Copilot Cowork, agents IA : Microsoft se rallie à Anthropic
Avec Copilot Cowork, Microsoft s’appuie sur les fondations de Claude Code et Cowork d’Anthropic, pour pousser les entreprises à déployer des agents IA infusés dans sa suite de productivité. Bien que prometteur, les démonstrations laissent apparaître la jeunesse du projet et un changement de paradigme par rapport aux premières versions de Copilot.
Au cœur de la troisième vague de sortie liée à Copilot, lors de son AI Tour parisien, Microsoft a fortement mis l’accent sur deux points : la pertinence accrue des plug-ins dans Excel et PowerPoint et l’arrivée prochaine de Copilot Cowork.
Le schisme entre Microsoft et OpenAI transpire dans les avancées de la firme de Redmond. Oui, Copilot peut toujours utiliser les grands modèles de langage de la société de Sam Altman. Toutefois, Claude Opus 4.6 animait la plupart des démonstrations. Et les porte-parole d’insister sur la présence de plus de 11 000 modèles d’IA depuis Microsoft Foundry. Merci Hugging Face et les faiseurs de modèles open weight.
Face à ChatGPT et Claude, Microsoft joue la carte de l’intégration fine
Devant ses clients et partenaires français, Microsoft a mis en scène les usages de Copilot dans Excel et PowerPoint. Avec les équipes de démonstration, il les a comparés aux add-ins de ChatGPT et de Claude. L’occasion de pointer du doigt les erreurs de ces outils qui n’ont pas réussi à composer des visualisations précises des données de la feuille de calcul. Microsoft assure, par ailleurs, la protection des fichiers confidentiels dans ses propres intégrations. La démo impliquait une société fictive nommée Zava, une marque de vêtements sportifs connectés. Dans le cadre d’un nouveau lancement de produit, Copilot est utilisé en lien avec PowerPoint pour créer des slides à exposer au comité de direction pour validation du projet et des budgets. Très bon point dans les deux cas, les présentations ne sont plus des images générées, mais une collection d’objets éditables. En revanche, tandis que Copilot a pu reprendre les données de tarification envisagées dans un mail, ChatGPT a halluciné les tarifs et d’autres prévisions financières.
Cette différence est technique. « Purview [l’outil de gouvernance d’Azure, N.D.L.R.] a mis à jour le niveau de confidentialité, car Copilot a accédé au courriel incluant les prix, qui était chiffré et marqué comme hautement confidentiel », explique Efe Abugo, senior product marketing manager IA chez Microsoft.
« ChatGPT dispose d’une intégration Outlook, mais il n’a pas accès aux transcriptions Teams, il n’a donc pas pu extraire les détails de ce qui a été discuté. Et de la même manière avec le courriel, comme il était chiffré, il n’a pas pu accéder à son contenu », poursuit-il.
Il en va de même pour Claude, freiné par cette limitation volontaire. Si Microsoft se présente comme le partenaire de confiance des entreprises pour éviter que leurs propriétés intellectuelles fuitent, il se protège aussi des perturbations des autres fournisseurs, dont Anthropic et OpenAI.
Copilot Cowork : Microsoft suit les spécifications d’Anthropic
Malgré tout, le rapprochement avec Anthropic est clair. Copilot Cowork, disponible en préversion de recherche et prochainement en accès anticipé à travers le programme Frontier, n’est autre qu’une itération de Claude Cowork adapté à la sphère Microsoft. Le produit est codéveloppé par les deux entreprises et s’appuie sur les fondations de Claude Cowork, une solution lancée par Anthropic en janvier. Les deux produits partagent les briques de base de Claude Code.
En sus d’être connecté au centre de gouvernance Agent 365, Copilot Cowork est raccordé à ce que Microsoft appelle Work IQ. Work IQ inclut « trois couches étroitement intégrées : données, mémoire et inférence ».
Sous ce nom se cache le déploiement de serveurs MCP par produit (Word, Teams, PowerPoint, Power Apps, bientôt Power BI, etc.) avec le graphe de connaissances (Microsoft Graph) intégré dans les tenants Microsoft 365. La mémoire, elle, est « la combinaison d’une mémoire explicite, persistante, et d’une mémoire implicite, dépendante de la requête », relate Seth Patton, directeur du marketing de Microsoft 365 Copilot.
