ERP : le groupe français DL Software fait sa révolution cloud et SaaS

Le groupe DL Software, qui édite une vingtaine d’ERP pour un CA de 200 millions €, veut s’étendre en Europe en 2022-2023 et accélérer son « time-to-market » en devenant « cloud native ».

Fondé en 2003, l’éditeur de progiciels DL Software a radicalement changé d’envergure depuis, et ce en deux grandes étapes. En 2017, l’entreprise de 48 millions d’euros de chiffre d’affaires et 450 collaborateurs, répartis dans neuf éditeurs d’ERP verticaux, était cédée à un premier fonds : 21 Invest.

Au cours des quatre années suivantes, l’actualité a été soutenue. Un nouveau fonds a pris le contrôle du groupe, qui a poursuivi ses acquisitions, et qui a même accéléré en 2020 et 2021. Résultat : DL Software chapeaute désormais 19 sociétés, toutes éditrices de logiciels, pour un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros et 1 200 collaborateurs. Les 200 millions seront franchis en 2022.

Une galaxie d’ERP très complémentaires

L’envergure a changé et Jacques Ollivier, le PDG de DL Software, s’est efforcé depuis 2017 « de rendre l’organisation scalable », mais sans remettre en cause l’ADN du groupe, malgré la multiplication des acquisitions.

Photo du PDG de DL Software
Jacques Ollivier, PDG de DL Software

« Notre métier reste l’édition de logiciels verticaux », insiste le dirigeant. La politique d’acquisitions, favorisée par des moyens accrus, a permis cependant de « densifier » le positionnement sur les secteurs significatifs en termes de PIB dans l’économie française.

Ce « réalisme économique » conduit par exemple DL Software à se développer auprès des entreprises du BTP, avec un pôle en cours de construction, et de l’immobilier. L’éditeur était absent de ce dernier secteur deux ans plus tôt. L’immobilier représente à présent 50 millions d’euros environ de chiffre d’affaires.

Cette couverture de différents secteurs bien ciblés – dont la distribution (sport et prêt-à-porter), la santé (40 M€ de CA), mais aussi le secteur public, le tourisme et l’assurance – permet en outre au groupe de ne pas mettre tous ses ERP dans le même panier.

« C’est la richesse de [notre] modèle. Avec ces différentes verticales, nous bénéficions de cycles qui se compensent. Le ralentissement d’un secteur est compensé par l’accélération sur un autre. Notre force réside aussi dans cet effet portefeuille », déclare Jacques Ollivier.

Objectif Europe

Cette couverture alimente les différentes expertises sectorielles de l’éditeur – qui se compléteront encore au travers de futures acquisitions. Bilan : DL Software compte 100 000 clients, majoritairement des PME.

Autre spécificité, le groupe a une prédilection pour les enseignes, en particulier dans la distribution d’articles de sport ou de négoce de matériaux. Il compte dans ses clients des franchises comme Intersport ou Sport 2000.

Mais DL Software reste aussi, jusqu’à aujourd’hui, très « franco-français », reconnaît son PDG.

Une des priorités stratégiques en 2022-2023 est toutefois de changer la donne avec la volonté de s’internationaliser, en commençant par l’Europe du Sud. Pour y parvenir, DL Software mise sur des acquisitions et sur la diffusion des solutions existantes via ses nouvelles entités implantées sur ces marchés.

L’éditeur promet de rester fidèle à son modèle, c’est-à-dire de distribuer et d’intégrer directement ses applications. C’est un des différenciateurs revendiqués par DL Software. Il y en a d’autres. Son dirigeant cite par exemple sa proximité avec ses clients et leurs métiers, et son expertise, qui lui permet un accompagnement en conseil.

En route vers le SaaS

Pour se démarquer des géants des ERP, DL Software mise en outre sur la plus grande agilité découlant de sa taille et son organisation décentralisée. « Bien sûr, tout le monde dit être agile. Nous souhaitons encore progresser dans ce secteur. Le cloud nous y aidera », note Jacques Ollivier. Accélérer dans le cloud, c’est d’ailleurs une autre priorité de l’entreprise.

En termes de modèle de revenus, l’éditeur s’appuie déjà sur l’abonnement, avec du logiciel en mode hébergé, qui représente plus de 75 % du chiffre d’affaires (dont environ 25 % de cloud). L’étape suivante consiste à présent à développer des solutions nativement cloud (SaaS), avec pour finalité des bénéfices client comme la scalibilité et la rapidité de déploiement de nouvelles fonctionnalités.

Un centre d’expertise « cloud native » en interne

Mais le passage sur le cloud public doit aussi bénéficier à l’éditeur en facilitant par exemple les interconnexions entre ses différents logiciels et leur support. Pour accompagner cette transformation, DL Software a mis en place un centre d’expertise interne. Sa mission : aider les éditeurs du groupe à devenir « cloud native ».

« Le cloud est un sujet culturel et de vision avant d’être technique. C'est assez radicalement différent comme approche du développement. »
Jacques OllivierPDG de DL Software

« Nous continuerons d’infogérer la solution. Au lieu de le faire sur une infrastructure traditionnelle, nous le ferons sur une infrastructure hybride ou pure cloud, selon les cas et la typologie d’application », détaille le PDG. Ce mouvement a été initié deux ans plus tôt auprès de quelques éditeurs du groupe.

De cette expérience est né le centre d’expertise, qui doit à présent contribuer à diffuser les bonnes pratiques au sein des autres entités. « Le cloud est un sujet culturel et de vision avant d’être technique. Je ne dirais pas que c’est un autre monde, mais c’est néanmoins assez radicalement différent comme approche du développement », insiste Jacques Ollivier.

Toutes les applications n’ont cependant pas vocation à migrer dans le cloud. Certaines ne présentent pas d’intérêt – y compris sur le plan économique – pour les utilisateurs à basculer dans ce modèle, estime l’entreprise. L’examen s’effectue donc au cas par cas, sur la base de critères d’éligibilité liés entre autres à la maturité de l’application et du marché.

Pour accélérer cette adoption du cloud et recruter parmi les nouvelles générations de développeurs, l’entreprise doit faire évoluer ses compétences et ses pratiques. Elle emploie 300 développeurs. Elle ambitionne de s’appuyer sur 200 développeurs capables de développer nativement dans le cloud – à distinguer donc du simple Lift & Shift. Ce cap devrait être atteint grâce à des formations pratiques.

« Le cloud est un mouvement sur le long terme et stratégique pour le groupe. Ce n’est pas du marketing. Nous nous fixons des ambitions, mais nous nous donnons aussi le temps de mener à bien ce mouvement », assure Jacques Ollivier.

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