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Analytique, BI, IA, NLP : ce que préparent Looker et Google

Si la collaboration avec sa société mère occupe une place prépondérante dans les projets de Looker, il en va de même pour les investissements dans les capacités analytiques, notamment la BI intégrée et le traitement du langage naturel.

Près d’un an s’est écoulé depuis la clôture du rachat de Looker par Google.

Pour rappel, Looker est l’éditeur d’une plateforme analytique dans le cloud fondé en 2012 et basé à Santa Cruz, en Californie. Le 6 juin 2019, il a conclu un accord avec Google afin d’acter son acquisition. L’opération a toutefois été retardée par une agence de régulation du Royaume-Uni, qui lui sert essentiellement de chien de garde antitrust. Google a finalement reçu le feu vert le 13 février 2020.

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Depuis lors, les deux acteurs s’efforcent à la fois d’imbriquer l’activité de Looker dans celle de Google et de développer des intégrations technologiques entre la plateforme d’analyse de Looker et le large éventail de services disponibles au sein du catalogue du fournisseur cloud.

La première collaboration – le support de Looker pour la suite marketing de Google – a été révélée en août 2020 et a été bien accueillie par les clients, selon Pedro Arellano, responsable du marketing produit de Looker chez Google. Aucune nouvelle collaboration n’a été divulguée par la suite, mais une multitude d’intégrations entre Looker et divers produits Google sont en cours, assure Pedro Arellano.

Dans une récente interview avec nos collègues de SearchBusinessAnalytics [groupe TechTarget, également propriétaire du MagIT], le responsable du marketing produit évoque les progrès réalisés par Google et Looker depuis qu’ils ont finalement uni leurs forces, notamment les détails des intégrations qui sont attendues cette année.

En outre, il s’épanche sur les tendances actuelles en matière d’analytique et sur la manière dont Looker essaie d’y réagir, ainsi que sur la feuille de route qui s’étend au-delà de l’univers Google.

LeMagIT : Quelles sont les tendances actuelles en matière d’analytique et comment Looker s’efforce-t-il d’y répondre ?

Pedro ArellanoPedro Arellano, Google

Pedro Arellano : Les entreprises vont de plus en plus s’appuyer sur des données en temps réel, et c’est ce qui est au cœur de la plateforme Looker depuis sa création. Nous avons toujours cru à la nécessité d’interroger les données là où elles se trouvent, pour fournir au consommateur, à l’utilisateur, des informations aussi proches que possible du temps réel, plutôt que de travailler avec des extraits de données, qui peuvent devenir obsolètes. C’est un domaine qui a été fondamental pour Looker et qui continuera de l’être.

Les push notifications font également partie intégrante de la plateforme Looker avec des connexions aux outils de communication tels que Slack ou d’autres moyens qui permettent d’envoyer des messages textuels. Par exemple, une compagnie de VTC utilise Looker pour identifier les conditions météorologiques difficiles. Si elle détecte qu’un passager attend un trajet et que le climat se dégrade, l’application transmet automatiquement un SMS au conducteur pour qu’il puisse optimiser son itinéraire.

Par ailleurs, l’automatisation des processus est un aspect qui attire mon attention. Pour nous, ce qui est passionnant, c’est que Looker est une plateforme ouverte et que nous pouvons l’intégrer [via des API] avec un certain nombre de systèmes différents, ce qui nous permet d’automatiser les flux de travail.

Looker mise sur le NLP et l’automatisation des processus

LeMagIT : Et quelles sont les autres tendances qui, selon vous, devraient être importantes en 2021 et qui façonnent l’avenir de Looker ?

Pedro Arellano : Le traitement du langage naturel est sans (aucun) doute un domaine dans lequel nous allons investir en 2021. Il a un énorme potentiel, en particulier pour abaisser la barrière à l’entrée de l’analytique. Je pense que nous allons commencer par nous concentrer davantage sur les requêtes NLP plutôt que sur la génération du langage naturel (NLG), car nous estimons qu’il y a là un plus grand besoin d’interaction avec les données que d’interprétation. Des travaux sont déjà en cours dans ce sens. Nous ne voulons pas limiter notre vision du langage naturel au simple fait de donner aux data analysts une nouvelle manière de faire ce qu’ils ont toujours fait.

Nous avons remarqué que la plupart des fonctionnalités NLP présentes sur notre marché ciblent les data analysts. Il est vrai que cette technologie offre une méthode plus actuelle, sûrement meilleure pour accomplir leurs tâches quotidiennes. Mais il s’agit d’atteindre un public qui a été jusqu’alors mal desservi et qui n’est même pas à l’aise avec le principe de glisser-déposer devenu une habitude pour ces analystes.

L’analytique intégrée est un autre domaine qui est tout simplement énorme pour nous. Nous ne considérons pas Looker comme un outil BI, mais comme une plateforme de développement d’applications analytiques, et l’une de ces applications se trouve être notre outil BI. Nous voyons ce que fait notre clientèle, et près de la moitié de nos clients ne font pas ce que vous appelez de la BI classique.
Ils construisent tous ces indicateurs intégrés où vous ajoutez un contexte aux informations qui s’affichent à l’écran. Nous les classons également dans la catégorie des flux de travail « event-driven », ce qui est lié à l’automatisation des processus. Nous allons largement investir pour continuer à étendre ces fonctionnalités en 2021.

LeMagIT : Quels sont les autres éléments de la feuille de route en 2021 ?

Pedro Arellano : La plateforme Looker se divise en trois couches. Nous avons la couche d’expériences, qui est ce avec quoi les utilisateurs interagissent et consomment des données, nous avons la couche centrale, qui est constituée de toutes les capacités de développement pour bâtir des expériences et des applications, et enfin, il y a les fondations qui soutiennent son architecture. Nous investissons dans tous ces domaines.

