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« Project SnowWork » : Snowflake s’inspire fortement de Cowork d’Anthropic

Présenté comme une plateforme « autonome » d’IA pour les métiers, Project SnowWork est un outil agentique dédié aux tâches d’analyse et de production de rapports. Si Snowflake prouve qu’il peut désormais suivre le rythme de mises à jour insufflées par les fournisseurs de LLM, il ne distingue pas réellement de la masse avec cette annonce.

SnowWork vise plus spécifiquement les collaborateurs non techniques des entités finance, vente, marketing et data science. En préversion de recherche privée, l’outil dévoilé le 18 mars par le spécialiste de la gestion de données n’est ni plus ni moins qu’une copie de CoWork d’Anthropic.

À partir de la même interface que l’assistant Snowflake Intelligence, les usagers peuvent appeler des « skills », c’est-à-dire des instructions spécifiques et des outils pour exécuter des flux de travail multiétapes. Le tout est « borné » par le rôle de l’utilisateur : data engineer, data scientist, mais aussi responsable produit, directeur du marketing, directeur financier, etc. Les compétences sont associées aux rôles.

Un Cowork à la sauce Snowflake

Sridhar Ramaswamy, CEO de Snowflake, assure que le projet SnowWork repose sur la planification et l’exécution de flux de travail à partir de données présentes dans les instances du Data Cloud. L’outil peut générer des analyses et des recommandations de prise de décision. Les analyses s’appuient sur l’agent qui propulse Snowflake Intelligence (lui a accès au moteur SQL propriétaire de l’éditeur) et sur Cortex Code, un agent de développement dans la sphère de Snowflake.

Selon les dires de Snowflake, SnowWork peut avoir accès aux mêmes données, bases de connaissances et ontologies que les collaborateurs. Les droits d’accès demeurent sous le contrôle de la console d’administration Data Cloud et « l’agent » hérite d’autorisation similaire (quand cela est possible). Les règles de gouvernance de données et l’audit des usages sont de la partie.

Rapport pour les dirigeants, analyse de l’état des prospections commerciales, analyse du taux d’attrition, génération de diapositives de prévision de ventes, explication des résultats financiers, recommandation d’allocation de budget marketing (un sujet cher à Ekimetrics)… le fournisseur entend ancrer son outil dans le « pratico-pratique ». Les résultats fournis sont essentiellement des présentations et des feuilles de calcul.

L’éditeur ne l’explique pas, mais il s’appuie probablement sur les vues sémantiques pour créer des métriques et des définitions métiers communes. Mais ici, elles ne servent plus seulement à encadrer la génération de rapports BI.  

Une uniformisation des produits IA (et un problème central irrésolu)

Snowflake ne dit rien des performances de son outil (temps de traitement, nombre d’étapes prises en charge, limite de volume de données, de connecteurs, latence de réponse, etc.) ni de son infrastructure. Tout comme il n’évoque pas les connecteurs disponibles avec des solutions tierces. L’on ne sait pas non plus si SnowWork sera capable d’aller au-delà de la production de documents d’aide à la décision.

Le changement de direction acté en 2024, justifié par la nécessité de gonfler les capacités IA de Snowflake, semble porter ses fruits. L’éditeur n’a plus que quelques semaines de décalage sur ses adversaires.

De fait, il n’est pas le premier à avoir décliné Cowork d’Anthropic dans un service dédié à ses clients. La semaine dernière, Microsoft a présenté Copilot Cowork, une solution qui ressemble fort à une intégration en marque blanche des capacités crée par Anthropic. Snowflake est également partenaire du fournisseur de LLM, mais ne précise pas s’il s’appuie sur cette technologie.

Une ressemblance qui amuse Ryadh Dahimene, directeur de la gestion produit chez ClickHouse. Il diffuse sur LinkedIn une image où M. Bean, affublé du nom Snowflake, copie son voisin Anthropic. « Blague à part, il semble que chaque sortie majeure de Anthropic définisse une catégorie (MCP, AgentSkills, Claude Code, Cowork et bien d’autres) », remarque-t-il.

Il s’agit bien d’aller sur le même terrain qu’Anthropic et Microsoft. La démonstration effectuée par Microsoft auprès de la presse française visait les mêmes objectifs. Et le tout peut être couplé aux différentes ontologies des services de gestion de données du géant du cloud.

Si l’approche est intéressante et promet d’accélérer les tâches les plus rébarbatives, les solutions d’Anthropic, Snowflake et Microsoft ne règlent pas le problème central des entreprises : la mise en qualité des données. Chez Snowflake, il faut créer les vues sémantiques. Certes, l’on peut s’aider d’un assistant IA, mais la définition du vocabulaire métier et des métriques clés reste un effort notable. C’est justement en limitant l’accès à cette solution à « un petit nombre de clients » que Snowflake entend déterminer les efforts à fournir pour finaliser le périmètre de son outil.

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