Sigfox revend son infrastructure allemande pour développer ses services cloud

Sigfox a annoncé une alliance dite stratégique avec Cube Infrastructure Managers, un fonds d’investissement luxembourgeois spécialisé dans les infrastructures de réseaux européens. Il s’agit avant tout pour l’entreprise toulousaine de revendre son réseau 0G allemand pour se concentrer sur le développement de services cloud.

Sigfox a bien déployé son réseau LPWAN (Low-Power WAN, ou réseau basse consommation à longue portée) dans 72 pays et régions du monde, mais l’entreprise toulousaine veut laisser sa gestion à d’autres, plus précisément à ses partenaires : les Sigfox Operators. Cette volonté s’est matérialisée la semaine dernière avec la revente de sa filiale Sigfox Germany (dont elle détenait 100 % du capital), à Cube Infrastructure Managers pour un montant inconnu. À noter que Sigfox opère encore son réseau en France et aux États-Unis.

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Infrastructure : passer le relais aux opérateurs

Ce fonds d’investissement luxembourgeois prend également une participation majoritaire dans Heliot Europe, l’opérateur du réseau LPWAN en Suisse, en Autriche et au Lichtenstein. Cube Infrastructure Managers a décidé de confier la gestion du réseau allemand à ce jeune groupe fondé en 2017 et participera financièrement à son développement.

« Avec cet investissement dans la plateforme Heliot et l’alliance stratégique avec Sigfox, nous visons maintenant à consolider une nouvelle infrastructure de communication, à exploiter son potentiel pour renforcer la compétitivité de nos industries et de nos territoires […] », explique Henri Piganeau, Managing Partner chez Cube Infrastructure Managers, dans un communiqué de presse.

Ce VC a effectué plusieurs investissements majeurs dans l’infrastructure de la fibre optique en Europe, mais aussi dans les secteurs de l’énergie, des transports publics et de la gestion de déchets. Au total, il a levé 2,6 milliards d’euros répartis dans trois portefeuilles et a investi 1,04 milliard rien qu’en 2019. Il participe également au fond Connecting Europe BroadBand Fund, une initiative notamment soutenue par la Caisse des Dépôts et la Commission européenne pour financer la fibre en Europe.

Sigfox mise sur le développement de services cloud

Ainsi Sigfox veut financer « son effort d’innovation continue dans l’extraction des valeurs des données et l’amélioration d’algorithmes hébergés dans le cloud, pour réduire la consommation d’énergie de son réseau », tout en « facilitant le déploiement d’appareils et de capteurs énergétiquement plus efficients », peut-on lire dans le communiqué de presse. Il y a plus d’un an, Ludovic Le Moan, PDG de Sigfox déclarait qu’il manquait 300 millions d’euros à son entreprise pour terminer le déploiement mondial de sa technologie. En avril dernier, Christophe Fourtet, CTO du groupe français, évoquait dans les colonnes du MagIT la possibilité d’un « coup de pouce financier » pour que les opérateurs Sigfox prennent le relais à ce sujet.

« Maintenant que les fonds d’infrastructure vont prendre le relais pour déployer une infrastructure dédiée aux petits messages, il n’y a plus de temps à perdre pour développer les piles logicielles qui vont délivrer plus de valeurs et réduire le temps pour atteindre le ROI de nos clients. Sigfox aurait aimé trouver ces partenaires au début de l’aventure, mais personne à cette époque ne croyait à un réseau dédié au bas débit », déclare le PDG à l’adresse du MagIT.

L’entreprise s’intéresse davantage au cloud qu’au déploiement et la gestion de son infrastructure IoT. Ludovic Le Moan confirme cette démarche. « La vente de l’Allemagne s’inscrit dans une démarche “asset light” de Sigfox qui va se prolonger avec la vente des autres pays maintenant que l’on a atteint ce niveau de maturité », ajoute-t-il. « Ces ventes vont permettre de financer une partie des investissements sur les piles logicielles ».

Quelques inconnues subsistent

Depuis environ trois ans, Sigfox se spécialise dans le suivi d’actifs pour le monde grand public et industriel. C’est avec ces offres contenues dans sa suite Atlas qu’elle compte connecter 1 milliard d’objets d’ici à 2023. Ce nouvel apport financier doit donc permettre de financer de nouvelles fonctionnalités et services dans le cloud. Difficile encore de connaître les projets exacts de la société toulousaine en la matière. « Les services qui vont être développés restent confidentiels, ils s’inspireront de ce que l’on peut déjà voir avec Atlas, mais dans d’autres domaines », indique Ludovic Le Moan. À en croire, les postes des responsables dans l’entreprise, elle recrute en ce sens.

La crise sanitaire et économique en cours ne justifierait pas cette opération. La stratégie développée ci-dessus n’est pas nouvelle. Toutefois, « Le Covid a impacté Sigfox comme beaucoup d’entreprises, mais la connectivité continue à maintenir sa croissance autour de 50 % par an même en 2020 », assure le PDG.

Reste à savoir comment Sigfox orientera cette transition axée sur le cloud et si la délégation de la gestion du réseau lui sera bénéfique à long terme. De leur côté, les opérateurs télécoms, parfois concurrents de l’entreprise toulousaine, sont concentrés sur les ventes aux enchères des bandes de fréquence 5G qui auront lieu le 29 septembre prochain.

Mise à jour

Quelques jours après la revente de son opérateur allemand, Sigfox a annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi. Le COVID 19 et la particularité du marché LPWAN « impactent » bien la pépite toulousaine. En France, elle prévoit la suppression de 47 postes dont 25 départs volontaires. Au niveau mondial, il s’agit de réduire ses effectifs de 13,5 % pour passer de 370 à 320 collaborateurs. Ludovic Le Moan suggère auprès de plusieurs de nos confrères une possible introduction en bourse, une option évoquée à plusieurs reprises.

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