Falcon : l’IA des Émirats arabes unis qui séduit le monde
Abou Dhabi a réussi à se positionner comme un acteur de premier plan dans l’intelligence artificielle. Son approche, qui renforce sa souveraineté, s’incarne dans Falcon, une gamme de LLM soutenue par une fondation. Dernier né de cette famille, un petit modèle à 7 milliards de paramètres (H1R 7B).
Les gouvernements des principales puissances essaient de se positionner sur la carte de l’IA face aux États-Unis. La Chine par exemple a fait beaucoup de bruit en 2025 avec Deepseek. Mais un acteur beaucoup plus petit, et tout aussi ambitieux, a réussi à s’imposer en toute discrétion dans cette concurrence mondiale : les Émirats arabes unis (UAE).
Si l’on demande au grand public occidental qui sont les champions de l’IA générative, il n’est pas sûr que ce pays soit souvent cité. Pourtant, Abou Dhabi a mis en place une stratégie IA particulièrement structurée, avec une vision à long terme, et la souveraineté technologique en ligne de mire.
Le rôle clef du Technology Innovation Institute (TII)
Pour se donner les moyens de ses ambitions, l’UAE a d’abord construit un écosystème étroitement intégré entre recherche, gouvernance et déploiement. Le Technology Innovation Institute (TII) y joue un rôle central.
« Dès le départ, Abou Dhabi s’est concentré sur une recherche en IA qui soit à la fois sûre, transparente et souveraine », explique Ray O. Johnson, directeur général du TII. « Notre objectif est de permettre aux gouvernements, aux entreprises et à la société d’adopter l’IA en toute confiance. »
Les travaux du TII couvrent la sécurité de l’IA, l’évaluation des modèles et les cadres de déploiement, ainsi que les programmes de recherche. Le résultat de cette stratégie est Falcon, une famille de grands modèles de langage (LLM) lancée en 2023.
Falcon au cœur d’une offre souveraine française
Falcon s’est rapidement fait remarquer sur la scène internationale, à la fois pour ses performances et pour son positionnement open-weight.
En France, il a par exemple été retenu par la pépite LightOn comme socle technologique de ses appliances souveraines.
Plus précisément Falcon est une gamme complète de LLMs. Tout comme la gamme de Mistral en France, elle va des très petits modèles (moins de 3 milliards de paramètres) aux très gros modèles, dont un à 180 milliards de paramètres capables, selon le TII, de rivaliser au moment de sa sortie avec les fers de lance de l’époque d’OpenAI, de Google ou de Meta.
Cette diversité se retrouve dans les champs d’application : texte, Vision-to-Language, chat. Elle permet au projet Falcon de s’adapter aux différents usages et aux différents compromis performance/ressources liés aux contraintes des environnements où les modèles sont déployés.
La popularité de Falcon s’explique aussi par le fait que ces modèles sont disponibles sous licence permissive (licence Apache 2.0). On retrouve par exemple la très grande majorité de la gamme sur Hugginface.
La Falcon Foundation
Depuis le lancement du premier modèle, la stratégie des Émirats arabes unis a franchi d’autres étapes, dont la création d’une Falcon Foundation en 2024.
L’organisation à but non lucratif réunit développeurs, chercheurs, industriels et décideurs publics. Elle est chargée de piloter l’ouverture des modèles d’IA et de bâtir des écosystèmes durables autour de la technologie.
« Dans un monde où l’IA progresse plus vite que jamais, des initiatives comme celle-ci jouent un rôle crucial pour orienter son développement vers davantage de transparence et d’accessibilité », vante Faisal Al Bannai, secrétaire général de l’Advanced Technology Research Council.
Falcon H1R 7B
Sur l’accessibilité justement, le TII a sorti en ce début 2026 un modèle dédié spécifiquement à la langue arabe.
Dans le même temps, l’institut émirien a également lancé Falcon H1R 7B, « un modèle compact de 7 milliards de paramètres qui intègre le raisonnement avancé, optimisé pour la rapidité et l’efficacité », expliquent ses créateurs. Toujours selon le TII, les principaux benchmarks montrent qu’il surpasserait des concurrents plus volumineux de Microsoft, Alibaba et NVIDIA.
Entre 2023 et 2026, le TII s’est également montré particulièrement prolifique avec la sortie de plusieurs dizaines de modèles : Falcon Mamba et la génération Falcon 2 en 2024, puis les générations Falcon 3 et les premiers Falcon H1 en 2025, sans oublier la série Falcon Edge.
Adapter Falcon à des industries
La Falcon Foundation aura aussi pour vocation d’accompagner la personnalisation de tous ces modèles pour les adapter à des secteurs et des industries spécifiques. Elle doit également mettre à disposition de la R&D des ressources de calcul (open compute).
Autre point clef de cette initiative, la Falcon Foundation observe et intègre les bonnes pratiques internationales dans ses cadres réglementaires et juridiques, prolongeant ainsi l’accent mis sur la bonne gouvernance de l’IA.
Pour les Émirats arabes unis, le bénéfice est double. Abou Dhabi s’est fait un nom à l’international dans le milieu de l’intelligence artificielle responsable. Et le pays a réussi à renforcer sa souveraineté et celles de ses organisations, dans et en dehors de ses frontières. De quoi inspirer – ou complexer – beaucoup de gouvernements européens ?
Avec Andrea Benito de ComputerWeekly
Crédits image : illustration Falcon ©Technology Innovation Institute
