Dossier : l’IA agentique, chamboule-tout des chaînes DevOps
Introduction
« J’ai parlé à mes ingénieurs les plus aguerris, les meilleurs développeurs que nous ayons et ils me disent n’ont pas écrit une seule ligne de code depuis décembre ». Cette phrase, prononcée le 10 février par Gustav Söderström, co-CEO, chief product officer et directeur technique de Spotify, reflète l’ampleur des bouleversements en cours dans la Silicon Valley.
Chez Spotify, le dirigeant les attribue à l’adoption du modèle de langage Claude Opus 4.5 en décembre et du framework maison Honk par les équipes de développement.
Anthropic a également révélé que la très grande majorité du code de ses applications est généré par ses LLM, dont celui qui propulse son IDE agentique Claude Code.
Faut-il tout « vibe-coder » pour repartir sur des bases saines ?
« Parfois, avec l’IA générative, il vaut mieux repartir de zéro », disait en substance Mohammed Sjilmassi, CTO de Sopra Steria lors d’un point presse organisé au début du mois de décembre. Pour obtenir de meilleurs résultats avec les assistants IA, le directeur technique affirmait qu’il convient plutôt de réduire les itérations en enrichissant le prompt de départ, plutôt que de poursuivre une discussion en cours. Sudhir Pai, CTO adjoint de Capgemini, va plus loin et envisage que la période 2026-2030 soit celle d’une phase de « rebuild », où des pans entiers de systèmes d’information seront remplacés par des solutions en grande partie générées par IA. Avec moins de développeurs ? Pas forcément.
Comme le remarque un internaute sur X (ex-Twitter), entre les fonctions d’ingénierie IA, de front-end, d’infrastructure, etc., Anthropic a plus de 100 postes ouverts. « Il faut bien quelqu’un pour prompter les [agents] Claude, pour parler aux clients, pour se coordonner avec les autres équipes, décider ce qu’il fera développer par la suite », répond Boris Cherny, directeur de Claude Code et membre de l’équipe technique d’Anthropic. « Le génie logiciel change et les bons ingénieurs sont plus importants que jamais ».
De son côté, La MAIF, assureur français, anticipe la prise en compte des gains de productivité dans le recrutement de son personnel IT, sans toutefois prévoir le licenciement des équipes existantes.
Dans une étude en cours, les chercheurs Aruna Ranganathan et Xingqi Maggie Ye de l’Université de Berkeley observent le changement d’habitude d’environ 200 employés au sein d’une entreprise technologique, dont ceux de l’équipe d’ingénierie.
« Nous avons découvert que les outils d’IA ne réduisent pas le travail, mais l’intensifient systématiquement », affirment-elles. « Nous avons constaté que les employés travaillent à un rythme plus rapide, prennent en charge un plus large éventail de tâches et étendent le travail à davantage d’heures de la journée, souvent sans qu’on leur demande de le faire ».
Tout simplement parce que l’IA « leur donne le sentiment qu’ils peuvent faire plus ». Et de remarquer les risques de burn-out que pose cette approche.
DevOps : l’IA comme agent perturbateur des outils et des méthodes
Outre le bruit généré sur les marchés financiers par ces changements dans la Silicon Valley, Gustav Söderström – tout comme Martin Woodward, vice-président des relations développeurs chez GitHub – signale qu’une telle approche réclame beaucoup d’agilité. Oui, l’écriture de code devient une commodité, mais les pratiques qui entourent la chaîne de développement logicielle et les outils eux-mêmes doivent changer. Il faut entre autres remettre en ordre la documentation, adopter la bonne approche d’instructions suivant les modèles ou les frameworks et bien évidemment s’assurer de la sécurité de l’ensemble.
D’autant que pour véritablement profiter des apports de l’IA générative et agentique, il faut réduire les frictions organisationnelles, dues au manque de collaboration et à la mauvaise lecture des métriques de performance des développeurs, conseillait Atlassian dans son rapport State of DevEx 2025.
L’adoption de l’IA générative est généralisée chez les développeurs (près de 90 % d’entre eux l’utilisent selon les études). Oui, ils gagnent individuellement en productivité, mais réussir à faire avancer toute une équipe même avec une collection d’agents IA est une autre paire de manches. Et la méfiance envers les résultats générés persiste, signale StackOverFlow.
En même temps, le rythme de sortie trimestrielle des LLM, l’apport constant de nouvelles solutions sur le marché et les risques inhérents à l’IA générative sont autant de freins à l’adoption généralisée de ces outils par les entreprises. OpenAI, Anthropic, AWS, Google, Microsoft, Mistral AI…, tous lancent des cadres agentiques consacrés à la programmation.
La faible différenciation des solutions lancées sur le marché en 2025 – jusqu’à la production de discours copié-collé – n’aide pas les organisations à y voir clair.
D’où le choix d’agents IA contextualisés par certains décideurs. Ce qui ne les empêche pas de s’interroger sur leurs dépendances et leurs allégeances. En conséquence, un acteur comme GitHub se présente comme le Hub des agents IA et vante une approche agnostique. GitLab commence par proposer des flux agentiques dédiés, ceux qui ont fait leurs preuves en interne.
