MDM et IA agentique : Informatica consolide ses ponts avec Salesforce
En cinq mois, Informatica a aligné sa feuille de route sur celle de son nouveau propriétaire et dévoile ses premiers livrables. Si les agents IA mis au service de la qualité des données sont pratiquement prêts, beaucoup restent à faire pour qu’IDMC devienne la fameuse couche de contexte des agents IA.
Lors de la conférence annuelle Informatica World 2026 à Las Vegas, Salesforce a repeint à ses couleurs le spécialiste de la gestion de données. De manière très symbolique, les tutoriels et les formations d’Informatica rejoignent le programme communautaire Trailhead de Salesforce.
Pour rappel, Salesforce a acquis Informatica à la fin 2025 pour un peu moins de 10 milliards de dollars. L’ambition affichée était de contrôler la qualité des données exploitées par les agents IA. Au passage, il s’agit de remettre de l’ordre dans les tables du CRM, dont l’utilité peut être grevée par la piètre fiabilité des informations accessibles.
Justement. Si Rahul Auradkar, président et directeur général Data Foundations chez Salesforce a insisté sur la « neutralité » d’Informatica, la vision est claire. Les développements futurs seront en priorité concentrés sur l’intégration avec les plateformes de Salesforce : Data 360 (ex-Génie), Agentforce, MuleSoft, Slack et l’ensemble de ses solutions verticalisées (Service Cloud, Marketing Cloud, Commerce Cloud, etc.).
Salesforce avait annoncé à ses investisseurs son intention de générer un retour sur investissement rapide. Les deux acteurs se concentrent donc sur les synergies avec sa base de clients installés. En ce sens, les équipes d’Informatica, qui ont réellement rejoint le géant du CRM depuis cinq mois, n’ont pas chômé.
Priorité à l’intégration avec Salesforce
La filiale de Salesforce a déjà mis au point des connecteurs et des scanners pour la CDP Data 360, disponible dans la mise à jour Spring 2026. « La solution Data 360 comprend ce qu’on appelle des objets de modèle de données et des objets logiques de données », explique Gaurav Pathak, vice-président sénior gestion des produits IA et métadonnées pour Informatica chez Salesforce, auprès du MagIT. « Une fois ces éléments identifiés, nous extrayons les métadonnées, ce qui permet aux utilisateurs de localiser les données relatives à l’entité “client” et de les interroger ».
Au total, Informatica a mis au point une centaine de scanners pour différents types de données.
Cet accès aux métadonnées de Salesforce permet de les coupler avec celles en provenance de SAP, de mainframes ou « de n’importe quel système », vante Gaurav Pathak.
D’ici à la fin du troisième trimestre 2026, Informatica intégrera son MDM avec Data 360, en s’appuyant sur cette même fonctionnalité. « Data 360 sera totalement conscient des entités de référence présentes dans le MDM », ajoute-t-il.
Là aussi, il est possible d’utiliser la plateforme Informatica Data Management Cloud (IDMC) comme l’orchestrateur de métadonnées en provenance d’autres MDM du marché, plus spécialisés, indique Siddharth Rajagopal, field CTO Data Foundation chez Salesforce. « Nous disposons d’interactions bidirectionnelles avec ce système, de sorte que toutes les informations créées et gérées dans SAP MDG – par exemple, les données qui y sont centralisées – peuvent ensuite être répercutées vers le modèle central multidomaine », illustre-t-il.
Ce n’est toutefois pas la priorité. « Nous espérons toujours que les clients nous choisiront pour notre proposition de valeur unique. C’est une solution MDM qui inclut tout ce dont le client a besoin : intégration des données, qualité des données, intégration des applications, gestion des données de référence, ainsi que tous les services », affirme Manouj Tahiliania, SVP et directeur général MDM & Applications 360 pour Informatica chez Salesforce. « Les clients n’ont donc pas besoin de logiciels supplémentaires ».
Et de considérer que la force de frappe de Salesforce permettra de renforcer la pénétration des outils d’Informatica auprès des 10 000 plus grandes entreprises mondiales.
Aussi, les fonctionnalités IA d’Informatica – réunies sous la marque ombrelle CLAIRE – ainsi que les agents IA associés seront en disponibilité générale depuis l’outil de collaboration Slack, d’ici au quatrième trimestre 2026. Slack permettra également d’obtenir des alertes, de découvrir des données de référence et d’approuver des modifications issues du MDM.
Du côté de MuleSoft, le connecteur Business 360 permet d’injecter des données de référence, de les chercher et de découvrir des objets (métadonnées) au sein des flux MuleSoft afin de modifier des enregistrements dans différents systèmes.
De même, les agents IA d’Informatica rejoignent le « Context Catalog » d’Agent Fabric, la brique d’orchestration multiagent de MuleSoft.
Des agents IA pour accélérer la mise en qualité des données
En parlant d’agents IA, trois expériences agentiques sont en disponibilité générale. À commencer par l’agent responsable de la qualité des données.
