VMware : « Nous ne travaillons plus qu’avec 6 hébergeurs en France »
Le nouveau patron des logiciels d’infrastructure de Broadcom, division qui remplace l’éditeur VMware, était en tournée en Europe pour s’assurer que tous ses clients soient accompagnés, dans un contexte où l’éditeur fait table rase de ses partenaires.
Mise au pas. Ram Velage, le patron de la division des logiciels d’infrastructure de Broadcom, était récemment en tournée européenne pour visiter tous les intégrateurs locaux de VMware. À présent, uniquement des hébergeurs de cloud privé. Sa mission consiste à les épauler dans la migration informatique des entreprises qui travaillent encore avec des prestataires désormais en rupture de contrat avec l’éditeur.
« Les contrats avec les anciens infogéreurs spécialisés VMware s’arrêteront d’ici à mars 2027. Il reste donc une petite année pour que les hébergeurs avec lesquels nous avons renoué un partenariat accueillent les infrastructures des entreprises. Je rencontre ces partenaires pour valider avec eux que tout est en place pour cette migration, pour m’assurer que nos clients sont en contact avec eux. Et évaluer ce dont ils ont besoin pour déployer les meilleures infrastructures de cloud privé », explique Ram Velage (à gauche sur la photo en haut de cet article).
En France, VMware a rompu les partenariats avec 22 infogéreurs historiques. L’éditeur ne travaille plus qu’avec six prestataires. Certains sont 100 % locaux, comme OVHcloud, d’autres sont la filiale d’une société internationale, comme Kyndryl France. Selon Ram Velage, faire table rase parmi les partenaires relève d’une volonté de Broadcom, le détenteur de la marque, de garantir à ses clients un niveau de service maximum.
« Nous voulons que notre technologie motorise un réseau d’hébergeurs de qualité, qui se positionnent en alternative au cloud des hyperscalers. »
Ram VelagePatron de la division des logiciels d’infrastructure, Broadcom
« La raison pour laquelle nous avons décidé de ne plus nous focaliser que sur un groupe restreint d’hébergeurs est que le programme des partenaires VMware, tel qu’il était géré avant le rachat par Broadcom, ne prévoyait pas de contrôle adéquat de nos attentes vis-à-vis des prestataires. Beaucoup de gens s’inscrivaient juste pour obtenir des licences qu’ils se contentaient de revendre ailleurs avec une marge. Ce n’est pas notre volonté. »
« Nous voulons que notre technologie motorise un réseau d’hébergeurs de qualité, qui se positionnent en alternative au cloud des hyperscalers », dit Ram Velage.
La stratégie de réduire drastiquement le nombre de partenaires
En face, les ex-intégrateurs de VMware en entreprises expliquent généralement quitter le navire à cause de conditions tarifaires désormais défavorables. Un argument que rejette vigoureusement Ram Velage : « Non, cela n’a rien à voir avec leurs marges. Notre licence coûte environ 200 $ par cœur de processeur aux prestataires et ceux-ci sont susceptibles de la revendre environ 1000 $ par cœur, en restant concurrentiel par rapport aux hyperscalers. Mais encore faut-il savoir ajouter de la valeur pour justifier une telle marge. Certains infogéreurs n’avaient même pas de bâtiment en propre pour héberger les infrastructures de nos clients. »
« Nous avons regardé les capacités de ces prestataires à s’investir réellement dans le cloud privé, dans la souveraineté, dans la disponibilité, dans la sécurité. Et nous n’avons conservé que ceux qui sont compétents dans les offres comme dans la technique », assure-t-il.
Richard Cooper, responsable des partenaires hébergeurs de cloud chez Broadcom (à droite sur la photo en haut de cet article), indique que les partenaires sous contrat vont bénéficier d’une remise exceptionnelle de 50 % sur le prix des licences durant les périodes de migration depuis un ancien infogéreur, ceci afin de minimiser les coûts lors des tests en préproduction.