Voilà le contexte de ce guide essentiel qui aborde les stratégies des fournisseurs de LLM (dont les hyperscalers), les éditeurs d’outils DevOps et les changements de méthodes associées à l’adoption de l’IA agentique.
1Outils agentiques et LLM-
Fournisseurs de LLM et fournisseurs cloud font la course
Mistral Vibe 2.0 : Mistral AI monétise son CLI agentique auprès des entreprises
Avec son CLI agentique Vibe 2.0, Mistral AI tente d’égaler rapidement Claude Code et GitHub Copilot. Outre la parité fonctionnelle, la startup française joue sur les prix et les déploiements locaux. Lire la suite
GPT-5.3 Codex vs Claude Opus 4.6 : Anthropic et OpenAI jouent au jeu des 7 différences
Les deux fournisseurs de LLM se rendent coup pour coup en matière d’IA agentique. Les lancements concomitants de Claude Opus 4.6 et GPT-5.3 Codex en sont la preuve. Et à la clé, une plus grande confusion pour les décideurs IT. Lire la suite
Gemini CLI : Google s’attaque à l’automatisation des flux GitHub Actions avec son agent IA
La version bêta de Google Gemini CLI pour GitHub Actions commence simplement et intègre la sécurité, mais dans l’ensemble, la « lune de miel » avec les agents IA de programmation pourrait, déjà, toucher à sa fin. Lire la suite
Avec AgentCore, AWS s’équipe pour la mise en production de l’IA agentique
Le fournisseur cloud a récemment présenté un lot d’outils pour déployer les agents IA à plus large échelle. Il compte également sur la présence de solutions de partenaires disponibles depuis sa place de marché. Lire la suite
2GitLab vs GitHub-
Hub agentique contre agents IA spécialisés
DevSecOps : les agents IA contextuels de GitLab et Harness séduisent
Les agents IA lancés ce mois-ci par les deux éditeurs spécialistes du DevSecOps génèrent des résultats prometteurs, selon les premiers usagers. Leur spécificité ? Ils s’appuient sur le contexte des entreprises, inscrit dans les dépôts de code et les outils de suivi de remédiation. Lire la suite
JFrog s’adapte à l’infusion de l’IA dans la chaîne de livraison logicielle
L’éditeur DevSecOps a profité de sa conférence annuelle swamUP à Nappa en Californie pour présenter ses avancées et sa feuille de route. JFrog veut non seulement sécuriser l’usage de l’IA générative, mais également l’infuser dans sa plateforme. Lire la suite
Agent HQ : GitHub souhaite gouverner tous les agents IA de programmation
Lors de son événement Universe 2025, GitHub a annoncé AgentHQ. La filiale de Microsoft promet là un « écosystème ouvert qui unifie tous les agents à travers une seule plateforme ». Lire la suite
IA agentique : « Pour nous, le plus important est la notion de choix » (Martin Woodward, GitHub)
GitHub mesure déjà les effets de l’IA générative et agentique sur la génération de code, la production de pull requests et leur « merge ». Alors que l’IA accélère le développement et que les modèles évoluent aussi rapidement, Martin Woodward, vice-président des relations développeur chez GitHub, assure que la filiale de Microsoft ne cherche pas à imposer les outils agentiques à ses clients. Lire la suite
3Perspectives-
Gains de productivité et frictions
DORA : selon Google, l’IA ne retarde plus la livraison logicielle
Une enquête du groupe DORA de Google sur le développement de logiciels conclut que l’adoption de l’IA dans cette activité est généralisée. Les goulets d’étranglement observés l’année dernière en matière de livraison ont été résolus. Toutefois, des problèmes de stabilité, de confiance et d’organisation subsistent. Lire la suite
IA agentique : trop d’outils, pas assez de compétences, alerte Gartner
Selon Gartner, il existe déjà plus d’outils d’IA agentique que le marché n’en a besoin. De leur côté, les équipes IT doivent passer par une phase d’apprentissage pour les exploiter efficacement. Lire la suite
La MAIF jauge l’impact de l’IA générative sur son organisation
À l’instar des autres grands groupes français, l’assureur adopte les différentes formes d’assistants IA, sur étagère ou « maison ». Une adoption accompagnée d’une réflexion avancée sur les impacts de la GenAI en matière de recrutement, d’employabilité et d’environnement. Lire la suite
4Stratégies-
L’art d’infuser l’IA dans la chaîne de développement logiciel
DevOps : les conseils de la CTO de GitLab pour adopter l’IA
Sabrina Farmer, CTO de GitLab, fournit un ensemble de points d’orientation afin de favoriser la bonne adoption de l’IA dans les équipes de développement. Au vu des gains observés, les développeurs risquent de ne plus pouvoir faire sans. Lire la suite
Plaidoyer contre le Vibe Coding
Le Vibe Coding est-il une mauvaise idée pour les entreprises ? L’IA peut produire des résultats plus rapidement que la programmation manuelle, mais ses avantages finissent par se tarir en raison de coûts cachés et de complexités. Voici pourquoi. Lire la suite
En 2026, l'IA va manger le logiciel
Selon Capgemini, l’intelligence artificielle ne se contentera plus d’optimiser ou d’accélérer le développement logiciel. À partir de 2026, elle le transformera en profondeur. Ce qui imposera de respecter trois bonnes pratiques générales. Lire la suite
