT, deux mondes qui se rapprochent de plus en plus

Paul Hermelin estime qu’avec cette acquisition, Capgemini est en avance de phase sur ses concurrents dans cette fusion entre IT et OT (Operational Technology), deux mondes technologiques qui, espère le PDG de Capgemini, vont se fertiliser l’un l’autre.

Si Paul Hermelin et Dominique Cerrutti, PDG du groupe Altran, se connaissaient de longue date, c’est bien la stratégie offensive de ce dernier et notamment l’acquisition d’Aricent par Altran en 2017 qui a attiré l’attention du PDG de Capgemini sur Altran.

« Ce que nous apporte Altran, c’est ses compétences sur les logiciels embarqués, sur les circuits intégrés et sur ce plan, Altran bénéficie à plein de son acquisition d’Aricent l’an dernier » a ainsi déclaré Paul Hermelin. L’acquisition d’Aricent avait fait d’Altran le numéro 1 mondial des services de R&D et apporté de fortes compétences en termes de développement logiciel. Elle a également apporté une forte présence sur le marché américain, notamment dans les secteurs télécom, média, industrie et électronique, ce qui n’a rien pour déplaire à Capgemini. Altran apporte un chiffre d’affaires de l’ordre de 3 milliards d’euros dans ce secteur où Capgemini n’engrangeait « que » 500 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Les deux PDG ont vanté la complémentarité de leurs positionnements respectifs. Tandis que Capgemini  sait parler aux DSI, Altran a  plus l’habitude de négocier des projets auprès des directions de l’ingénierie et des directions industrielles des mêmes entreprises.

Prenant l’exemple du véhicule connecté en exemple, le PDG de Capgemini souligne que l’ESN ne travaillait qu’autour du véhicule lui-même, c'est-à-dire les réseaux, les architectures, le système d’information. « Nous mettions en place les architectures de données alors qu’Altran travaillait dans la voiture elle-même, c'est-à-dire sur son design et sur le manufacturing des véhicules. C’est l’ensemble de ces compétences qui permettent au nouveau groupe de se positionner en “one-stop shopping” auprès des industriels ».

Dominique Cerutti ajoute : « Sur 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, nous avons environ 200 millions d’euros qui sont générés par des projets IT. Ce n’était pas notre cœur de métier. Nous n’investissions pas pour nous développer en ce sens, mais nous avions besoin d’algorithmes de pointes, de grands réseaux, de nous appuyer sur des technologies blockchain. Pour nous, l’IT est un “enabler”. Ce qui nous freine dans les grands projets IoT, c’est la capacité de passer du PoC à des déploiements à grande échelle. De même, la voiture autonome va amener à traiter des volumes de données gigantesques. C’est de l’IT, c’est du cloud et Capgemini va nous apporter cela. »

Capgemini se renforce aux Etats-Unis, mais la zone Asie/Pacifique reste faible

Dominique Cerutti, a pris les commandes d’Altran voici 4 ans et il a mené la mondialisation du groupe au pas de charge, notamment aux Etats-Unis où l’externalisation de la R&D connaît la plus forte croissance.

Les 2/3 de l’activité du groupe se concentrent sur 3 activités : l’engineering pour le compte des industriels, l’activité software et le Manufacturing. Autre cheval de bataille de Dominique Cerutti, la construction de centres d’engineering nearshore et offshore, non pas seulement pour avoir des coûts plus faibles, mais aussi pour aller chercher des ingénieurs là où ils se trouvent alors que les industriels occidentaux peinent à en recruter suffisamment.

Ces centres qui regroupent aujourd’hui 18 000 ingénieurs notamment en Inde, au Maroc, Chine et Malaisie. La proximité des cultures d’entreprise entre Altran et Capgemini devrait certainement faciliter l’intégration opérationnelle des deux groupes dont seules quelques activités de backoffice ont a priori à craindre de cette consolidation.

Grâce à l’acquisition d’Altran, la part des Etats-Unis dans l’activité du groupe Capgemini grimpe à 31 % contre 24 % pour la France et 39 % pour le reste de l’Europe. Altran apporte 800 millions d’euros de chiffre d’affaires à Capgemini aux Etats-Unis, ce qui doit faire entrer l’ESN dans le Top 10 américain, mais encore à bonne distance du Top 5. Paul Hermelin a assuré ne pas vouloir procéder à une augmentation de capital pour financer cette acquisition, mais il a reconnu que Capgemini allait devoir lever le pied sur les petites acquisitions pendant un temps.

Le mode d’intégration d’Altran dans le groupe Capgemini n’a pas encore été défini précisément. Altran est organisé par pays, mais Paul Hermelin semble vouloir privilégier une structure par industrie. La structure finale doit encore faire l’objet d’échanges entre les équipes de Capgemini et d’Altran, dès que le feu vert réglementaire le permettra. Le PDG estime que la  « digestion » d’Altran devrait nécessiter 3 années à son groupe.

La nouvelle frontière pour Capgemini reste donc clairement la zone Asie où tout reste à faire. Le « nouveau » Capgemini ne réalise sur cette zone stratégique que 6 % de son chiffre d’affaires. Nul doute que l’Asie et l’Amérique latine seront les chantiers auxquels devront s’attaquer Thierry Delaporte et Aiman Ezzat, les successeurs désignés de Paul Hermelin, qui devrait leur transmettre la direction de Capgemini  en mai 2020.

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