Paris bientôt seconde ville la plus interconnectée d’Europe ?

TeleHouse compte investir 1 milliard d’euros pour muscler la connectivité de ses datacenters européens. Ces travaux devraient notamment servir à véhiculer à Paris plus de trafic qu’à Londres et Amsterdam.

Et si Paris devenait la seconde ville la plus interconnectée d’Europe, alors qu’elle n’est pour l’instant que quatrième ? C’est en tout cas l’ambition de Telehouse, l’un des principaux opérateurs de datacenters en colocation, qui annonce investir sur les cinq prochaines années un milliard d’euros dans la construction de nouveaux centres d’interconnexion en Europe.

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« Il y a un contexte géostratégique qui pousse l’Europe à s’affirmer face aux grandes puissances numériques que sont la Chine et les USA. La question de la souveraineté économique passe par le fait d’être un grand carrefour numérique mondial. Reste à savoir où implanter ce carrefour. Aujourd’hui, il se répartit entre Francfort qui a 73 Tbit/s de bande passante, Londres avec 55 Tbit/s, Amsterdam avec 48 Tbit/s et Paris avec 47 Tbit/s. Nous pensons que Paris et Francfort sont les villes qu’il faut le plus muscler, car ce sont celles vers lesquelles vont converger le plus de nouveaux câbles », explique au MagIT Sami Slim, le directeur adjoint de Telehouse France.

« Nous pensons que Paris et Francfort sont les villes qu’il faut le plus muscler, car ce sont celles vers lesquelles vont converger le plus de nouveaux câbles. »
Sami SlimDirecteur adjoint, Telehouse France

Selon un rapport publié par Equinix, concurrent de Telehouse, la bande passante mondiale destinée aux interconnexions serait actuellement d’environ 5 000 Tbit/s. Les datacenters européens assureraient 23 % de ces interconnexions, derrière les Nord-Américains à hauteur de 41 % et les Asiatiques à hauteur de 27 %.

En ce qui concerne la scène européenne, la France va accueillir d’ici à cinq ans neuf nouveaux câbles sous-marins qui totaliseront une bande passante de plusieurs centaines de Tbit/s. Ces câbles arriveront à Bordeaux, pour ceux en provenance d’Amérique, et à Marseille, pour ceux qui relient l’Europe à l’Afrique, l’Inde et l’Asie de l’Est, dont la Chine. Paris centraliserait les interconnexions entre Bordeaux, Marseille et les autres grandes capitales économiques européennes.

Dans le même temps, Londres et Amsterdam – historiquement les premières villes connectées en câbles sous-marins pour partager le web américain en Europe – ne devraient plus recevoir beaucoup de nouveaux câbles, à l’instar de ce qui se passe outre-Atlantique pour New York.
Leur flotte de datacenters, qui hébergent les relais numériques des services d’Internet, est jugée suffisante au regard des impératifs économiques qui se déplacent plutôt vers l’intérieur du continent depuis le Brexit. En l’occurrence vers Paris et Francfort. Cette dernière devrait conserver sa place de première ville connectée en Europe grâce à l’arrivée de nouveaux câbles terrestres depuis l’Asie, via la Russie, pour seconder les câbles sous-marins au départ de Marseille.

Multiplier par dix les capacités de connectivité des datacenters parisiens

« Nous allons peupler nos chambres d’interconnexion télécoms de nouveaux équipements réseau. »
Sami SlimDirecteur adjoint, Telehouse France.

Dans ce contexte, Telehouse va muscler ses datacenters pour accueillir le surplus de bande passante. Il s’agira de travaux dans ses bâtiments pour agrandir les surfaces dédiées aux opérateurs télécoms, bien entendu, mais l’essentiel de l’investissement se fera plutôt dans les équipements d’interconnexion. « Nous allons peupler nos chambres d’interconnexion télécoms de nouveaux équipements réseau, de la marque suisse Huber+Suhner, qui nous permettront de connecter jusqu’à 254 fibres par rack 1U au lieu de 48 actuellement. Nous visons une capacité de connectivité multipliée par 10 », indique Sami Slim.

Pour autant, Telehouse n’aura pas la main sur les câbles qui arriveront dans ses datacenters parisiens. Les nouveaux câbles qui relieront Bordeaux et Marseille à Paris seront construits par les opérateurs télécoms, qu’ils soient nationaux (Orange, SFR, Bouygues Telecom, Free), internationaux (GTT, Century Link, NTT…), ou régionaux (Netalis, Axione...). « Nous interconnectons aujourd’hui 200 opérateurs dans nos centres parisiens. Cet investissement sert surtout à leur dire qu’ils pourront continuer à faire arriver chez nous leurs nouveaux câbles, qu’ils ne manqueront pas de construire, car ceux existants ne supporteraient pas les nouvelles bandes passantes. »

Selon les informations que LeMagIT a pu obtenir, TeleHouse interconnecte à lui seul 50 % des 47 Tbit/s de la bande passante parisienne. Selon Sami Slim, ce ratio devrait se maintenir lorsque Paris fera transiter, estime-t-il, plus de 100 Tbit/s.

TeleHouse se refuse à communiquer quelle portion de son milliard d’investissement, sera consacrée à Paris. « Nous investirons dans toutes les métropoles européennes où nous sommes présents. À Francfort, bien entendu, mais aussi à Londres. Londres devrait rester en dessous des 100 Tbit/s de bande passante. En revanche, notre objectif est de gérer 70 % de sa bande passante, contre 65 % aujourd’hui », conclut Sami Slim.

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