« Même si nous faisons désormais partie de Google Cloud, cela ne signifie pas que nous cessons de prendre en charge et d’optimiser nos solutions pour d’autres clouds et bases de données. »
Pedro ArellanoResponsable du marketing produit de Looker, Google

Par ailleurs, nous poursuivons notre engagement en faveur du multicloud. Même si nous faisons désormais partie de Google Cloud, cela ne signifie pas que nous cessons de prendre en charge et d’optimiser nos solutions pour d’autres clouds et bases de données. Lorsque nous observons notre clientèle, nous constatons qu’il existe un ensemble hétérogène de SGBD et de services cloud que nos clients souhaitent utiliser, et nous voulons continuer à leur fournir cette flexibilité.

Nous sommes également ravis d’entrer dans l’arène du low-code/no-code dans laquelle nous allons offrir cette capacité de créer des flux de travail analytiques sans développer une ligne de code. Il est presque tentant de créer des points de départ sur mesure pour les gens… afin de rendre l’expérience analytique plus simple et plus intuitive.

Dans le domaine de l’analytique avancée, en plus du langage naturel, nous investissons dans des choses comme la détection des anomalies. Enfin, nous avons mis en place ce que nous appelons des workflows intégrés. Puisque nous faisons partie de Google Cloud, nous disposons de tous ces points d’intégration dont nous pouvons tirer parti, et à ce titre nous nous intéressons de très près à Google Workspace [anciennement G Suite N.D.L.R.].

Workspace, un point d’entrée de choix dans « l’univers Google »

LeMagIT : En parlant de Google, cela fait maintenant presque un an que l’acquisition de Looker par Google a été conclue – où en est l’incorporation de Looker dans Google à ce stade ?

Pedro Arellano : Je la qualifierais de très avancée. Je pense que l’équipe se décrirait comme très satisfaite de la façon dont l’intégration s’est déroulée, non seulement son rythme, mais aussi son succès. D’un point de vue commercial, malgré les défis auxquels tout le monde a dû faire face l’année dernière, nous avons connu la meilleure année de notre existence. Cela témoigne du travail de notre équipe, mais aussi des avantages de la taille et des ressources – et simplement du soutien – d’une entreprise comme Google.

Google Cloud a vraiment adopté Looker. En ce qui concerne le produit le défi réside dans le fait qu’il y a tant de choses que nous voulons accomplir. Il existe de nombreuses possibilités d’intégration avec les différentes équipes produits, non seulement chez Google Cloud, mais aussi dans l’écosystème au sens large de Google. D’un point de vue commercial et technologique, je dirais donc que l’intégration est plutôt réussie.

LeMagIT : En matière d’intégrations entre Looker et Google, que préparez-vous actuellement ?

Pedro Arellano : L’une d’entre elles concerne l’IA et le machine learning. Google apporte des capacités très spécifiques dans ce domaine, dont nous allons tirer profit. J’ai mentionné la détection d’anomalies et les flux de travail intégrés, c’est-à-dire la possibilité de créer ces workflows transparents entre Looker, Google Workspace, Sheets et Slides. Il y a bien sûr des possibilités d’intégration avec BigQuery. Même si nous le prenons en charge, nous envisageons certains projets pour accélérer considérablement les performances de Looker par-dessus BigQuery afin d’offrir des temps de réponse très rapides sur des volumes massifs de requêtes.

Enfin, l’intégration avec Google Marketing en particulier est très importante et il existe de nombreuses possibilités de continuer à offrir à ce public des capacités analytiques de haut niveau qu’il n’a peut-être pas eues par le passé.

La disponibilité générale de Looker sur Azure en bonne voie

LeMagIT : Quand la prochaine collaboration entre Looker et Google pourrait-elle être révélée ?

Pedro Arellano : Vous pouvez certainement vous attendre à ce que nous annoncions quelque chose au cours du premier semestre de l’année. La plupart des nouveautés seront présentées au cours du second semestre, mais nous préparons quelque chose pour la première partie de l’année.

LeMagIT : Si l’on se concentre uniquement sur la plateforme Looker, quand les clients peuvent-ils s’attendre à recevoir la prochaine mise à jour ?

Pedro Arellano : Nous publions des mises à jour tous les mois. La première chose à attendre, c’est la disponibilité générale de notre plateforme sur Microsoft Azure. Nous allons bientôt l’annoncer pour renforcer notre message multicloud. Elle s’exécute sur Google Cloud, sur AWS, et maintenant nous nous préparons à consolider notre support d’Azure.

Au cours du deuxième trimestre, nous allons parler des capacités dédiées aux développeurs. L’analytique embarquée est un domaine très important pour nous, et nous continuons à investir dans ce que nous appelons le framework d’extension qui permet à cette population technique de construire une application sur Looker sans avoir à se soucier d’aspects comme la sécurité, l’authentification, ou la gestion de l’approche DevOps. Nous nous occupons de tout ce qui est en arrière-plan. Ils devront se préoccuper uniquement du code JavaScript et de l’application qu’ils bâtissent. Nous nous chargeons du reste. Cela va accélérer la conception d’applications au sein de la plateforme.

LeMagIT : Avez-vous autre chose à ajouter ?

Pedro Arellano : C’est une période très excitante pour l’équipe de Looker en ce moment. Compte tenu du succès que nous avons rencontré l’année dernière, nous sommes incroyablement optimistes quant à ce que 2021 va nous réserver. Il y a beaucoup de projets à l’horizon, beaucoup de nouveautés passionnantes dont nous devons parler.

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