« […] Il vaut mieux avoir en France six partenaires qui ont toutes les chances de succès qu’une vingtaine qui se bat pour survivre. »
Ram VelagePatron de la division des logiciels d’infrastructure, Broadcom
Précisons que les entreprises utilisatrices des logiciels de virtualisation de VMware peuvent très bien souscrire à des licences directement auprès de Broadcom si elles veulent installer elles-mêmes ses solutions dans leurs locaux. Mais si elles souhaitent se faire accompagner d’un prestataire de service, alors celui-ci doit avoir prouvé à Broadcom qu’il était capable d’héberger un cloud privé. Dans ce dernier cas, la solution VMware dont on parle est nécessairement la suite complète VCF (VMware Cloud Foundation) commercialisée sous forme de souscription mensuelle.
Selon Ram Velage, les entreprises seraient surtout préoccupées par la réintégration sur site, en cloud privé, des applications qu’elles avaient déployées en cloud public. D’une part, parce que les hyperscalers ont eux aussi augmenté leurs tarifs pour éponger leurs investissements en infrastructures d’IA. D’autre part, parce que la situation géopolitique actuelle impacte la confiance que les entreprises ont vis-à-vis des hébergeurs américains de données sensibles.
Quant à la perte de 22 infogéreurs en France, elle ne serait en rien un handicap.
« Si vous voulez que des hébergeurs vous suivent, il faut qu’ils soient suffisamment peu nombreux pour tirer une part intéressante de votre gâteau. Le marché de VMware, c’est 400 millions de dollars par an dans le monde. C’est une goutte d’eau par rapport au marché des hyperscalers qui est évalué à 75 milliards de dollars. Donc il vaut mieux avoir en France six partenaires qui ont toutes les chances de succès qu’une vingtaine qui se bat pour survivre », argumente Ram Velage.
L’atout maître : 5 milliards de dollars en R&D par an
Reste à connaître le nombre de clients VMware qui suivront Broadcom chez ces nouveaux hébergeurs de cloud privé, ou qui préféreront continuer à travailler avec leurs prestataires historiques en migrant leurs infrastructures vers une plateforme de virtualisation alternative : Nutanix, Proxmox, Red Hat OpenShift ou autres.
Broadcom se dit parfaitement conscient d’être face à une concurrence plus agressive que jamais. Elle l’est, car les augmentations de tarifs qui ont suivi le rachat de VMware par Broadcom, fin 2023, ont fait naître l’idée chez les clients qu’il était sans doute temps de changer de solution de virtualisation.
Ces augmentations commencent par l’obligation de s’abonner à la suite VCF complète, alors qu’il était auparavant possible d’acheter une bonne fois pour toutes des fonctions au détail. Sur une période d’exploitation de, disons, cinq ans, les dépenses pourraient être multipliées par cinq ou plus, selon certains DSI.
« Notre réponse aux entreprises est que Broadcom s’efforce de proposer la meilleure plateforme d’infrastructure de cloud privé du marché. Nous dépensons plus de 5 milliards de dollars par an en R&D. Personne ne fait autant. Donc je suis assez confiant pour vous dire que notre capacité à innover pour résoudre les problèmes de nos clients est très, très loin devant celle de n’importe quel autre acteur du secteur », argumente Ram Velage.
« Nous sommes la solution pour les infrastructures sur site des clouds privés. Nous virtualisons tout : les CPU, les GPU, le stockage, le réseau, sous forme de VM, sous forme de containers. Et nous le faisons avec des taux de fiabilité et de sécurité qui sont meilleurs que ceux de n’importe quel grand hyperscaler ! VMware n’a jamais autant misé sur l’innovation et les entreprises ne l’auront jamais autant choisi pour ses produits », assène-t-il.
Parmi les fonctions avancées de VCF, citons notamment le fait que le produit exécute désormais un prétraitement des données fonctionnelles censées être utilisées par des outils tiers. Ram Velage cite l’exemple de la télémétrie : VCF n’envoie que les informations pertinentes à des outils de surveillance tiers tels que Splunk, ce qui pourrait réduire de 90 % la charge de ceux-ci et, donc, leur coût.
