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Mirantis rachète l’entité commerciale de Docker

Le petit éditeur de logiciels d’infrastructure Open source met ainsi la main sur quelques gros contrats commerciaux. Mais l’absence de lien technique entre les deux plateformes interroge les analystes.

Mirantis, l’un des pionniers d’OpenStack, rachète Docker Enterprise. Il s’agit de la branche commerciale de l’éditeur Docker, l’inventeur du plus populaire des formats de containers. La somme déboursée n’a pas été révélée. L’acquisition concerne la propriété intellectuelle des logiciels d’infrastructure non-Open source, ainsi que tous les contrats de support en cours, dont ceux des 750 clients qui avaient acheté un accompagnement annuel sur l’usage de la solution Open source Docker Engine.

Parmi ces clients se trouveraient un tiers des 100 plus grandes entreprises américaines, et même une centaine de sociétés qui font partie des 500 plus performantes de la planète, selon le palmarès de Forbes. Une manne pour Mirantis, qui a récemment transformé sa distribution OpenStack très technique en une plateforme d’infrastructure Mirantis Cloud Platform, prête à l’emploi. Elle sert à déployer, grâce à Kubernetes, des clouds privés sur site et même à les étendre en clouds publics. Exactement comme le propose désormais VMware.

En revanche, Mirantis ne rachète pas l’intégralité de l’éditeur. Sous l’égide de l’ancien chef produit, Scott Johnston, promu nouveau PDG, un fragment de l’équipe originale demeure au sein de la structure indépendante Docker Inc. Celle-ci vient d’ailleurs de lever 35 millions de dollars auprès des fonds d’investissement Benchmark Capital et Insights Partners.

Ce Docker Inc. ne planchera plus que sur les solutions gratuites qui concernent exclusivement les développeurs. Il y en a pour l’heure seulement deux : Docker Desktop, qui leur permet de tester des codes directement sur leur PC ou leur Mac, et le portail Docker Hub, qui centralise les applications communautaires téléchargeables au format Docker.

Docker, l’histoire d’un échec face à Kubernetes

« C’est la fin de Docker tel que nous l’avons connu et cette fin prouve que toutes les interrogations et toutes les incertitudes que l’activité de Docker avait soulevées étaient bien légitimes », commente l’analyste Jay Lyman, du bureau 451 Research, au micro de nos confrères de TechTarget USA. Selon lui, ce rachat signe surtout l’arrêt de mort de l’orchestrateur Swarm, qui devait servir de relais de croissance à Docker, mais que l’éditeur n’a jamais su positionner face à Kubernetes.

Né en France au début des années 2010, le projet Open source Docker a été le premier à mettre les containers Linux LXC, des instances virtuelles très légères, sous forme de fichiers, ce qui les rendait dès lors aussi manipulables que les machines virtuelles, plus contraignantes. À partir de 2013, tous les grands acteurs impliqués dans les solutions d’infrastructure – Red Hat, Microsoft, AWS, IBM, Google… – en deviennent des sponsors dans l’espoir de mieux concurrencer le géant des machines virtuelles, VMware.

Euphorique, l’entité commerciale Docker lève dès lors des centaines de millions de dollars dans le but de financer le développement d’une plateforme d’administration complète autour des containers. Hélas, la carrière de son logiciel Docker Swarm sera coupée nette par l’arrivée de Kubernetes, une solution plus aboutie et simultanément mise en Open source par Google.

Face au succès de Kubernetes, qui a même fini par séduire VMware, l’activité commerciale de Docker s’est effondrée. En mai dernier, l’éditeur nommait à sa tête Rob Bearden, l’artisan de la revente de Hortonworks à son concurrent Cloudera, dans le domaine du Big Data. On sait désormais dans quel but.  

Mirantis, entre lien technologique inexistant et opportunité de gagner de gros clients

De son côté, Mirantis met la main sur la suite Docker Enterprise, récemment lancée en version 3.0 et qui inclut les logiciels propriétaires Docker Engine Enterprise, Docker Trusted Registry, Docker Universal Control Plane ou encore Docker CLI.

Dans une note de blog, Adrian Ionel, le PDG et cofondateur de l’éditeur, explique ouvertement que cette acquisition doit permettre à Mirantis « de devenir une alternative cohérente aux plateformes comme VMware et Red Hat qui emprisonnent les utilisateurs sur leurs technologies. » Il dénonce une « vTax », qui correspond selon lui au prix exorbitant que VMware demande de payer pour obtenir une licence de Kubernetes, et revendique éviter aux utilisateurs la corvée de devoir assembler eux-mêmes une solution d’infrastructure.

Cependant, il n’indique à aucun moment comment la suite Docker Enterprise est censée enrichir sa solution Mirantis Cloud Platform. Adrian Ionel se focalise au contraire sur un argumentaire de vente à destination des actuels clients Docker : « Mirantis apporte à Docker Enterprise son expertise Kubernetes, sa vision d’une expérience unifiée sur toutes les infrastructures, son modèle “as-a-Service” intéressant économiquement… », énumère-t-il.

En l’état, Mirantis Cloud Platform (MCP) sert à configurer des clusters Kubernetes, des machines virtuelles KVM et des serveurs physiques depuis Ironic, l’outil d’orchestration d’OpenStack. La solution leur accole du stockage, soit en intégrant des baies SAN existantes, soit via le SDS Open source Ceph. Et aussi du réseau, avec, au choix, l’une des deux couches Open source fournies : Calico et Tungsten Fabric (ex-OpenContrail). La répartition de charge de l’ensemble est assurée par des outils comme CoreDNS, MetalLB et Nginx. Enfin, la plateforme propose un dispositif Infrastructure-as-code, basé sur Jenkins, pour déployer et mettre à jour automatiquement les ressources depuis des scripts. Tout ceci n’a aucun lien avec les outils de la suite Docker Enterprise.

« C’est étonnant. Je pensais que Docker aurait été racheté par un acteur plus important. Je ne suis pas sûr que Mirantis, avec ses 400 salariés, ait les épaules et la réputation suffisantes pour gérer de gros contrats », commente l’analyste Gary Chen d’IDC. Il se dit par ailleurs surpris que Mirantis n’ait pas racheté l’ensemble de Docker.

Dans l’immédiat, la conséquence la plus visible de ce rachat est le rapatriement chez Mirantis de toutes les équipes en charge du support commercial de Docker.         

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