La mémoire explicite est l’ensemble des instructions personnalisées (style des réponses, exigences spécifiques à une tâche, etc.) et des éléments que l’utilisateur a enregistrés dans Copilot (habitude de travail, sujet déjà traité, etc.). La mémoire implicite, elle, n’est autre que l’historique des conversations avec Copilot, précise Elliott Pierret, spécialiste Go To Market pour les agents IA et les copilotes chez Microsoft France. « Les activités dans Teams, Outlook, Excel, Word, PowerPoint, Teams, etc., seront également prises en compte », ajoute-t-il. En outre, le système est connecté aux différentes données présentes dans les tenants Microsoft via son Graph. Les produits des suites Microsoft 365, Dynamics 365, Power Apps et bientôt Power BI y ont le droit.
Avec Power Apps et Dynamics, des solutions qui impliquent davantage de personnalisations et de données d’entreprises, le géant du cloud prévoit une extension vers les index sémantiques disponibles dans Dataverse. Ce sont des ontologies et des glossaires qui décriront les flux de travail existants, assure Microsoft.
L’intégration des serveurs MCP externes est également annoncée, tout comme la prise en charge du protocole Agent2Agent, en route vers sa v1 d’après les indices laissés dans le dépôt de code public.
En attendant, Copilot Cowork s’appuie principalement sur la mémoire des instructions sauvegardées et des conversations, ainsi que sur les « skills » et les outils, ce que Microsoft appelle l’inférence.
Comme chez Anthropic, les skills sont des tâches spécifiques décrites dans un fichier YAML, telle la recherche d’informations dans une source externe, dans les transcriptions des rendez-vous Teams, la lecture et la création de PDF, de facture, etc. Des choses plus avancées, par exemple la conduite de benchmark ou la modélisation financière dans Excel, sont possibles. Pour l’instant, il n’y a pas de place de marché dédiée à ces skills. « C’est l’avenir. Aujourd’hui, beaucoup de skills sont disponibles sur GitHub, mais nous allons probablement les regrouper afin d’en faciliter l’accès », anticipe Elliott Pierret.
Les outils, eux, correspondent aux serveurs MCP alloués à chaque produit pour retrouver les données dans la suite Microsoft.
En combinant le contexte, les skills et les outils, il est possible d’accommoder différentes tâches administratives et des rapports qui appuient la prise de décision en entreprise. Plusieurs documents, skills, outils peuvent être sollicités dans la production d’une réponse.
« Par exemple, pour préparer un plan d’investissement au Brésil, je peux mobiliser l’outil de recherche profonde, la création de PDF et la prise de rendez-vous », illustre Elliott Pierret. « J’ai remarqué que Copilot Cowork est beaucoup plus pertinent quand on l’intime d’utiliser un skill ».
Attention, peinture fraîche
La démonstration sur la grande scène a toutefois prouvé qu’un coup de polish s’impose. Un agent IA conçu pour la préparation d’inventaires dans la fabrication d’un produit a échoué trois fois avant de se lancer. Le scénario impliquait des appels au serveur MCP de Dynamics 365, à plusieurs documents, et à des dépôts de données spécifiques. Et les représentants ne se sont pas attardés sur la qualité du contenu généré.
Alors qu’il était question de retrouver une version de Copilot par produit phare (Word, Excel, Outlook, etc.), Copilot Cowork induit que l’assistant/agent IA devienne l’interface unique de dialogue avec ces outils et les produits Microsoft. Dans les démonstrations, les porte-parole de Microsoft planifiaient leur journée, envoyaient des mails et des demandes de prise de rendez-vous depuis Copilot Cowork.
Outre le fait qu’il s’agit d’une expérimentation – vouée à intégrer la licence Microsoft 365 E7 Frontier à 99 dollars par siège par mois –, remarquons que chaque tâche s’exécute en deux à vingt minutes. Quand cela fonctionne évidemment. Aux humains, ensuite, de réviser les résultats.
Quand bien même cela représente un gain de temps notable sur la production de livrables, l’approche implique un changement des habitudes de travail. Lancer des tâches avant de partir du bureau, vérifier le contenu (souvent très verbeux) généré par les LLM sous-jacents réclame de former le personnel et de s’assurer qu’il maintient son esprit critique. De fait, les modèles de langage et les agents IA peuvent citer leurs sources, mais ont toujours un problème avec la hiérarchie de l’information.
De même, Copilot Cowork est pensé pour un usage individuel. Oui, il est possible de prendre rendez-vous avec ses pairs ou leur transmettre un fichier, mais pour le moment une équipe ne peut pas collaborer depuis cette interface.
Il faut aussi relever le niveau de qualité des données en entrée suivant la tâche à accomplir. Un sujet qui n’est pas évoqué par Microsoft, mais par ses clients.
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