Cet article fait partie de notre guide: Les clés pour une stratégie IoT industriel réussie

Impatient de voir l'IoT décoller, Sigfox change de stratégie

Jusque-là, Sigfox concentrait ses efforts sur le déploiement de son réseau de connexion des objets. La lenteur de la prise de conscience par les entreprises des apports et de la valeur des données de l'IoT amène la société à intervenir dans l'aide aux entreprises et la formation d'étudiants. Pour accélérer le développement du marché.

Ludovic Le Moan et Christophe Fourtet, co-fondateurs de Sigfox, opérateur de réseau pour l'Internet des objets (IoT), ont de l'ambition. « Nous serons le fournisseur de données le plus compétitif du marché », affirme Ludovic Le Moan, président-directeur général de la société. Même si le chiffre d'affaires, 50 millions d'euros en 2017, reste inférieur à leurs attentes, ils ont aussi les moyens de ces ambitions. Ils ont levé plus de 275 millions d'euros en cinq tours de table depuis la création de la société en 2009.

Ils ont également des convictions. « La donnée est partout, mais elle ne vaut que si on va la chercher, si on sait l'extraire et la valoriser. L'IoT, c'est le différentiel entre le coût d'extraction et la valeur de la donnée, c'est là que l'on crée une économie », explique Ludovic Le Moan. Sigfox affirme qu'elle sera en mesure de réduire le coût de ses modules de connexion à quelques cents d'euros d'ici à 2020, ce qui permettra de les insérer partout pour un coût marginal, sur des lettres ou des colis, dans des conteneurs, sur des produits de consommation, etc.

Une croissance soutenue

A ce jour, 2,5 millions d'objets sont connectés au réseau Sigfox, qui couvre 45 pays ou régions, et plus de 800 millions de personnes. En 2018, Sigfox ambitionne de porter ces chiffres à respectivement 6 millions d'objets, 60 pays et 1 milliard de personnes. La société affirme mener quelque 1000 projets dans le monde dans des domaines aussi variés que les alarmes connectées (Securitas Direct), la détection de rongeurs (Ratsense, aéroport de Singapour), la maintenance prédictive d'engins de chantier (ShareMat) ou la télé-assistance pour les personnes âgées à domicile (SeniorAdom).

Oui, mais voilà, au-delà de ces exemples, les entreprises tardent à prendre la mesure de ce que l'IoT peut leur apporter et de la valeur des données. « L'IoT est un business en construction, comme les télécoms cellulaires dans les années 80. Et les applications sont infinies. Mais même les très grands comptes ne savent pas encore comment extraire la valeur des données. Nous voulons les aider à faire des objets connectés pour leur métier et leur montrer où est la valeur des données qu'ils remontent, leur montrer qu'il est possible de récupérer des petites informations pas chères et vraiment utiles », précise Christophe Fourtet, directeur scientifique.

Accélérer la prise de conscience

Pour dynamiser le marché et accélérer la prise de conscience, Sigfox adopte une nouvelle stratégie. « Nos fondamentaux techniques ne changent pas, nous poursuivons notre objectif qui est de récupérer et d'extraire la donnée en provenance des capteurs pour un coût le plus bas possible », reformule Christophe Fourtet. « Ce qui change, c'est que nous allons adresser certains marchés verticaux pour montrer la voie et accélérer le business ».

A l'été 2017, Sigfox a créé un département « adoption et évangélisation » dont la direction a été confiée à Raouti Chehih, co-fondateur d'Euratechnologies, l'incubateur de la région lilloise. Cette entité a pour vocation de créer des relais et des partenariats avec des universités, des sociétés de conseil, etc, afin d'aider les clients de Sigfox à s'emparer de la technologie et à mener leurs projets.

Bâtir un écosystème mondial

Première concrétisation de cette nouvelle ambition, Sigfox lance un projet de « Hacking House ». Il s'agit de former les étudiants à la technologie IoT et à celle de Sigfox afin d'accélérer le développement de solutions innovantes partout dans le monde et dans tous les secteurs. Pendant 3 mois, une promotion de 30 étudiants travaillera sur dix projets concrets en partenariat avec les entreprises.

Une première Hacking House ouvrira ses portes en juin prochain à San Francisco, elle accueillera la première promotion en septembre. Sigfox envisage d'ouvrir une Hacking House en Europe et une autre en Asie avant la fin de l'année. D'ici à 3 ans, la société veut accueillir 6000 étudiants par an dans 50 Hacking Houses dans le monde.

Sigfox est très confiant dans la place de sa technologie et de son réseau dans l'écosystème IoT. « Si l'on simplifie, disons qu'à terme, il y aura trois grandes technologies de réseaux : les WAN (Wide area network) “3GPP”, c'est-à-dire les technologies cellulaires ; les PAN (Personal area network) comme le Bluetooth ou le wireless USB ; et les LPWAN (Low-power wide area network) comme Sigfox », détaille Christophe Fourtet. Selon lui, aucune société ne dominera seule le champ de l'IoT car « le domaine est multi-process, multi-métiers et multi-problématiques. L'IoT, ce sont des millions d'applications différentes. Les entreprises devront collaborer, travailler en partenariat ».

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