Autre exemple, la dernière version VCF 9 est capable de compenser l’infériorité fonctionnelle des anciennes générations de processeurs ou d’unités de stockage, de sorte que les entreprises puissent faire durer plus longtemps leurs serveurs. Broadcom avance que cette possibilité tombe à pic dans un contexte où les prix des nouveaux serveurs sont 40 % plus chers que ceux de l’année dernière, à cause des actuelles pénuries sur les mémoires NAND et DRAM.
Rien à envier aux concurrents concernant Kubernetes
Ram Velage balaie les arguments récents des concurrents qui mettent en avant des progrès techniques inédits. Ces progrès sont essentiellement d’exécuter des applications au format container, via un orchestrateur Kubernetes, avec autant de fonctions d’administration (console graphique, répartitions de charge selon l’infrastructure, sauvegardes…) que lorsque ces applications étaient au format VM (machine virtuelle).
Broadcom dispose déjà de son propre Kubernetes, VKS. Pour l’heure, il s’exécute depuis une VM, mais l’éditeur devrait publier plus tard cette année une version qui n’a plus besoin de machine virtuelle pour s’exécuter, comme chez Nutanix, sans pour autant perdre en fonctionnalités. Le fait d’éliminer la couche de virtualisation permet de maximiser les performances, ce qui est crucial pour rentabiliser le matériel dans les projets d’IA.
« Une partie de mon travail à venir va consister à remettre Tanzu sur un piédestal. »
Ram VelagePatron de la division des logiciels d’infrastructure, Broadcom
« 70 % des traitements Kubernetes qui fonctionnent en dehors des hyperscalers s’exécutent par-dessus VMware. Nous n’avons absolument rien à envier à personne en matière de Kubernetes », prétend Ram Velage.
Le seul point faible que Ram Velage concède est le manque de publicité que Broadcom fait autour de Tanzu. Initialement considéré comme le Kubernetes de VMware, Tanzu est désormais une plateforme uniquement dédiée aux développeurs, avec un environnement automatisé pour la mise en production de codes sources. Alors que VKS est conçu, comme le reste de VCF, pour exécuter des applications en optimisant les ressources matérielles, la fiabilité des services et la sécurité des données.
« Une partie de mon travail à venir va consister à remettre Tanzu sur un piédestal », dit le patron des solutions d’infrastructure de Broadcom, en rappelant qu’il n’occupe ce poste que depuis le début de l’année. Il était auparavant responsable de la division des puces réseau de Broadcom. La division des logiciels d’infrastructure chez Broadcom a, de fait, remplacé l’éditeur VMware, dont la marque subsiste surtout pour justifier la lettre V dans les acronymes des produits.
L’IA juste comme il faut
L’autre progrès que mettent en avant les concurrents de VMware concerne l’édition de distributions Kubernetes dédiées à l’exécution de l’IA. Ce domaine logiciel symbolise sans doute plus que les autres le retour des entreprises à des infrastructures sur site, a priori moins chères que celles proposées par les hyperscalers, car composées de processeurs et de GPU taillés sur mesure.
« Il faut déjà que [les entreprises] commencent par parvenir à alimenter les IA avec leurs propres données. Et qu’elles le fassent de manière sécurisée. »
Ram VelagePatron de la division des logiciels d’infrastructure, Broadcom
Ram Velage balaie d’un revers de la main les arguments concernant des fonctions de pointe dans ce domaine, notamment la répartition optimale des prompts vers des instances de LLM qui n’ont pas toutes le même historique des conversations avec tel ou tel agent.
« En matière d’IA sur site, les entreprises vont progresser par microétapes. Il faut déjà qu’elles commencent par parvenir à alimenter les IA avec leurs propres données. Et qu’elles le fassent de manière sécurisée. VCF apporte les bases pour le faire et il sait déjà virtualiser les GPU. Mais les scénarios dans lesquels il faudrait gérer des myriades d’agents d’IA sur un cluster ne sont pas pour tout de suite. Donc évitons de rendre les infrastructures d’IA plus complexes que ce qu’elles doivent être. La quête de perfection est l’ennemi du progrès », conclut-il.