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IDE agentique : IBM veut se différencier avec Bob
Face à Anthropic, OpenAI, Google, GitHub et les autres, IBM mise sur Bob, un IDE agentique conçu pour sa pile technologique, y compris pour les environnements mainframes. Outre la nécessaire différenciation par rapport aux solutions concurrentes, le fournisseur doit simplifier le contrôle des coûts.
Le 28 avril, IBM a dévoilé la disponibilité générale de Bob. Présenté à son annonce comme un assistant IA, il deviendrait un « partenaire agentique au sein de la chaîne de livraison logicielle ».
L’outil, adopté par 80 000 IBMers (contre 100 en juin 2025), permet d’infuser des fonctions agentiques lors de la phase de découverte et de planification, de la programmation, des tests, des déploiements et du maintien en condition opérationnelle d’un projet logiciel.
Chaque phase a le droit à un agent IA spécialisé. Le système exploite plusieurs LLM : Claude d’Anthropic, les modèles open weight de Mistral, IBM Granite (probablement le nouveau Granite 4.1) et certains modèles fine-tunés pour l’occasion. Les requêtes sont routées automatiquement suivant la tâche.
Les équipes IBM Instana et Maximo évoquent des gains de temps jusqu’à 70 % concernant la priorisation des tâches et l’évolution du code (génération, ajustement, refactorisation). Les clients, dont APIS IT et Blue Pearl mentionnent des jours gagnés pour des projets de migration et d’évolution logicielle. Et IBM d’affirmer que certains de ses clients utilisent l’IDE pour optimiser les agents IA crées dans watsonx Orchestrate et moderniser des applications installées sur les appliances IBM Z et I.
Dans les faits, Bob n’est autre qu’un IDE agentique. Il génère, complète, débugue, met à jour, documente le code. Il peut automatiser des tâches et répondre à des questions.
Les agents IA semblent appeler à travers des modes : Code (modifier du code), Ask (poser des questions), Plan (planifier avant une implémentation), Advanced (fonction dédiée aux tâches complexe) et Orchestrator (planifier des projets qui touchent plusieurs domaines). Généralement, il convient de passer dans l’ordre par les modes Plan, Orchestrator, Code, Ask (au besoin) et Advanced.
Surtout, Advanced permet d’accéder aux outils et aux fichiers via des serveurs MCP. L’outil Bobalytics doit surveiller l’usage et les coûts du système.
Pour l’ensemble de ces tâches, Bob se retrouve en compétition avec GitHub Copilot – très répandu en entreprise –, Claude Code, OpenAI Codex, Mistral Vibe Code, Cursor, AWS Kiro, Gemini Code Assist et bien d’autres.
Bob n’est pas un bricoleur : comment IBM cherche à se distinguer de la concurrence
IBM assure que Bob a été conçu pour les environnements Java, COBOL, PL/I, RPG et peut également gérer les applications .NET. Les autres IDE agentiques les gèrent plus ou moins bien.
Pour se distinguer davantage, IBM lancera des « packages premium » d’ici à la fin de l’année 2026. Le premier d’entre eux, IBM Bob Premium pour Z est consacré aux environnements mainframe. En préversion privée, il doit apporter des expertises dans les langages de programmation compatibles avec z/OS, des outils d’analytique ainsi que des fonctions d’édition, de linting et de débuggage pour les applications z/OS. Le package apporte deux modes spécifiques. Le mode Z Architect s’appuie sur les métadonnées des applications et leurs dépendances, ainsi que plusieurs LLM et algorithmes pour planifier leur conception à partir de l’analyse des logiques métiers. Le mode Z Code assure toutes les capacités d’édition du code.
Avec ce package, IBM se retrouve en compétition avec la combinaison d’AWS Kiro et Amazon Transform. Les deux solutions semblent bien plus solides que celle d’Anthropic pour la modernisation des mainframes. Mais Big Blue aurait tout aussi bien pu adapter IBM Code Assist pour ses usages agentiques.
IBM joue par ailleurs sur l’apport de fonctions de sécurité et d’auditabilité, mais là encore certains des outils concurrents prennent le même chemin.
Selon Jason Andersen, analyste chez Moor Insights & Strategy, IBM Bob comble une lacune cruciale dans le portefeuille de produits d’IBM et offre aux clients existants un nouveau point d’accès à sa suite d’outils d’automatisation sous-jacente, mais ses fonctionnalités spécifiques ne lui ont pas permis de devancer ses nombreux concurrents.
« Ils [les dirigeants d’IBM] ont commencé à se rendre compte qu’en tant que fournisseurs de services back-end, ils [avaient besoin] de quelque chose de plus spécifique, et aborder cela sous l’angle d’un développeur était tout à fait logique », déclare-t-il. « IBM dispose effectivement de nombreuses plateformes et langages que l’on pourrait qualifier de non standard ; le fait de disposer de sa propre suite d’outils spécifiques, plutôt que de développer un ensemble de plugins, va donc lui offrir de meilleures opportunités d’intégration et lui permettre d’avancer un peu plus vite ».
Néanmoins, certains clients pourraient préférer des plugins. Ils ont déjà mis en place GitHub Copilot et Claude Code.
Une nécessaire maîtrise de la mémoire pour éviter l’envolée des coûts
D’un point de vue tarifaire, IBM s’aligne en apparence sur ses concurrents. Le forfait Pro coûte 20 dollars par usager par mois, le forfait Pro+ 60 dollars par mois et le forfait Ultra 200 dollars par mois. Un tiers gratuit est également disponible.
Les forfaits gratuit et Pro fournissent 40 bobcoins par mois, les crédits IA de ce service. C’est la monnaie qui cache la consommation de tokens, l’enclenchement d’outils et la lecture de données. Un bobcoin revient à 0,5 dollar, donc il faut comprendre que l’éditeur propose 20 dollars pour 40 bobcoins, 80 dollars pour 160 bobcoins et 250 dollars pour 500 bobcoins. Il n’est pour l’instant pas possible d’acheter de crédits IA supplémentaires ni d’en constituer des pools pour une équipe, comme chez GitHub. Pour bénéficier de capacités supplémentaires, il faut passer au forfait supérieur.
Or malgré les qualités de l’IDE agentique, la consommation de bobcoins atteindrait des plafonds quand Bob est connecté à des serveurs MCP. Sur le forum dédié d’IBM, les primoadoptants estiment que 20 bobcoins peuvent être consommés en deux heures, tandis que le budget de 40 bobcoins pourrait s’envoler en moins de cinq heures.
Un problème auquel Anthropic et GitHub sont confrontés. Les deux acteurs ont pris des mesures correctives pour expliquer les limites en place, tandis que GitHub a adopté un modèle tarifaire à l’usage, proche de celui de Bob.
Au sein de son IDE agentique, IBM a mis en place un index consacré aux fichiers MD (Markdown). Il repose sur la décomposition de ces appels à outils, documents et autres spécifications en de plus petits fichiers. Cela permettrait de réduire jusqu’à 85 % la consommation de tokens. Cela réclame toutefois aux développeurs une discipline qu’ils n’ont pas forcément acquise. De plus, les gains dépendent des fichiers en entrée et des outils convoqués. IBM devra également clarifier la tarification de ses packages premium.