« C’est l’une des fonctionnalités qui a rencontré un vif succès auprès des clients », assure Gaurav Pathak. « Beaucoup d’entre eux sont confrontés à des problèmes de qualité des données ».
Le Data Quality Agent doit analyser les schémas dans une base de données tels Snowflake ou un objet dans Data 360 et identifier les problèmes de qualité des données. Ensuite, il génère des règles pour rectifier le problème. Et enfin, il s’assure que ces règles sont exécutées régulièrement tout en intégrant des fonctions d’audit et d’observabilité.
Les premiers usagers seraient passés de l’application « de moins de dix règles de qualité par semaine à plus de 200 par jour », raconte le dirigeant.
Un autre agent IA est intégré dans la suite Product Experience Management (PXM). Il sert à classer les produits dans les bonnes catégories et à enrichir les fiches produit, tout en s’assurant de leur cohérence quand elles sont distribuées vers différents systèmes : CRM, CMS d’un site e-commerce ou encore les pages Web des marques de l’entreprise utilisatrice.
Enfin, Claire Copilot for Data Stewards doit permettre d’interroger la plateforme de l’éditeur afin d’identifier des déviations dans les données, d’organiser leur nettoyage, d’alimenter des glossaires rassemblant les définitions des données ou encore de générer des règles de conformité appliquées aux données.
« C’est également valable pour les clients de Salesforce qui souffrent de ce problème au sein de leurs orgs », insiste Gaurav Pathak.
Au quatrième trimestre, cet assistant deviendra un agent IA responsable de la déduplication des données, en sus de pouvoir non seulement générer des règles, mais aussi les appliquer. Il sera directement intégré à Cloud Data Governance & Catalog.
Un autre agent, prévu pour la fin de l’année également, devra enrichir les métadonnées des jeux de données en créant des descriptions et en plaçant des labels concernant leur sensibilité.
Informatica embrasse l’approche « headless »
Ce n’est pas tout. Les clients pourront choisir d’utiliser l’interface d’Informatica, de Salesforce, Slack, mais également l’IDE agentique de leurs choix. En effet, Informatica applique la recette de Salesforce, à savoir rendre les différentes solutions de sa plateforme IDMC « Headless ». En clair, chaque produit (MDM, outil d’intégration, de gouvernance de données, etc.) aura le droit à son serveur MCP. C’est déjà le cas pour les fonctions de CLAIRE et de gestion de données. Le serveur MCP pour les fonctions de gouvernance devrait être livré au quatrième trimestre 2026.
Du même coup, l’éditeur revoit son approche low-code/no-code. Là où l’expérience pour les équipes de gouvernance et de gestion de produits était séparée de celle des développeurs, elle sera désormais unifiée. Derrière l’arborescence des flux de travail de type WYSIWYG, il sera possible de consulter le code. Et ce code pourrait être rédigé manuellement ou par un agent IA depuis VS Code, les IDE agentiques et les outils de développement de Salesforce. Les modifications effectuées depuis l’IDE seront automatiquement visibles depuis l’interface d’IDMC.
La contextualisation des agents IA, un chantier en cours
L’usage de l’IA agentique pour mettre en ordre les données de référence et accélérer la mise en conformité pour des équipes déjà surchargées est évident.
Or, tout cela ne répond pas véritablement à l’objectif final de Salesforce et d’Informatica, à savoir faire d’IDMC la couche de contexte des agents IA au sein des entreprises.
« Notre expérience avec CLAIRE nous a montré que les agents ne sont efficaces que s’ils connaissent l’ensemble des données de l’entreprise », affirme Gaurav Pathak. « Or, la mémoire organisationnelle est très vaste et extrêmement fragmentée ».
Salesforce, SAP, Snowflake, Databricks, Workday, ServiceNow, Oracle, etc., détiennent toute une part de la vérité d’une entreprise et de ses clients.
« Les métadonnées deviennent alors la table des matières de cette encyclopédie mouvante », considère-t-il. « Aucune fenêtre de contexte d’agent ne contiendra l’intégralité de l’encyclopédie. Les métadonnées deviennent alors le pointeur vers le bon endroit. Nous appelons cela la carte de contexte. Nous la rendons lisible par ces machines ». L’éditeur espère par ailleurs prendre en charge les données non structurées d’ici à la fin de l’année 2026.
Un bon nombre des capacités nécessaires à cet apport d’une couche de contexte aux agents IA demeurent un chantier en cours. Elle dépend pour l’instant de partenariats avec Microsoft Azure, AWS, Google Cloud, Databricks et Snowflake. Et il s’agit d’abord d’intégrer les fonctionnalités de MDM, de gouvernance et d’IA avec les plateformes des partenaires d’Informatica (Amazon Bedrock, Agent Bricks, Microsoft Foundry, Cortex AI). L’apport du fameux contexte aux agents IA développés avec ces plateformes sera disponible plus tard cette année. Les serveurs MCP d’Informatica sont accessibles en préversion dans les catalogues respectifs de cinq acteurs.
Sans oublier que SAP espère faire la même chose avec Reltio, tout comme ServiceNow.
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